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Reconduction à la frontière
23 mai 2008
D’où vient le traitement “deux poids, deux mesures” appliqué respectivement à trois braqueurs mauriciens et à un dictateur comorien ? L’administration considère-t-elle comme plus grave de braquer une banque que de violer ses institutions et son peuple ? Comment se fait-il que devant trois jeunes Mauriciens, le Préfet n’a aucune hésitation pour prendre un arrêté de reconduction à la frontière, après qu’on a vu l’administration se livrer à d’incroyables contorsions devant l’ex-dictateur d’Anjouan ?
Dans les deux cas, Mauriciens et Comoriens sont entrés illégalement sur un territoire français. Bien sûr, le dictateur n’a pas eu besoin de voler un bateau : de mauvaises langues disent qu’il a été mis à sa disposition. Et depuis quand un autocrate a-t-il besoin de demander pour se servir ?
Tous étaient passibles d’expulsion, tous demandeurs d’un droit d’asile et tous fauteurs de troubles, chacun dans leur genre. On a eu beaucoup d’égards pour Mohamed Bacar - qui doit simplement répondre de ses forfaitures devant la Justice de son pays - et aucun pour trois jeunes délinquants de droit commun dont leur avocate mauricienne dit qu’ils « risquent d’être violentés et torturés. Voilà pourquoi ils avaient tellement peur de revenir à Maurice ». Pourquoi l’administration enquête-t-elle dans un cas et pas dans l’autre ? Pourquoi de telles différences choquantes de traitement ?
La réponse fait froid dans le dos, parce qu’elle est digne de celle que fit ce président des Etats-Unis à un conseiller, qui lui dressait un portrait au vitriol d’un de leurs protégés parmi la brochette des dictateurs sud-américains de l’époque : « OK, Untel est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute ! », a répondu le président.
Il n’y a plus de doute permis. La France de Nicolas Sarkozy a un faible pour les dictateurs.
P. David
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