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Pourquoi l’amnistie de Guy Drut est-elle plus scandaleuse qu’une autre ?

30 mai 2006




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Condamné en octobre 2005 à 15 mois de prison avec sursis et à 50.000 euros d’amende, dans l’affaire des marchés publics de la Région Île-de-France dans laquelle il avait bénéficié d’un emploi fictif, Guy Drut, ancien ministre des sports chiraquien, vient de recevoir la grâce présidentielle pour services rendus à la France. Jacques Chirac a affirmé vendredi lors de son voyage au Chili que la décision d’amnistier Guy Drut était nécessaire "pour garantir l’influence de la France" au sein du Comité international olympique (CIO). On voit mal en quoi permettre à un condamné de siéger au CIO peut être utile à l’image de notre pays et servir cette institution.
En effet, d’une part le CIO se pense comme une “contre société” vertueuse, un havre protégé de la corruption. Cette microsociété idéalisée (à condition bien sûr de quelques oublis comme celui de l’ère de Juan-Antonio Samaranch) se veut le dernier bastion échappant aux passes droits et aux privilèges. Comme le souligne le sociologue brésilien da Matta "nul ne peut être promu vedette en sport grâce à sa famille, à ses relations ou par décret présidentiel". Plus les espaces égalitaires (où les résultats ne dépendent pas de sa naissance ou de ses relations), se font rares et plus le sport constitue un contre modèle sorte de droit au rêve, un jour de Noël dans la grisaille du quotidien corrompu. On voit mal comment Guy Drut pourrait aujourd’hui incarner cet idéal.
Quant à "l’influence de la France", le passage de trois membres à deux (dans une commission qui en compte plus d’une centaine), ne l’aurait guère réduit ; son poids était déjà insignifiant, il le serait resté. Par contre, retirer Drut aurait permis de réaffirmer à la face des membres de CIO, souvent moins prompts à appliquer à eux-mêmes les principes de probité qu’ils réclament des autres, que la France tenait ferme sur les principes.

Jacques Chirac, pour sa part, a bien sûr rappelé qu’il n’avait fait qu’utiliser les prérogatives offertes par la nouvelle loi de 2002 sur les droits de grâce. Quand les passes droits font partie de la loi, quand le favoritisme devient la règle, quand se creuse toujours plus le fossé du "deux poids deux mesures" ne peut que s’accroître aussi le sentiment d’impuissance fasse à la corruption.
Dans notre république monarchique, plus la plèbe aboie plus la caravane des nantis passe. Démenti cinglant à ceux qui voient naïvement dans la transparence un remède salutaire, cette amnistie a montré qu’il n’est même plus nécessaire de se cacher, ni de prendre quelques précautions pour pistonner, arranger, favoriser.
La transparence associée à l’impunité n’a servi à rien si ce n’est à exacerber le sentiment d’inévitable et de fatalité de la corruption. Les citoyens de la France d’en bas peuvent tout savoir, mais évidemment ça ne change rien.
La justice n’est plus l’égalité de traitement mais l’information faite sur les inégalités perpétuées en toute tranquillité.
Il existe un mot parfaitement exact dans la langue française pour définir cette situation : un scandale. En effet, il est proprement scandaleux que ceux qui ont le plus de chance de servir d’exemple moral (parce qu’ils sont les plus en vu aux postes de responsabilité) soient aussi ceux qui se fassent le plus facilement absoudre de leur manquement.
Mais ne nous y trompons pas dans notre république monarchique, le pouvoir du “Président-monarque” devient de plus en plus un pouvoir en trompe l’œil, exercé en somme à titre de prête-nom des sociétés multinationales. Ce reliquat de pouvoir est amené, dans le petit champ d’application qui lui reste, à en rajouter et à prendre des formes d’autant plus arbitraires sur des sujets en fin de compte bien futiles, qu’il abandonne au MEDEF des décisions infiniment plus importantes.

Pascal Duret

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