Affaire de la cité Ozanam au Tampon : porte close à la Préfecture

Quelle arrogance !

30 avril 2007

« Avan, moin té abit shé propriétèr », déclarait Marie-Edmée Dijoux, 61 ans, une victime. Sortir de la terre du grand propriétaire et gagner par charité chrétienne un petit terrain pour y installer sa famille, son avenir, quel rêve ! Aujourd’hui, c’est un cauchemar insensé, marqué, samedi, par une incompréhensible porte close, malgré l’engagement pris.

Marie-Edmée Dijoux.
Les familles de la cité Ozanam.

Ils sont une quarantaine à avoir racler leurs fonds de poches pour payer un bus, venir ensemble rencontrer enfin le Préfet ou un de ses représentants, et faire entendre la voix des familles de la cité Ozanam au Tampon. Une délégation devait être reçue à 10 heures 30, samedi dernier, à la Préfecture. Ce sont policiers et renseignements généraux qu’ils rencontreront. Aucun membre de la Préfecture daigne recevoir, comme prévu, une représentation de ces familles. Elles veulent simplement avoir accès aux dossiers et comprendre ce qui se joue dans cette affaire. Sonne toujours le glas de l’expulsion, de la terre des souvenirs, d’un espoir de pouvoir vivre dans de bonnes conditions. « Avan, navé 18 fami té viv là, aprésa, 10 la parti. Zot kaz té razé », raconte Marie-Edmée. Elle ne comprend pas. Pourquoi revenir sur un acte de charité ?
Dans les années 1960, alors que certains d’entre eux avaient choisi l’aventure de la Sakay, quelques familles, dont la sienne, auront la chance de profiter d’un acte de charité. L’association Saint Vincent de Paul leur offrait alors la terre, et les dons de la communauté chrétienne leur permettaient de construire leur maison. Près de 50 ans plus tard, pourquoi cette association de charité préfère vendre à la SODEGIS à prix préférentiel un terrain qu’elle aurait tout aussi pu céder dans les mêmes conditions tarifaires à des indigents qu’elle avait mis sous son aile autrefois ? « A 8 ëro lo mèt karé, nou gingn ashté », déclare tout un quartier. Pourquoi vendre à LA SODEGIS, quand des familles veulent accéder à la propriété ?

Sur le terrain politique

« Cette affaire est politique », soulignait vigoureusement Jean-Hugues Ratenon. Agir Pou Nout Tout a toujours été de ces luttes, pour que l’on reconnaisse aux Réunionnais le droit au logement. L’association déplore aujourd’hui le silence préfectoral, qui s’apparente à un manque de respect de la part du Préfet et de ses collaborateurs, et la position choisie durant une période de réserve.
La semaine dernière, la Préfecture donnait le feu vert pour une rencontre à 10 heures et demie, samedi, avec une délégation composée de 5 personnes. Avec autant de précision du côté de la Préfecture, les familles s’attendaient à être reçues. Elles n’ont d’ailleurs pas manqué le rendez-vous en louant un bus à cet effet. « La Préfecture n’a pas donné suite à notre demande de rendez-vous », s’insurgent les familles désabusées.
Jean-Hugues Ratenon note que le maire du Tampon a, entre-temps, fait valoir un communiqué qui stipule que le problème est réglé. Pourtant, les familles n’ont signé aucun protocole d’accord. Elles n’ont reçu aucune garantie de la commune. Ultimatum lancé par Jean-Hugues Ratenon : le problème sera porté durant le débat politique, pour inciter les bons chevaliers de la campagne à s’exprimer sur ce dossier. « Nous allons nous inviter au débat, ce sera l’occasion de parler de l’Observatoire des prix et des revenus. A 8 euros le mètre carré, cela concerne la régulation des prix, et donc de la nécessité de créer cet observatoire. Nous tenterons d’en faire part à Jean-Louis Borloo, qui sera interpellé », déclare-t-il.
Le ministre de la Cohésion sociale aime à vanter les mérites de l’intervention gouvernementale. Va-t-il transmettre à Didier Robert l’inquiétude de familles victimes de l’expropriation sauvage ?

Manque de communication

Et Jean-Hugues Ratenon de prévenir tout un chacun. Quant à l’opacité de la vente entre l’association Saint Vincent de Paul et la SODEGIS, il faudra bien comprendre pourquoi les choses se sont faites « an misouk », sans communication avec les familles concernées.
Cette affaire court depuis 7 ans maintenant. 10 familles expropriées, relogées sans humanisme, ont vu raser leurs biens, leurs souvenirs. Une famille déplore un membre aliéné par cette affaire, errant dans les rues tamponnaises. A-t-on au moins établi une cellule psychologique pour soutenir ces familles, angoissées par cette avenir médiocre qu’on leur destine ?
Samedi, personne n’a daigné recevoir ces petites gens. A se demander « pour qui roulent les services de l’Etat. Au service des politiques ? », lance Jean-Hugues Ratenon. La presse entière s’interroge, interloquée par cette attitude des services de l’État. Afin de faire toute la clarté sur cette vente, Agir Pou Nout Tout promet des meetings dans la commune du Tampon.
« Nous allons déplacer le débat sur le plan politique », ajoute Jean-Hugues Ratenon. Il rappelle qu’il s’agit là d’un drame, qui concerne des familles désabusées, victimes du positionnement de la mairie du Tampon, « avec la complicité de la Préfecture », poursuit le Président d’Agir Pou Nout Tout.
Faute de rencontre, les familles ont laissé leurs pancartes sur les grilles de la Préfecture, signifiant leur passage. Et même si le cœur n’y était pas, elles ont tenu à pique-niquer sur le square de la Préfecture, défiant l’arrogance...

Willy Técher


Alon done la min

L’association Soubic, qui apporte une aide alimentaire temporaire et un soutien à la gestion du budget aux familles en difficulté, organisait une collecte, samedi dernier, devant certaines grandes surfaces, pour approvisionner son épicerie sociale.

Le principe porté par l’association Soubic est simple. Des caddies sont mis à la disposition du consommateur solidaire, afin de collecter des denrées alimentaires et ainsi aider des familles dans le besoin. Les consommateurs y déposeront : riz, pâtes, grains, morue, boîtes de conserve, huile, vinaigre, sel, sucre, confiture, biscuits, produits d’hygiène et d’entretien... bref, les généreux donateurs donnent des produits à plus longue durée de conservation.
D’ailleurs, les denrées périssables ne sont pas acceptées, pour ne pas se plier aux contraintes de la conservation. Ainsi, Soubic, c’est-à-dire Secours opérationnel urbain boutique d’initiative communautaire, récolte les dons pour mener à bien son épicerie sociale.
« Les familles ne sont pas assistées », assure une bénévole de l’association. Ce n’est sûrement pas le but. Soubic est « un outil d’accompagnement conçu pour proposer une alternative à l’assistanat des personnes les plus démunies », lit-on sur un tract transmis aux consommateurs.
L’alternative, c’est soutenir des familles, qui achèteront des produits, mais à un prix revu en deçà. Toute personne désirant apporter son aide à l’association Soubic sera remerciée de le faire savoir au 0262.21.15.05.

W. T.


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