Droit de réponse

Stop à l’hypocrisie : des Réunionnais vivent encore mal des ancêtres reniés et refoulés !

19 juin 2008

Mme Ghislaine Bessière de Rasine Kaf s’acharnant à attaquer publiquement et violemment les actions menées par l’association MIARO que je préside, je me dois par respect pour nos membres d’éclairer l’opinion.
MIARO œuvre depuis de nombreuses années, entre autres, en faveur d’actions visant à vivre sereinement l’ancestralité malgache sur notre île. Ancestralité encore trop souvent vécue dans le refoulement qui empêche de faire le deuil d’un passé douloureux lié à l’esclavage et à l’engagisme.
Effectivement, nous pensons qu’il est important, en complément de tout ce qui peut être fait par ailleurs dans d’autres domaines, de continuer à aider les descendants d’esclaves et d’engagés qui le demandent à vivre sereinement cette ancestralité qui reste douloureuse dans de nombreux cas encore, malheureusement. Sauf à pas être hypocrites, nous savons tous qu’il y a encore des blessures vives provenant des frustrations venues d’ignorance (toujours d’actualité) de ces ancêtres, d’une absence de reconnaissance publique qui reste entachée à leur mémoire. Il suffit de constater l’absence flagrante de sanctuaires publics malgaches pour s’en convaincre. Le travail effectué pour le maloya et le moring doit être poursuivi pour le servis, qui doit cesser d’être vu comme sorcellerie ou autre pratique honteuse. Ces blessures demandent à être soignées, de peur qu’elles n’empêchent d’avancer dans la vie et de s’épanouir. Le prix du développement de tous et de l’harmonie entre les groupes est à ce prix !
Qui ose affirmer ignorer ce genre de blocage qui nous sape notre assurance et notre chance de réussir, au milieu d’autres personnes sûres de leurs valeurs familiales et ancestrales construites durant des siècles de réussite ?
Nous comprenons bien que ce que MIARO propose est très insuffisant, vu les faibles moyens dont notre association dispose : recherches sur les noms, assistance à la prospection de lieux d’origine sur les deux îles, écoute, et surtout mise en valeur patrimoniale. Célébrations publiques des lieux de mémoire communs aussi pour mettre ensemble nos appréhensions et nos aspirations...
Je me permets ici de prendre le cas exemplaire de Madame Ghislaine Bessière, qu’elle me pardonne, connaissant sa volonté de faire profiter les autres de ses réflexions. Nous pourrions la taxer facilement d’incompréhension coupable à notre égard, mais nous savons bien que ce n’est pas le cas, comme l’attestent ses récentes recherches ancestrales du côté de Morondava (Sud-Ouest de Madagascar), autour du roi Ra-MITRA-ho.
Nous comprenons et respectons trop la souffrance identitaire et les désordres qui peuvent en résulter, pour ne pas lui souhaiter de poursuivre et de réussir de telles démarches et de trouver la paix sur ce plan-là. Nous l’avons accueillie fraternellement - avec les siens - lors des cérémonies de Ati-Damba au Dimitile, et nous nous excusons de ne pas avoir pu satisfaire sa demande comme cela semble être le cas. Nous comprenons bien une réaction de déception qui peut pousser à l’agressivité. Aussi, comme tous les autres dans le même cas, nous l’invitons chaleureusement, une fois de plus, à venir se replonger à cette source commune de partage, d’apaisement avec tous ceux qui pansent encore la douleur d’un ancêtre refoulé, trop longtemps renié et qui réclame avec fracas sa place au soleil.

Honoré Rabesahala


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