Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
24 juillet 2008

Texte après texte, le gouvernement s’attelle à tisser le linceul du droit de travail. Habilement et au-delà des enfumages d’usage diversement déversés, il joue des salariés qui refusent de se reconnaître de la même classe, par ignorance, par incompréhension, par individualisme, par supposé modernisme, ... et qui indirectement se font fossoyeurs des leurs propres protections, agents du capitalisme. Rappelons à ce stade, pour que les choses soient bien claires, qu’en France, en 25 ans, la part des salaires et cotisations a baissé de plus de 9% dans la richesse nationale (de 72% en 1982 à 63% en 2006). Que ces 9 points représentent ainsi en 2008 plus de 180 milliards soustraits aux salariés et aux comptes sociaux. Mais le gouvernement joue aussi des divisions au sein même de son Opposition institutionnelle, précisément à l’approche des congrès et donc de la mise en relief des divergences entre leurs différentes tendances. Trop peu encline à alimenter les mobilisations, l’Opposition en col blanc fragilise la résistance syndicale de la rue ... à tel point que le Président, grisé par sa nouvelle fonction européenne, se laisse aller à jouer la provocation.
A fort symbole politique, la dernière "réforme" en date porte précisément sur le temps de travail. C’est ainsi que, par exemple, l’actuel maximum annuel de 218 "forfaits jours" de travail des cadres est relevé à 235 par défaut d’accords de branches et d’entreprises ... jusqu’à 282 en présence d’accords. Une année comportant 25 jours de congés légaux, le 1er mai chômé, 52 dimanches (selon les conventions internationales sur le droit à un jour de repos hebdomadaire) et selon les entreprises 52 samedis, un rapide calcul montre que la présente "réforme" revient à la suppression des RTT mais aussi de tous les jours fériés y compris 1er janvier et 14 juillet. Ce faisant, le fait marquant est l’opportunité laissée à l’entreprise de faire du temps de travail, par voie de contrat, un élément de concurrence. Le gouvernement inverse donc la très ancienne hiérarchie des normes de protection des salariés, issue du Front populaire et de la Libération, qui voulait que le contrat ne puisse primer sur la loi que s’il était plus favorable au salarié. Malheureusement, chez les socialistes, cette inversion des normes divise. Elle ne contrarie pas les démocrates, les sociaux-démocrates et les sociaux-libéraux. « Le contrat se substituera à la loi » avait même déclaré S. Royal pendant la "primaire" socialiste.
Dogmatique, cette loi n’est aucunement justifiée par des contre-performances économiques françaises. Et, la dégradation des conditions de travail des cadres ne fait qu’accompagner celle des employés et ouvriers (concernés aussi dans la présente loi par la fixation du contingent annuel d’heures sup, leur taux de majoration et les repos compensateurs), celle des fonctionnaires étant déjà entamée. Rappelons en effet que selon Eurostat, la durée moyenne hebdomadaire de l’ensemble des salariés en France est de 36,5 h, proche de la durée moyenne européenne (36,8 h), proche aussi de celle du Royaume-Uni (36,6 h) et supérieure à celle de l’Allemagne (34,6 h) ou encore à celle des Pays-Bas (29,5 h à cause d’une forte proportion de temps partiel) et dont la performance (PIB/actif) n’est pas, loin s’en faut, la plus mauvaise. Enfin, de tous les pays de l’OCDE n’ayant pas choisi la voie du dumping, c’est la France-des-35-heures qui, selon une étude du ... Figaro, a le mieux maintenu sa compétitivité depuis le décrochage de 2004 (à corréler avec la valeur de l’euro).
C’est pourquoi, il devient extrêmement urgent qu’au moment où le Président sort renforcé d’une consultation risquée du Congrès, que chaque travailleur sache s’abstraire de sa catégorie socioprofessionnelle et sache relativiser les cas d’abus que les propagandistes du capital exploitent à satiété pour vendre leurs "réformes" pour comprendre où se situent ses intérêts de citoyen, ceux du pays, et construire une nouvelle conscience de classe au service d’un engagement lui aussi de classe convenablement choisi.
Jean-Hugues Savigny
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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