Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
18 juillet 2005

(Page 2)
Dès que je le pourrais, je sais que je viendrai sur ta tombe te saluer. J’écouterai encore ta voix à nulle autre pareille faite de gravité et de douceur pour dire toute la force de ton âme.
Je me rappellerai aussi le Stade de la Redoute et ta Royal Star dont je ne me souviens plus si tu portais encore le maillot ou si tu en étais déjà un dirigeant écouté. Je sais seulement que tu avais eu pour le jeune gardien de but de l’équipe d’en face des mots d’encouragement que je n’ai jamais oubliés.
Et puis, sur ta tombe, je m’interrogerai toujours sur les raisons qui font que, bien plus tard, à une manifestation patriotique ou à une commémoration du 28 novembre, ou bien encore devant une église ou dans un lieu public, tu faisais comme si on se connaissait depuis le temps des temps, comme deux frères, comme les compagnons des mêmes jeux et des mêmes luttes, comme des amis du même but.
À l’heure, en ce samedi 16 juillet 2005, où l’immense église du quartier Saint-Jacques était bien trop petite pour t’accueillir, j’ai eu envie de retrouver le livre que Pierre Sansot a consacré aux "gens de peu".
"L’expression me plaît, écrit-il. Elle implique de la noblesse. “Gens de peu” comme il y a des gens de la mer, de la montagne, des plateaux, des gentilshommes. Ils forment une race, ils possèdent un don, celui du peu...".
Et un peu plus loin, Pierre Sansot poursuit : "Sans doute vaut-il mieux manifester de la grandeur dans le peu que demeurer indécis, épais, risible, incapable d’un beau geste dans l’aisance...".
Je crois que tu as été comme ces gens de la mer, de la montagne ou des plateaux. Tu étais toi aussi d’une race, celle qui a un don, le don du peu...
Tu étais du petit peuple dont tes chansons renvoyaient les scènes de vie de chaque jour et les intimes sentiments.
Tu savais aussi - sans que tu n’aies eu besoin pour cela d’avoir été à l’Université - ramener ceux qui veulent que les choses soient bien compliquées à regarder la vie avec le cœur de la fraternité.
Tu sais, je ne sais pas si cela se fait, mais j’ai envie de suggérer qu’au fronton d’un de nos symboles qui ouvrent aux gens de peu l’universalité de la culture, ton nom retrouve celui de cette grande dame, gens de peu elle aussi, de cette grande sœur à laquelle on pense lorsque l’on pense à toi pour que l’on ait alors la sensation d’être vos proches à tous les deux, dans cette Maison où toutes les choses doivent être simplement apprises pour être simplement vécues...
R. Lauret
Courrier des lecteurs
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