L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Les pharmacies en grève
26 décembre 2007

Les pharmacies de l’île ont entamé une grève intermittente pour protester contre la volonté gouvernementale d’appliquer sans concertation une baisse sur une partie du prix des médicaments outre-mer. Une mesure insensible pour le porte-monnaie des malades et catastrophique pour les pharmacies, disent les quatre syndicats de pharmaciens qui, après la trêve de Noël, appellent ce jeudi à une manifestation contre « la démagogie politique de Jean-Paul Virapoullé et Nassimah Dindar ».
Il a suffi que les pharmaciens entament un mouvement de grève généralisé pour rendre évidente à tous l’utilité publique de leurs officines et la gêne que leur fermeture entraîne pour tous. Le pouvoir aurait été bien inspiré de prendre ces facteurs en considération avant de trancher de façon autoritaire et, disons, mal conseillée, dans un dossier complexe.
Les pharmaciens de l’île ont plusieurs raisons d’être en colère :
1/ Le pouvoir les désigne comme responsables du prix élevé des médicaments, ce qui ne résiste pas à l’analyse de la structure du prix desdits médicaments ; celle-ci démontre au contraire qu’en bout de chaîne, les pharmaciens sont pris en tenaille par divers mécanismes de renchérissement des prix outre-mer d’un côté et un système de “marge dégressive lissée”.
2/ Les pharmacies sont au contact de la population et ce sont elles qui embauchent, sur les marges dégagées par leur activité ; les officines sont des services de proximité attaqués comme tels par un pouvoir aux abois, à trois mois d’une échéance électorale.
3/ Pour aggraver le tout, le pouvoir vient de faire passer en force une mesure inique - et pas du tout adaptée au contexte réunionnais - d’entrave à la création de nouvelles officines. Cette fois, c’est la population qui est directement lésée, particulièrement en milieu rural, que ce soit en France ou à La Réunion.
À La Réunion, la grève des pharmaciens a plusieurs causes qui, toutes, méritent un examen plus sérieux que les propos démagogiques et mesures à l’emporte-pièce dont on les a gratifiés jusqu’à présent.
Propos démagogiques ? C’est typiquement l’attitude de Jean-Paul Virapoullé (Sénateur UMP de La Réunion) qui parle de « baisser le prix des médicaments », mais vote la franchise gouvernementale de 0,50 euro sur chaque boîte de médicament. Cette mesure, qui rompt avec le principe de solidarité, est foncièrement injuste, et les pharmaciens n’y sont pour rien. Elle renchérit, au contraire, le prix des médicaments et plutôt que de voir, à partir de la structure globale du prix, comment le faire baisser véritablement dans son ensemble, le pouvoir, poussé ici par le sénateur-maire UMP, désigne un bouc émissaire - la pharmacie -, et au passage, insulte tous les Réunionnais en les croyant assez stupides pour être dupes.
La désignation des pharmaciens comme boucs émissaires est une dérive démagogique destinée à faire passer la franchise sur les médicaments. Après avoir voté la franchise, le sénateur-maire UMP désigne comme responsable du “prix élevé des médicaments” une catégorie socio-professionnelle, qu’il jette en pâture à une opinion largement sous-informée, tandis que plusieurs coups bas ont été portés lors du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008.
Tout le monde a encore en mémoire les déclarations cocasses de Jean-Paul Virapoullé contre la “franchise coloniale”. Il venait alors de voter la franchise sur les médicaments et cherchait un dérivatif. Il a ensuite cherché à obtenir la suppression du coefficient de 1,303 appliqué dans l’Outre-mer au prix public métropole (voir la structure du prix des médicaments), mais n’en a obtenu que la diminution de 5% - un chiffre lancé en toute méconnaissance de cause, devait-il avouer aux syndicats de pharmaciens lors d’une rencontre qu’il a eue avec certains d’entre eux à La Réunion. « Les médicaments, je n’y connais rien, je n’y comprends rien, mais 5%, cela paraît raisonnable », a-t-il déclaré en substance devant les pharmaciens médusés par cet aveu cynique d’incompétence et la méconnaissance affichée des conséquences de cette mesure, devant laquelle ils ont été mis comme devant un fait accompli. La baisse devrait s’opérer en deux temps : 3% avant la fin 2007 et encore 2% d’ici mars 2008.
Les simulations données par les syndicats de pharmaciens annoncent des baisses de résultats des officines susceptibles de se traduire dans l’île par quelque 700 licenciements. C’est le résultat du “travail” parlementaire de Jean-Paul Virapoullé, seul de nos sénateurs à avoir voté les mesures gouvernementales pour le financement de la Sécurité sociale. Qu’est-ce qui aurait bien pu le retenir de voter, dans la foulée, contre l’amendement visant à épargner aux DOM une mesure de modification des quotas de population qui va se traduire par des limitations de créations d’officines ?
Pour ces coups bas cumulés, tous les personnels de pharmacies iront demander des comptes aux politiques de La Réunion qui ont ouvert les vannes de la démagogie dans un problème qu’ils ne maîtrisent pas.
P. David
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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