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La Commission européenne propose de supprimer les quotas sucriers
25 octobre 2011
En compagnie d’une délégation de planteurs, Paul Vergès, Élie Hoarau, Sylvie Mouniata et Maya Césari ont tiré hier la sonnette d’alarme. Si les Réunionnais ne sont pas capables de se rassembler, alors c’est le risque de voir disparaître la filière canne à La Réunion, et cela à partir de 2015.

Bernard Maratchia, Jean-Bernard Gonthier, Elie Hoarau, Paul Vergès, Johan Alaguirissamy Carpaye et Ringo Pavadepoullé : plusieurs planteurs avaient décidé de participer à la conférence de presse organisée hier par deux ardents défenseurs des intérêts de la filière canne. (photo MM)
L’Union européenne est en train de revisiter toutes ses politiques dans le cadre de sa stratégie pour 2020, UE 2020. À ce jour, ces deux principaux postes de dépenses dans le budget de l’Union sont la politique régionale, soit la cohésion, et la politique agricole commune (PAC). Ce sont deux dossiers essentiels pour La Réunion, car la politique de cohésion détermine le montant des fonds structurels (FEDER, FSE…) qui permettent de co-financer les investissements dans le pays. Quant à la PAC, c’est elle qui décide du prix du sucre dans une organisation communautaire de marché (OCM sucre), à partir duquel est calculé le prix de la tonne de cannes. Hier, Élie Hoarau, député au Parlement européen, aux côtés de sa colistière Maya Césari, de Paul Vergès, sénateur de La Réunion, de Sylvie Mouniata, membre de secrétariat du PCR et d’une délégation de planteurs sont revenus sur les conséquences des premières propositions de la Commission européenne sur la PAC.

« Pour l’OCM Sucre, la proposition de la Commission, c’est de supprimer les quotas sucriers à partir de la prochaine PAC, 2015. C’est une révolution pour les producteurs de sucre », annonce Élie Hoarau, « cette proposition de supprimer les quotas a créé une levée de boucliers chez les producteurs de sucre européens et français en particulier ». Rappelons que pour La Réunion, le quota est de 300.000 tonnes de sucre à prix garanti. Si les propositions de la Commission s’appliquaient, alors ce serait la fin du quota à prix garanti dès 2015. Ce qu’annonce la Commission européenne, c’est aller à l’encontre de la décision du Parlement européen. Le 23 juin dernier en séance plénière, l’assemblée où siège Élie Hoarau avait pris une résolution demandant la prorogation de l’OCM Sucre telle que définie en 2006, jusqu’en 2020. C’est « un sérieux problème car c’est la production sucrière à La Réunion qui est en cause », poursuit le député de l’Alliance des Outre-mer au Parlement européen.
Dans le fonctionnement des institutions européennes, la politique agricole se décide selon le principe de la co-décision. Le Parlement a donné son point de vue, il veut le maintien de la situation actuelle jusqu’en 2020, le temps de laisser les planteurs chercher une voie pour s’adapter à la nouvelle donne. Si le Conseil des ministres de l’Union européenne décide de suivre la Commission et pas le Parlement, alors le dialogue va s’ouvrir entre le Conseil et le Parlement pour arriver à un accord. Tout devra être bouclé d’ici fin 2013 pour que la nouvelle PAC entre en application au 1er janvier 2014. Cela signifie que ce serait à partir de la campagne 2014-2015 que les quotas seraient supprimés dans l’hypothèse la plus pessimiste. Le danger est réel. La seule solution, c’est de faire le maximum de pression sur les ministres concernés. C’est le problème de l’interprofession, de tous les politiques, « et quand on connaît l’importance de la culture de la canne à sucre, problème qui concerne toute La Réunion », ajoute Élie Hoarau. Ce sera donc un « enjeu important dans les batailles politiques à venir ». Paul Vergès souligne pour sa part que ce nouveau règlement se fera dans un contexte de mondialisation des échanges. Si l’Europe veut écouler ses produits en Amérique latine, ces pays lui demandent des concessions sur les produits agricoles. Le précédent de la banane montre qu’entre les possibilités de contrats dans l’aviation, le ferroviaire ou les centrales nucléaires et les producteurs de bananes aux Antilles, l’Europe a fait le choix de défendre son industrie et pas les planteurs. Sachant que le Brésil est le premier producteur de sucre, l’Union va-t-elle également sacrifier les planteurs de cannes en échange de contrats qui peuvent préserver des milliers d’emplois en Europe ? « Nous alertons l’opinion pour que l’on soit tous d’accord et que l’on intervienne le plus rapidement possible », concluent Élie Hoarau et Paul Vergès.
Manuel Marchal
Fonds européens : la menace brandie par Sarkozy
Pour la question des fonds structurels européens, la discussion de la nouvelle stratégie de l’Europe se passe dans un contexte particulier. Dans une lettre co-signée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, il est demandé de suspendre le versement des fonds structurels aux États de la zone euro qui s’éloignent des engagements du Pacte de stabilité. Rappelons que l’un des engagements est de maintenir le déficit public en dessous de 3%. Les pays visés sont clairement l’Espagne, l’Italie, la Grèce et l’Irlande. Mais la France peut très bien se retrouver dans le collimateur, rappelle Élie Hoarau, et donc par ricochet La Réunion avec des conséquences dramatiques. Car avec Sarkozy, le déficit public a largement dépassé 7%. Le gouvernement a décidé d’un plan d’austérité pour réduire le déficit à 4,5% puis à 3%. Mais si cet équilibre n’était pas atteint, alors c’est la France qui connaîtra une suspension des versements qui lui sont destinés. En tant que Région ultrapériphérique inscrite en Objectif Convergence, La Réunion est fortement concernée par le versement de ces fonds structurels. Si Paris est sanctionné, alors nous sommes menacés. Le Parlement européen a voté contre cette mesure. C’est ce qu’avaient rappelé Élie Hoarau et sa colistière Maya Césari le 19 septembre dernier.
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