Changement climatique et coopération inter-îles pour des stratégies d’autonomie énergétique
Confrontées au changement climatique, les problématiques de la sécurité de l’approvisionnement en eau et énergie sont primordiales pour nos îles : elles sont très exposées à ce phénomène et doivent s’y préparer rapidement et profondément.
Le changement climatique est un phénomène mondial reconnu scientifiquement. Du point de vue des énergies et du développement durable, nos îles sont très vulnérables, avec une large gamme de conséquences déjà visibles et d’autres à venir. Le développement durable et le changement climatique sont interdépendants. Nous devons réduire nos émissions de Gaz à Effet de Serre. Cela signifie un transfert vers des systèmes énergétiques sans émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Le coût et la fin des réserves fossiles sont des facteurs déterminants de l’instabilité économique mondiale, en particulier en ce qui concerne la sécurité d’approvisionnement énergétique de nos îles. La concentration et les limites des réserves de pétrole induisent des prix élevés du pétrole et une dégradation des systèmes économiques insulaires. La sylviculture et de la reforestation sont d’autres éléments primordiaux en terme de captage et de stockage du carbone pour l’atténuation du changement climatique. Les stratégies d’autonomie en eau et énergie sont des solutions à soigneusement explorer pour l’adaptation au changement climatique. Pour plus d’informations, le lecteur pourra se référer au rapport du GIEC octobre 2007.
Ainsi, toutes les îles de l’Océan Indien subissent actuellement une croissance importante de leur dépendance énergétique vis-à-vis des combustibles fossiles, malgré leurs immenses réserves d’énergies renouvelables. Des projets sont en œuvre dans chacune des îles, et nous devons à présent mettre en commun nos ressources et nos connaissances pour développer une politique régionale ambitieuse. Madagascar, « la Grande Ile », pourrait devenir un exemple directeur mondial dans la transition vers 100% énergies renouvelables en préservant ainsi ses réserves pétrolières pour des utilisations stratégiques dans le futur. Le développement des énergies renouvelables à grande échelle et pour toutes les îles de l’Océan Indien est un programme ambitieux et indispensable à mettre en œuvre en collaboration avec la Commission de l’Océan Indien (COI) et les gouvernements de la zone. Le contexte des îles, les objectifs et les méthodes de coopération pour des stratégies d’adaptation au changement climatique et d’autonomie énergétique à l’horizon 2050 ont amené l’ONERC et la COI à adopter un programme multilatéral ainsi que l’ARER à lancer le réseau Island-Natural Energy Ways toward Self-sufficiency (Island-NEWS) pour la réduction des émissions de GES. Des propositions seront faites pour que la COI adopte avec Island-NEWS un programme multilatéral de stratégies d’autonomie énergétique comme solutions à l’atténuation du changement climatique. Des accords bilatéraux de coopération doivent être entrepris aussi.
Cadre et forme de coopération bilatérale entre Rodrigues et La Réunion sur l’énergie et le changement climatique
Une coopération bilatérale entre Rodrigues et La Réunion pour la sécurité des approvisionnements en eau et énergie et pour l’adaptation au changement climatique pourrait être engagée entre l’Assemblée Régionale de Rodrigues, le Conseil Régional de La Réunion, l’ARER, Island-NEWS et les gouvernements mauricien et français. Pour initier ce processus, une conférence technique sur « l’autonomie énergétique de Rodrigues sans émissions de GES » s’est tenue en octobre 2007, sur l’impulsion de M. Paul Verges et M. Johnson Roussety, organisée par l’Assemblée Régionale de Rodrigues avec le support technique des acteurs rodriguais et de l’ARER. Plusieurs partenaires techniques ont aussi offert un support technique utile au travers de données énergétiques : ce fut le cas pour BIONERR, VERGNET et AEROWATT.
Conclusions techniques et organisationnelles
La principale conclusion du projet mené par l’Assemblée Régionale de Rodrigues avec le soutien de l’Agence Régionale de l’Energie Réunion (ARER) est que l’île de Rodrigues peut techniquement mettre en œuvre une stratégie d’autonomie énergétique et de sécurité énergétique à base d’énergies renouvelables aux horizons 2007-2010-2015-2020.
Les ressources renouvelables pourraient répondre à tous les besoins futurs en électricité.
L’hydraulique et la micro-hydraulique pourraient être développés et exploités à la fois pour la distribution d’eau, le stockage de l’énergie éolienne et la désalinisation. L’énergie des vagues et des courants sont des ressources à long terme qui devront être étudiées. L’énergie thermique des mers a un véritable potentiel, notamment grâce aux possibilités d’approvisionnement en eau et de développement d’activités économiques variées. L’énergie éolienne est une ressource majeure à développer à très court terme. La biomasse est aussi une source majeure d’énergie et un secteur crucial pour Rodrigues en termes d’adaptation au changement climatique. Le développement de la biomasse nécessite la définition d’un plan d’actions à court terme avec l’objectif de préparer l’île au changement climatique. Cela demande aussi une mobilisation et une organisation spécifique des acteurs clés, un plan de développement économique et un suivi essentiel immédiat de l’usage des sols. A court terme, l’énergie solaire peut servir à la production d’eau chaude sanitaire dans les infrastructures hôtelières et chez les foyers rodriguais. L’utilisation du solaire photovoltaïque à court terme se limiterait à quelques usages spécifiques et son développement se ferait à moyen et long terme. L’efficacité énergétique et la maîtrise de la demande en énergie présentent de forts potentiels à court terme, rentables et faciles à mettre en œuvre. Les technologies de stockage de l’énergie pour l’autonomie énergétique de Rodrigues, comme les batteries Vanadium et le stockage hydraulique par pompage, doivent être développés et planifiés avec des partenariats industriels forts.
Ce nouveau système énergétique durable doit être intégré dans l’aménagement du territoire, l’urbanisme et la construction.
L’amélioration des performances environnementales des bâtiments résidentiels, maisons, hôtels, gîtes, écoles et bâtiments publics est une première étape. Cela peut faire appel à la création de guides et référentiels ainsi qu’à des diagnostics et audits.
Il existe de fortes interactions entre l’énergie, l’eau, l’agriculture et la gestion des forêts. Il en est de même entre l’énergie éolienne, la désalinisation de l’eau de mer et la gestion de la distribution d’eau. Une zone industrielle écologique et environnementale pourrait être développée sur le site clé de Grenade.
Bien sûr, les scénarii d’approvisionnement 2007-2025-2050 proposés se limitent au cadre d’analyse choisi. Les besoins énergétiques pour les transports n’ont ainsi pas été explorés.
Des solutions intégrées d’aménagement du territoire, d’urbanisme, de construction, d’agriculture et de gestion des forêts doivent être arbitrées. Des actions fréquentes d’information, de sensibilisation et de communication à l’attention des citoyens et des acteurs clés, sur les politiques mises en œuvre et leurs avancées, doivent être organisées et mises en œuvre.
La reforestation et le développement de la biomasse participent à de multiples secteurs économiques et constituent une action clé pour la préparation de l’île au changement climatique.
L’histoire de la reforestation à Rodrigues montre que l’île a su développer de véritables compétences locales, des moyens ainsi qu’un capital en bois à entretenir, notamment grâce à la Commission de Forêts de l’Assemblée Régionale de Rodrigues. Il est aussi à noter une initiative privée de reforestation d’espèces endémiques : le parc touristique d’Anse Quittor. Certaines espèces représentent un problème pour les ressources en eau.
Il est nécessaire d’évaluer les surfaces en jeu, le potentiel de reforestation, les quantités exploitables de bois, les moyens actuels ainsi que les priorités. Selon un participant de la conférence, « des priorités doivent être établies pour la politique d’aménagement du territoire : en particulier la reforestation contre le changement climatique ». A présent, l’île Rodrigues est confrontée à des questions politiques et techniques d’aménagement et doit faire des choix. « Comment amener de l’ordre et comment mener le partage entre pâturages, terres agricoles et forêts ? », se demande un autre participant du colloque. Plusieurs scénarios ressortent et se confrontent.
Une activité économique avec les déchets actuels de la sylviculture doit être développée. L’énergie par la gazéification du bois est une opportunité. Il est nécessaire d’étudier comment une politique de biomasse peut devenir un programme opérationnel contre le changement climatique. Ce point doit être traité dans un atelier technique spécifique. Le projet de schéma d’aménagement du territoire devrait intégrer cet aspect.
De tels programmes nécessitent la mise en œuvre d’outils organisationnels, l’identification de ressources humaines, la recherche de soutiens financiers, la mobilisation des acteurs rodriguais et internationaux.
Plusieurs propositions sont faites en ce sens : groupe de pilotage stratégique, équipe technique pour la mise en œuvre des projets, bailleurs de fonds, programmes de coopération et mécanismes de développement propre (crédits carbone).
Agence Régionale de l’Energie Réunion
Pour le Développement durable, l’Adaptation au Changement climatique, les Energies renouvelables et la Maîtrise de l’Energie pour la construction, l’aménagement et le transport durable
Conseils pratiques et gratuits au 0262 257 257 et arer@arer.org




















