Récupérer l’eau de la Rivière de l’Est ?

10 avril 2007

Récupérer l’eau de la centrale hydroélectrique de la Rivière de l’Est et l’utiliser pour la consommation humaine est une question en débat depuis longtemps. Cette eau turbinée est la seule à ne pas être réutilisée. La quantité rejetée (575.000 m3/j) permettrait de satisfaire les besoins humains aujourd’hui (370.000 m3/j) et certainement en 2030.
La Mairie de Saint-Benoît propose de supprimer la centrale et de la remplacer par une centrale thermique. Au moment où il est question d’atteindre l’autonomie dans 20 ans, cette solution n’est pas acceptable. L’usine de Sainte-Rose est la plus grosse productrice d’énergie alternative de l’île. Elle est peu coûteuse. Elle est pérenne alors que les autres sources renouvelables (éolien, solaire...) produisent par intermittence une énergie par ailleurs difficilement stockable, tandis qu’en modulant le débit de l’eau, on peut varier la quantité d’électricité produite.
On évoque la possibilité de démonter l’actuelle usine pour la remonter ou construire de plus petites unités de production pour pouvoir récupérer l’eau. Cela se discute. Le coût économique sera un élément déterminant dans le choix à faire.
Il conviendrait d’avoir une vision plus globale.
Selon des documents officiels (voir “Les enjeux de l’eau à l’horizon 2015 à l’Ile de La Réunion”), les Réunionnais consomment en moyenne 250 litres d’eau par jour : juste derrière les Américains (290 litres/j), mais devant les Métropolitains (140 litres/j) et les Domiens. Pour sa part, le groupe Veolia évalue à 286 litres/j la consommation moyenne réunionnaise locale. Une analyse plus fine montre que 30% des Réunionnais consomment 60% de toute l’eau domestique ! Enfin, il est connu que le rendement des réseaux est en moyenne de 60% : sur 100 litres d’eau envoyés dans les tuyaux, 40 se perdent dans la nature. Une commune comme le Port, pourtant exemplaire en la matière, dépasse juste les 50%.
Si les Réunionnais faisaient un geste citoyen en diminuant de 10% leur consommation d’eau (2, 5 l/j), on économiserait une quantité d’eau à peu près équivalente aux 3/4 de celle de la phase du basculement dite Mafate ! En améliorant le rendement des réseaux de 15% (objectif fixé pour 2015), on ferait une économie de même grandeur.
Mais cette deuxième mesure appelle de lourds investissements. Il y en aura d’autres : la majorité des périmètres de prélèvement ne sont pas protégés ; 11 communes viennent d’être pénalisées pour absence de réseaux d’assainissement convenables. La situation dans le domaine de l’eau est semblable à celle des routes : il y a beaucoup à faire, mais les moyens manquent. Or, les Réunionnais devront progressivement s’acquitter de taxes qu’ils ne payent pas encore (comme celle sur la pollution de l’eau). Actuellement, Bruxelles et Paris financent à plus de 70% la politique de l’eau à La Réunion. Cela ne pourra plus durer. Une directive européenne impose d’établir en 2010 pour chaque catégorie d’utilisateurs (industriel agriculteur, ménage) un prix vérité.
La politique de l’eau n’est pas seulement une question de recherche de nouvelles ressources : c’est un problème de gestion globale où tout le monde doit se mettre autour d’une table pour discuter et décider. À quoi servirait de reconstruire la centrale de la Rivière de l’Est pour récupérer l’eau et la distribuer ensuite quand on sait qu’on perdra 40% de cette eau et que celle-ci sera gaspillée par une minorité !

JMS


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Témoignages - 82e année


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