À 20 heures 10 sur Cinéculte Parabole Réunion : "Malcolm X"
20 février 2006
Film américain historique de Spike Lee, avec Denzel Washington... De son enfance à Omaha jusqu’à sa mort à New York en 1965 en passant par ses années de délinquance et son attachement à la Nation de l’Islam, voici l’histoire de Malcolm Little alias Malcolm X. Leader politique incontesté, Malcolm X prône l’égalité des droits civiques pour les noirs américains et sensibilise ses “frères” à retrouver leurs racines. Défenseur prestigieux et rigoureux de la communauté afro-américaine, Malcolm X est un homme d’esprit, lettré et charismatique. Son credo est l’encouragement à rendre coup pour coup mais également à s’ouvrir à la culture, à la lecture, c’est-à-dire à sortir de l’ignorance dans laquelle le pouvoir blanc “oppresse” la communauté noire. Mais son ascension et son autorité inquiètent les politiques et la police.
Il m’est difficile d’aborder l’histoire de Malcolm Little (alias Malcolm X) en quelques lignes. Parler du film sans aborder le personnage historique serait une faute comme parler d’un des plus grands militants de la cause noire en Amérique sans parler du chef-d’œuvre de Spike Lee serait un manque. Alors que je ne peux m’étendre sur les deux sans déborder de l’espace qui m’est imparti, je crois qu’il serait plus sage de vous dire que le film que verront les chanceux parabolés réunionnais, est une retranscription assez exacte de l’histoire de Malcolm Little. Il est bon de rappeler que si Malcolm a choisi de remplacer son nom de famille par un "X" c’est qu’en cette période trouble où le racisme contre les noirs sévissait en Amérique, certains Afro-américains convertis à l’Islam ont décidé que comme ils traversaient la vie comme des inconnus pour le reste de la population, ils étaient sans existence civile et de toute manière, ils portaient tous un nom donné par des blancs à l’issue de l’abolition de l’esclavage ce qui les conduisait à ajouter un "X" à leur prénom.
Un parcours initiatique
Malcolm X est sans doute avec Marcus Garvey et Martin Luther King, le leader noir le plus important de l’histoire contemporaine des États-Unis, Malcolm X était le Che Guevara des Afro-américains tout comme Luther King était lui le Gandhi, mais les deux hommes, même s’ils n’avaient pas le même cheminement se côtoyaient et s’appréciaient, bien que Luther King reprochait à Malcolm son attachement à la violence des mots et aussi son désir de créer un état exclusivement noir, mais plus tard, un peu avant sa mort, le leader charismatique des Afro-américains musulmans mettra beaucoup d’eau dans son vin, on peut dire qu’au moment de sa mort qui interviendra après son pèlerinage à la Mecque, Elijah Muhammad (Malcolm X) aura accompli son parcours initiatique qui l’a vu tour à tour, Gangster, proxénète, musulman extrémiste pour enfin devenir un musulman éclairé et sage !
Pour en revenir au film, que vous dire sinon que l’interprétation de Denzel Washington est tout simplement époustouflante, il est Malcolm dans les gestes et les manies sauf peut être dans le regard que Malcolm avait plus appuyé, il avait comme on dit "des yeux revolvers", un regard qui tue, l’index de la main gauche régulièrement posé entre les sourcils et les lunettes à la façon d’une arme de poing dégainée, il forçait le respect.
Assassiné par des extrémistes
Denzel Washington est passé très près de l’oscar pour l’interprétation du militant noir, mais bien qu’il l’aurait amplement mérité, il ne l’a pas obtenu, est-ce à cause du personnage qu’il incarnait ? L’Amérique blanche désignait Malcolm X comme un violent, un extrémiste, mais il n’a jamais été impliqué dans quelques formes de violence que ce soit, si ce n’est celle dont il a été la victime. Le message de Malcolm s’adressait à tous les hommes et femmes, Yuri Kochiyama amie japonaise de Malcolm X dira plus tard de lui, qu’"il détestait tout ce qu’un homme devrait détester. Il détestait le racisme et l’hypocrisie, l’oppression et la tyrannie des gens au pouvoir et il aimait l’humanité, bien sûr l’humanité des gens de ce pays à cause de leur racisme, n’est pas le genre d’humanité que l’on aime spontanément".
Pour terminer j’aimerais dire que le jour de la programmation de ce film, ce sera à un jour près l’anniversaire de la mort Malcolm X et il est bien dommage que personne n’en parle, en effet le dimanche 21 février 1965, Malcolm X, alors qu’il s’apprêtait à tenir une conférence à la salle de bal de l’Audubon, au premier rang trois hommes se levèrent et déchargèrent leurs armes sur lui. Ces hommes étaient des extrémistes musulmans noirs. Malcolm était assassiné par ses frères, ceux avec qui il avait bâti l’islam américain, parce que petit à petit son parcours l’avait amené vers la sagesse et qu’il avait quitté le NOI (Nation d’islam) qu’il avait créé et qu’il reniait pour sa violence.
L’importance de cette histoire
Ce 21 février, Malcolm voulait dédier son discours au NOI, juste pour lui pardonner les différents attentats qu’il avait fomenté contre lui... J’aurais préféré écrire cette chronique si le film était passé sur une chaîne du service public, pour que tout un chacun se rende compte de l’importance de cette histoire, alors j’espère que les programmateurs de RFO relèveront le défi de diffuser cette œuvre, pour que l’ensemble des téléspectateurs réunionnais puissent profiter de l’histoire d’un homme hors du commun.
Un haut dignitaire musulman proclamait le jour la mise en terre de Malcolm X : "c’est une étoile qui a quitté le droit chemin ! Et celui qui tentera d’étouffer le souffle d’Elijah Muhammad court déjà à sa propre fin !".
Philippe Tesseron
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