L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Billet philosophique
11 juillet 2008

On peut - et on doit - “philosopher” sur la question du développement durable. Une preuve parmi d’autres : cet extrait du discours prononcé lundi dernier au Théâtre de Champ-Fleuri à Saint-Denis par le président du Conseil régional de La Réunion à l’ouverture de la conférence internationale sur les stratégies de l’Union européenne et de l’Outre-mer face au changement climatique et à la perte de la biodiversité.
Pour Paul Vergès, « si les experts semblent considérer que les changements climatiques constituent une menace supplémentaire pour la biodiversité, n’oublions jamais que le premier prédateur des espèces est l’Homme.
Cela renvoie à des questions d’ordre philosophique sur le rapport entre l’Homme et la nature. Trop longtemps, les avancées en termes de civilisation n’ont pas trouvé de prolongement dans les rapports entre l’Homme et les autres espèces. Au contraire, les rapports entre les humains et le monde du vivant semblent avoir été le champ d’expression d’une barbarie libérée sans vergogne, en pleine puissance et en toute impunité.
Nous sommes tous les témoins - et parfois les acteurs - de ce crime contre l’environnement, mais nous sommes aussi, à ce moment charnière dans l’Histoire, les dernières générations à pouvoir agir pour que le seuil irréversible ne soit pas atteint. Ce seuil fait porter, si rien n’est fait, une menace pour la survie des espèces, y compris même de l’espèce humaine.
L’heure est venue de faire émerger une nouvelle éthique planétaire fondée sur la conscience de la solidarité de l’espèce humaine dans son ensemble, et de celle-ci avec toutes les autres espèces vivantes.
L’enjeu est double : c’est d’une part sauver l’humanité elle-même. C’est, d’autre part, sauver l’humanité d’elle-même, de sa barbarie originelle.
Car ce que l’on fait de la nature est aussi un indicateur de notre façon de traiter les humains. Et une utilisation déprédatrice des ressources naturelles a comme corollaire une utilisation inhumaine des humains. Comme l’explique Philippe Descola, professeur au Collège de France, “ce n’est pas un hasard si la deuxième expansion coloniale s’est faite en pleine révolution industrielle : ravalés au rang de ressources naturelles, les colonisés avaient droit au même traitement que le charbon dans les mines” ».
Dans l’excellent film “Nous Resterons Sur Terre”, de Pierre Barougier et Olivier Bourgeois, diffusé en avant-première mondiale à La Réunion à l’occasion de la conférence internationale de cette semaine (1), le philosophe français Edgar Morin dénonce le système capitaliste. C’est « une machine infernale » basée sur la loi du profit et destructrice des conditions naturelles de la vie humaine, qui a « colonisé la planète » et qui nécessite « une transformation radicale » de nos pratiques économiques, sociales, culturelles et politiques.
Ce film nous démontre qu’une des forces maléfiques de ce système, c’est d’y intégrer et d’y enfermer les humains en les utilisant pour le faire “tourner” et dans le même temps de les empêcher au maximum de prendre conscience. Prendre conscience de ses inégalités criminelles, mais aussi de leurs propres capacités d’y échapper comme de l’abolir. D’où l’appel lancé dans ce film par le leader communiste russe Mikhaïl Gorbatchev, président de la Croix Verte : prenons conscience qu’« on ne peut pas continuer à vivre ainsi », parlons-en et agissons ensemble pour changer notre façon de vivre et d’organiser la société.
Roger Orlu
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(1) À voir le samedi 12 juillet vers 18 heures 30 au Ciné Cambaie de Saint-Paul. Pour les autres manifestations culturelles organisées dans le cadre de “Regards sur le monde”, consulter le site www.regionreunion.com
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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