Toujours sacrifier les plus pauvres ?

29 avril 2009

Les Réunionnais, pris entre le marteau de prix plus élevés qu’en métropole et l’enclume de revenus plus bas, ont, pour la plupart d’entre eux, un pouvoir d’achat dérisoire et n’y arrivent plus. D’où les mouvements sociaux pour la baisse des carburants, puis contre la vie chère.

On se souvient de l’annonce de l’Etat : 200 euros pour les bas salaires (inférieurs à 1,4 SMIC) en raison de 100 pour l’Etat, 50 pour les employeurs et 50 à partager entre les collectivités locales.
Comme il n’est pas du ressort des collectivités locales de financer des salaires du secteur privé, on a donc tablé sur 150 euros d’augmentation, 100 pour l’Etat et 50 pour les employeurs. Tous les salariés percevant un bas salaire s’attendaient donc à une augmentation de 150 euros. Ils devront, pour le plus grand nombre, déchanter.

Que les employeurs et les syndicats discutent des modalités de mise en œuvre des 50 euros patronaux, c’est dans l’ordre des choses. Mais que l’Etat revienne dans les faits sur son annonce claironnée de « mettre 100 euros sur la table », c’est inacceptable.
L’Etat va sortir un décret, examiné pour avis par le Conseil régional le 21 avril dernier (mise en œuvre du RTSA), où il module son aide de 100 euros pour les bas salaires en fonction du temps de travail. Autrement dit, si quelqu’un travaille à mi-temps, il percevra 50 euros au lieu de 100 pour un temps plein. Des dizaines de milliers de salariés réunionnais travaillent à temps partiel. Ce sont eux qui ont les plus bas salaires et auraient le plus besoin des 100 euros de l’Etat payés par nos impôts. Or, l’Etat va moduler son aide, donnant plus à ceux qui ont déjà un emploi à temps plein et moins à ceux qui sont à temps partiel. On pourrait le comprendre si le temps partiel était choisi, mais le plus souvent, il est subi, les gens voulant travailler plus pour gagner plus, mais ne le pouvant pas. Ils sont donc doublement pénalisés : par la durée insuffisante de leur travail d’un côté, par la décision de modulation du Gouvernement de l’autre.

Cette modulation irait de soi s’il s’agissait d’une augmentation de salaires d’un certain pourcentage. Cette hausse serait alors calculée sur le salaire de base et donc fatalement proportionnalisée. Mais là, il s’agit d’une prime, ne figurant pas sur la fiche de paie, payée par un organisme social, ainsi que l’indique de décret. Va-t-on donner plus, sur fonds publics, à ceux qui sont moins pauvres et moins à ceux qui le sont davantage ? La Prime de Noël versée aux érémistes est la même pour tous les allocataires (250 euros). Que dirait-on si elle était proportionnelle au niveau de leur allocation ?
Encore une fois, les plus démunis sont sacrifiés. Apparemment, ça n’émeut pas grand monde.

Wilfrid Bertile


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