L’impact de la crise mondiale à La Réunion
25 août 2009
“Le Quotidien” d’hier nous apprend que les recettes de l’octroi de mer sont en chute de près de 18% au cours du premier semestre 2009, ce qui représente 25 millions d’euros de moins par rapport à 2008 à la même époque. Rappelons qu’avec la mise en conformité de l’Union Européenne avec les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce, la menace de supprimer l’octroi de mer est réelle. Or, l’octroi de mer constitue un élément déterminant de l’économie.

Le recul des ventes de voitures explique en partie la diminution des recettes de l’octroi de mer. (photo M.M.)
En effet, selon les statistiques douanières, la baisse des recettes atteint 11% au premier trimestre et 25% au second trimestre. Cette baisse de l’octroi de mer représente un manque à gagner important pour les communes pour qui l’octroi de mer représente jusqu’à 60% des recettes.
Cette baisse de 25 millions d’euros des recettes de l’octroi de mer est une très mauvaise nouvelle pour les communes surtout dans un contexte budgétaire très tendu marqué par la crise.
L’octroi de mer est reversé dans sa grande partie aux communes. Le montant versé à ces dernières a été de l’ordre de 250 millions d’euros sur un total de 360 millions collectés (selon les années).
Dans les discussions avec les pays ACP, ces derniers ont demandé la fin de l’octroi de mer. Cette spécificité au sein de l’Union Européenne va-t-elle perdurer face aux pressions tendant à faire tomber toutes les protections ?
Or, l’octroi de mer constitue un élément déterminant de l’économie. Si l’octroi de mer est effectivement supprimé, les communes verront leur budget amputé de près de 250 millions d’euros. Les conséquences seront également dramatiques, d’une part, pour les producteurs locaux qui sont aujourd’hui protégés par l’octroi de mer et, d’autre part, pour les contribuables qui verront les impôts locaux inévitablement d’augmenter. A cela s’ajoute une fiscalité plus importante sur les biens et services pour le consommateur du fait de l’application du droit commun de la TVA.
La fiscalité est aujourd’hui un élément comme tant d’autres (coût de production, du fret, des transports, des conditions d’approvisionnement et de stockage, des marges…) dans la formation des prix et l’octroi de mer est un élément de la fiscalité (droit de douane, TVA…). Concernant la fiscalité, La Réunion a un régime spécifique. Elle est constituée d’une TVA spécifique par rapport au droit commun qui s’applique en France et d’un octroi de mer.
L’application du droit commun de la TVA pénaliserait le consommateur réunionnais
Rappelons que le taux normal de la TVA à La Réunion est de 8,5% contre 19,6% en France. A côté de cela, il existe un taux de TVA réduit à La Réunion de 2,1%, qui s’applique notamment sur les biens dits de « première nécessité ». Soulignons également que sur ces biens, l’octroi de mer ne s’applique pas (taux de 0%) afin de ne pas pénaliser les revenus modestes. Au total, 1.300 produits de première nécessité ne sont pas soumis à l’octroi de mer, alors que la TVA est de 2,1% sur ces biens.
Comparaison Octroi de mer/TVA sur quelques produits de première nécessité
| Produits de première nécessité | Octroi de mer | TVA |
|---|---|---|
| Lait | 0 % | 2,1% |
| Pain | 0 % | 2,1% |
| Aliments pour bébé | 0 % | 2,1% |
| Café | 0 % | 2,1% |
A partir de là, une suppression de l’octroi de mer et une application du droit commun de la TVA vont pénaliser le consommateur réunionnais. En effet, le taux d’octroi de mer moyen est de 6,5% et le taux de TVA « normal » est de 8,5% à La Réunion. Donc, TVA + octroi de mer représente en moyenne 15% (8,5% + 6,5% = 15%) à La Réunion, soit inférieur au taux du droit commun de TVA appliqué en France à 19,5%.
Actuellement, avec la baisse de l’octroi de mer, les communes vont se retrouver en difficulté. Mais si l’octroi de mer venait à être supprimé, cela aurait des conséquences graves pour l’économie. Les communes seraient pénalisées, les producteurs locaux mis en difficulté, mais aussi le consommateur final par une augmentation de la fiscalité sur les biens et services si l’on applique le droit commun de la TVA.
Sanjiv Dinama
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