Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Entretien
14 avril 2008

Dans une interview à la chaîne de télévision France-O, Paul Vergès souligne ses convergences avec Aimé Césaire et leurs influences réciproques.
Quand on évoque Aimé Césaire, qu’est-ce que vous retenez de lui ? Le poète ? L’homme politique ?
- La cohérence de toute une vie. Je l’ai connu au début même de son action politique, en tant que maire de Fort-de-France, député de la Martinique et rapporteur de la loi du 19 mars 1946.
Il avait un grand rayonnement intellectuel. C’était un homme très actif, très combattant et... très combattu. Si, aujourd’hui, on lui rend un hommage unanime, à l’époque il a vécu des épisodes très durs, parfois des élections sanglantes. Il a résisté à tout cela.
J’ai été témoin également de sa rupture avec le PCF, dont La lettre à Maurice Thorez rend compte. Ensuite, j’ai eu l’occasion de le rencontrer, lorsque qu’avec le Parti Progressiste Martiniquais, qu’il avait fondé, nous avons élaboré les thèses autonomistes communes pour les “4 vieilles colonies”. D’ailleurs, dès 1957, le Parti Communiste Martiniquais avait, pour sa part, lui aussi affirmé son autonomie, alors qu’en ce qui nous concerne, ce n’est qu’en 1959 qu’a été constitué le Parti Communiste Réunionnais.
Aimé Césaire n’a jamais cédé sur le fond et l’exemplarité de sa vie force le respect de tous.
Quelles relations avez-vous eu avec lui ?
- Extrêmement amicales. Il était très lié avec Raymond Vergès dans la période de 1946 à 1956 et moi, j’étais en quelque sorte le cadet. Aimé Césaire a été au sens plein du terme un citoyen et il a assumé une grande œuvre littéraire. J’ai été très frappé par son Cahier d’un retour au pays natal publié en 1939. Modestement, il estime que la notion de négritude a été le résultat d’une “création collective”, mais il y a été pour beaucoup. Ainsi, quand, à 25 ans, il rentre en Martinique, il remet sur ses pieds toute la société martiniquaise.
Quelles ont été les influences réciproques ?
- Nous avions ensemble de très longues conversations. Il m’a fait un honneur considérable quand il m’a soumis la lecture du Discours sur le colonialisme. A la fois il éprouvait une certaine fierté de son œuvre et une grande modestie. Je me souviens avoir écrit dans la revue Nouvelle Critique une analyse un peu trop manichéenne comparant la poésie combattante d’Aimé Césaire et celle de Léopold Sedar Senghor. Il a eu le commentaire suivant : « Ton analyse m’intéresse beaucoup, mais peut-être es-tu un peu partisan dans ta critique. » Il était très ami avec Senghor. Ce qui me frappe, c’est l’unité de son œuvre.
Avez-vous été député en même temps que lui ?
- Oui, quand j’ai été élu en 1956. Nous avions de longues discussions sur la guerre d’Algérie. En 2006, lors du 60ème anniversaire de la loi du 19 mars 1946, nous avons eu l’occasion d’échanger dans une visioconférence diffusée à la Région.
Aimé Césaire a été l’homme fondamental, un Noir debout qui a réussi à faire se lever tous les Antillais, les gens des Caraïbes, les intellectuels africains. Il a assisté à la Sorbonne au 100ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Il a participé, à Paris, en 1956, au premier Congrès international des écrivains et artistes noirs.
A 94 ans, il représente une telle référence qu’aucun chef d’Etat ne peut aller en Martinique sans lui rendre hommage. Pour ceux qui s’affirment « Nègres », c’est une grande fierté.
Quels sont vos points communs avec lui ?
- Notre enracinement dans notre île, condition de notre ouverture au monde. Dans la visioconférence évoquée plus haut, il insistait sur la fraternité qui existe entre tous les humains.
Et vos différences ?
- Celles qui existent habituellement entre les êtres humains. Mais, il n’y avait pas de différences fondamentales.
Que restera-t-il de lui ?
- J’ai une vision assez optimiste. Au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, disparaîtront les notions d’inégalités. Dans sa lutte contre le racisme, pour l’identité noire, pour la culture de l’Afrique, il restera un pionnier.
Paul Vergès. « Aimé Césaire a été l’homme fondamental, un Noir debout qui a réussi à faire se lever tous les Antillais, les gens des Caraïbes, les intellectuels africains. »
Message de soutien
Suite à l’hospitalisation d’Aimé Césaire, le Président du Conseil Régional, Paul Vergès, lui a adressé le message suivant :
« Cher Aimé, toutes nos pensées vont vers toi, Amicalement, Paul Vergès »
Courrier des lecteurs
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Messages
20 avril 2008, 20:45, par MARIE ANNE DOSITE
Oui c’était un grand homme nous peuple noir nous devons garder ce Monsieur en mémoire avec M.LUTHER et NELSON MANDELAUn homme qui a su faire prendre conscience aux colonisés des Caraibes qu’ils sont noirs c’est à dire de leur "négritude" tels étaient ces thermes exacts.Un grand poète aussi pour qui l’Afrique n’avait pas de secrets....Qu’il repose en paix ! Même couché il restera toujours "un homme debout"
Voir en ligne : Un noir debout