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23 février 2007
La désolation règne à la direction du PS réunionnais : après avoir été dûment étrillé par “papa y fouet’”, le Président de Région, le PS se demande avec inquiétude s’il a parié sur le “bon cheval” pour l’élection présidentielle. A force de “tourner sa veste”, un coup Emmanuelli, un coup Montebourg, un coup Royal, tout cela pou gign in ti plas, sans jamais faire véritablement de la politique, on finit par avoir la tête qui tourne et... « mi kompran pa mi kompran pi... ».
Le PS local comme bien d’autres ne pèse de rien dans les choix stratégiques qui se font désormais au niveau européen pour la sociale démocratie. Il fait partie du “petit personnel” qui va être sacrifié au profit d’une orientation qui prépare la défaite de Ségolène Royal.
Car c’est bien ce qui est en train de se passer. Comme en 2002.
Il faut rappeler que les présidentielles remportées par le PS ont été celles de 1981 et 1988 avec François Mitterrand. Ce dernier n’a pu être élu que parce que l’ensemble des travailleurs, de la jeunesse, voyait en lui se refléter leurs revendications, leurs espoirs. A tort certainement, mais c’est une autre histoire.
Depuis, le fossé s’est creusé entre ces aspirations, ces espoirs et la “real politik” qu’ont menées les différents gouvernements socialistes. Il n’y a pas, il n’y aura pas de dynamique populaire autour de la candidature de Ségolène Royal.
Et la direction nationale du PS s’en rend parfaitement compte. Elle pronostique d’ores et déjà la défaite. À ses yeux c’est embêtant, mais pas dramatique. L’enjeu est ailleurs. A l’échelon européen.
L’affaire du TCE, du vote du 29 mai 2005 n’est pas close. Les travailleurs français, réunionnais ont voté contre l’Europe libérale, depuis, la préoccupation essentielle de la sociale démocratie est de leur repasser le plat. Il n’y avait pas de “plan B” ! Il n’existe qu’une stratégie pour la construction de l’Europe des patrons, des profiteurs. Celle qui remet en cause l’ensemble des solidarités, des protections sociales, des garanties dont nous bénéficions encore pour un temps. Le PS français n’a pas été capable de faire avaler cela à ses électeurs. Il convient donc de le remettre “sur les rails”, d’éliminer en son sein tous ceux qui seraient suspects de parler encore de respect des conquêtes sociales, de lui donner un “bon profil” type Blair (qui fait la guerre en Irak avec Bush), Schroeder (qui a repoussé à 67 ans l’âge de la retraite en Allemagne), Prodi (ancien président de la commission européenne). Si pour atteindre cet objectif, il faut “griller” une victoire à la présidentielle française, tant pis ! Quant aux élus PS Réunionnais - ou ceux qui se bousculent au portillon pour l’être -... De toute façon, au premier claquement de doigts, ils diront amen à tout.
Sarkozy a bien compris cela : il cite Jaurès et Blum, paix à leurs âmes, mais il se réfère bien souvent à Blair et Schroeder dont il applaudit le courage et la clairvoyance. Lui, il sait où se situent ses vrais interlocuteurs dans la sociale démocratie européenne, il ne manque d’ailleurs pas une occasion de pointer les contradictions qui subsistent encore entre les orientations du PS français et de ses homologues européens.
« Le parti se renforce en s’épurant ». C’est Lénine qui avait dit cela en son temps. Le PS n’est pas contre : il va épurer, il a déjà commencé d’ailleurs. Épurer à sa gauche en essayant de briser tout ce qui pourrait surgir, ce qui surgit déjà, altermondialistes, syndicalistes, jeunes révoltés, gauchistes de tout poil. L’appareil socialiste a fait en sorte de “bloquer” les candidatures de Chevènement, de Taubira, de bâillonner les Verts en réglant leur ardoise de 2002, l’appareil du PS parle de “démocratie participative”, mais le mot démocratie tout simple il ne le connaît pas : les élus du PS ont INTERDICTION de conférer leurs parrainages aux candidats de la gauche anti-libérale (Besancenot, Bové, Laguiller). L’épuration c’est également la liquidation du courant Fabius et surtout Mélenchon, qui seront les premiers à perdre leurs élus. L’épuration, c’est également mener une offensive en direction des associations, des organisations syndicales pour en prendre le contrôle.
L’objectif premier de la sociale démocratie, nous on appelle ça plutôt le social libéralisme, n’est pas la présidentielle. Il est bien d’installer durablement en Europe le libéralisme, de faire du PS français une courroie de transmission, d’empêcher les travailleurs de lutter pour leurs droits.
Pourtant, cela n’est pas si facile pour elle : dans tous les pays européens se développent des organisations des mouvements, très divers, souvent divisés comme en France, mais qui sont incontestablement porteurs des aspirations des travailleurs, des jeunes, des victimes du libéralisme. En Allemagne, aux Pays-Bas, au Portugal, au Danemark... partout se pose la question d’une alternative de gauche. À La Réunion également, nout péi bato fou, c’est possible, c’est urgent, c’est nécessaire. Au-delà des péripéties politiciennes, des manœuvres douteuses, nous saurons l’exprimer, en ce qui me concerne en soutenant la candidature d’Olivier Besancenot. Mais sans aucune ambiguïté sur ce que représente la candidature Royal. L’espoir n’est pas là ! Il reste dans un vote anti-libéral, Besancenot mais également Bové, Buffet ou Laguiller.
Ph. Azema
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