Rencontre…

25 mars 2009

C’est le vendredi 20 mars 2009. Il est 6h55. Je me trouve au Port. Je quite la gare routière et prends la route pour gagner mon bureau. Ma radio est allumée. Des écouteurs à mes oreilles, je suis branchée K.O.I. « Radio Kanal Océan Indien ». David, l’animateur, passe une chanson dans temps lontan. J’apprécie.

Sur ce chemin, j’aperçois une dame debout. Elle regarde vers le haut. Elle se trouve sous un manguier. J’avance et j’observe. Cette dame est agée. Elle tient son sac sur roulettes. Elle va sans doute au marché forain.

Arrivée presque à sa hauteur, elle m’interpelle.

- Hein madame, miracle y existe.
Un peu étonnée, je m’arrête à sa hauteur, enlève mes écouteurs. Je lui dis :

- « Bonjour ! Pardon, miracle y existe ? »

- « Oui » qu’elle me répond. « Regard mangu lé en flèr, pourtan lé pa la séson ! »
Je lève les yeux vers les branches du manguier. Elles sont en fleurs, et des petites mangues s’y trouvent déjà.

- « Pe-t-èt ke sé un problèm climat ? Ou conné avek le sangemen… »
Et je lui raconte une histoire. « Il n’y a plus de saison » lui dis-je « Ma mère avait une « envie » sur tout un côté de son visage. Cela représentait des fleurs de flamboyants. Sa joue était noire hors saison et rouge pendant la floraison. Avant lorsque je voyais les flamboyants en fleurs, je pensais sythématiquement à ma mère. Aujourd’hui, les flamboyants sont toujours en fleurs. Il n’y a plus de saison. »
Cette dame toujours attachée à ses « miracles » me dit :

- « Kosa ou pens pou Cambuston ? Ou la parti voir ? »

- « Non, moin la poin transport. Moin la pa gaing allé. »
Avec les sanglots dans la voix :

- « Moin non pli, moin la pa gaing allé. Bana té i croi pa. Monseigneur la di pourtan. Zot té vé pa croi. Zot la pa voulu emèn à moin. E pi coméla la pi taxi, sinon moin té loué in. Si mon mari lété là, li noré emèn à moin li. » Et là elle a les larmes aux yeux.

Et la voilà qui me raconte son histoire à elle :
« Madam, moin la viv 50 ans avek mon mari. Li la parti néné 10 zan. In pé d’riz mi gaing pi fé cui. Mi pens à li. Mi plèr. » Et elle se met à pleurer. J’essaie de la consoler. Elle me dit : « Toultan mi pens ke li lé parti voyagé é in zour, li va r’venir voir moin. »

J’ai enfin compris que son homme est décédé et je lui réponds :
« Si cé pa li ki vien voir à ou, sé ou ké va allé voir à li. Lé sir. » Elle sèche ses larmes, me fait un sourire et m’approuve de sa tête.

Et on passe à autre chose, elle me parle de sa famille qui habite à la Saline et que je connais. Elle me parle aussi de ma santé en me disant d’aller prier à l’Eglise Sainte Jeanne d’Arc. Elle me parle de son club de prière et du curé de la paroisse qu’elle apprécie. Elle a à nouveau des larmes aux yeux. Je la rassure comme je peux, lui demande de me pardonner car il faut que j’aille travailler. Je lui fais deux grosses bises. Elle m’invite à venir la voir chez elle. Elle me montre sa maison. Je le lui promets : je passerai la voir. J’arrive à nouveau à l’arracher un sourire. Elle me dit : « Voilà un miracle, c’est qu’on s’est rencontré aujourd’hui. » Je lui fais un sourire.
Je n’ai pas osé poser des questions à cette dame. A-t-elle des enfants ? Viennent-t-ils la voir ? Je n’en sais rien. Je suis partie au bureau. J’avais le cœur gros...

Mais chose promise, chose due. J’irai voir cette dame.

Josiane T.K.


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Témoignages - 82e année


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