Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
Après le reportage bouleversant sur Maxime Gonzague Dalleau diffusé par Réunion 1ère
19 mai 2012, par

Officiellement, la moitié de la population réunionnaise, soit plus de 400.000 personnes, est condamnées par le régime politique en place depuis des dizaines d’années à vivre sous le seuil de pauvreté dit ’national’. En même temps, dans l’autre monde, les privilégiés de ce système profitent à fond de ce que l’on appelait autrefois les ’primes coloniales’, avec des revenus supérieurs à ceux de France. Il est impossible de construire un développement durable, solidaire et humain de La Réunion, si l’on n’abolit pas cette coupure institutionnalisée de notre société en deux mondes, que Paul Vergès appelle ’l’apartheid social’.
Le mercredi 16 mai dernier, "Témoignages" a publié un reportage sur la situation dramatique vécue par un travailleur réunionnais âgé de 70 ans au milieu d’un quartier résidentiel de Saint-Denis, près du Jardin de l’État. Dans cet article de Jean-Fabrice Nativel, illustré par plusieurs photos, on a perçu la détresse de Maxime Gonzague Dalleau, obligé de survivre sous une bâche, au milieu de déchets de toutes sortes. En conclusion, "Témoignages" a lancé un appel à la solidarité en faveur de cette personne et de tous nos compatriotes privés du droit au logement et de moyens de vivre décemment.
Sensibilisés par ce cri d’alarme, des médias se sont intéressés à ce drame. C’est le cas du "Quotidien", qui lui a consacré un article, et de Réunion 1ère, qui a diffusé un reportage bouleversant à ce sujet avant-hier soir à la télévision.
Le monde des "primes coloniales"
Grâce à ce reportage diffusé par le service public d’information, toute La Réunion a eu la possibilité de prendre conscience du problème le plus grave auquel est confronté le peuple réunionnais et qui n’est hélas pas pris en compte par la plupart de ceux qui détiennent un pouvoir dans le pays. Il s’agit de la nécessité de s’attaquer avant tout à la cause fondamentale des multiples difficultés subies par une grande partie de notre population (chômage, précarité, exclusion, pauvreté, mal-logement, illettrisme, etc.).
La cause fondamentale de ces problèmes est le fait que nous vivons dans une société qui est coupée en deux mondes par le régime socio-économique et financier mis en place après l’abolition — par la loi Vergès-Lépervanche de 1946 — du statut de colonie de notre pays. En effet, ce régime néo-colonial, au lieu de respecter les principes républicains de la liberté, de l’égalité et de la fraternité sur la base de cette loi, a au contraire perpétué l’ancien régime en accordant à une partie de la société des "primes coloniales", avec des sur-rémunérations par rapport aux revenus de France, et en mettant l’autre partie de la société sous le seuil de la pauvreté.
Les causes profondes des difficultés sociales
Ces discriminations et inégalités entre les deux mondes de notre pays sont institutionnalisées. C’est à dire qu’elle ne sont pas le fruit du hasard ; elles sont inscrites dans les lois, décrets et autres décisions gouvernementales depuis des dizaines d’années, interdisant aux Réunionnais de bâtir un modèle de développement humain, solidaire et responsable.
Les effets pénibles, dramatiques, voire tragiques de ces orientations politiques sont un spectacle quotidien, malgré les luttes menées pendant cinquante ans par le PCR pour faire appliquer la loi du 19 mars 1946 sur le plan de l’égalité sociale (SMIC et prestations sociales) entre les Réunionnais et les métropolitains. Mais qui, dans le monde politique, administratif, syndical, socio-économique, médiatique — souvent bénéficiaire de ce système — a la volonté de s’attaquer aux causes profondes des difficultés sociales de nombreux Réunionnais ?
Ce qu’est l’apartheid social
C’est pourquoi le Parti communiste réunionnais pose ce problème depuis des décennies à tous les gouvernements. Et récemment encore, dans le cadre des échéances électorales très importantes que nous vivons en ce moment, Paul Vergès a reparlé avec force de ce qu’il appelle l’apartheid social, à abolir d’urgence.
Les Réunionnais savent ce qu’est l’apartheid ("mise à part", "séparation"), ce régime raciste imposé au peuple sud-africain pendant un demi siècle et qui divisait le pays en deux populations, selon leur appartenance ethnique, la couleur de leur peau etc. Chez nous, le pouvoir nous impose un régime qui divise la population en deux selon la politique sociale officielle dont bénéficient les uns ou les autres ; voilà ce qu’est l’apartheid social. Et voilà ce qu’il faut abolir à présent, si nous voulons vraiment aller vers le changement inscrit dans le projet signé par François Hollande avec Élie Hoarau.
L. B.
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