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Islande
17 février 2012, par

Pendant que la Grèce est en feu, pressurée par la Finance, un autre petit pays de l’Union européenne tente une autre sorte de révolution pour rendre le pouvoir aux citoyens.
En 2008, les Islandais avaient refusé par référendum, à plus de 60%, d’assumer les dettes des banques responsables de la faillite du pays. L’Islande est alors fortement endettée et vit une crise financière sans précédent. Elle sort alors de ses heures difficiles en nationalisant ses trois principales banques. Peu de temps après, sous la pression populaire, le gouvernement de droite se voit obliger de démissionner. Les élections législatives de 2009 amènent au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. Deux premières pour l’Islande, qui connait son premier gouvernement de gauche et sa première femme Premier ministre, Johanna Sigurdardottir.
Le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne, remet le feu aux poudres. En janvier 2010, le gouvernement, sous la pression de l’Union européenne, fait voter une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant 8 ans une somme d’environ 100 euros par mois. À plus de 93%, les Islandais votent contre le remboursement de la dette.
C’est alors que le peuple islandais choisit de réécrire sa Constitution.
Le 27 novembre 2010, ce petit pays-île d’un peu moins de 320.000 habitants élit une Assemblée constituante chargée d’écrire les nouvelles lois fondamentales, composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Elle a pour but de réécrire entièrement la Constitution de 1944 héritée du Danemark, en tirant notamment les leçons de la crise financière qui a frappé le pays de plein fouet.
25 citoyens portent la voix du peuple
La véritable innovation de l’Islande est que le peuple a choisi d’établir une Constitution écrite de manière collaborative. Chaque projet d’article est publié sur le site du gouvernement afin d’être commenté, critiqué, amendé par les internautes via les réseaux sociaux. Tous peuvent ainsi visualiser l’actuelle Constitution et interagir sur la page Facebook, le compte Twitter ou la chaîne YouTube du "Conseil". Chacune des réunions est retransmise directement en streaming et ouverte au public. En trois mois et demi de travaux, il y a eu plus de 3.600 commentaires et 370 suggestions d’Islandais pour la révision de la Constitution.
La version révisée de la Constitution soumise au Parlement comprend 114 articles organisés en 9 chapitres contre 79 articles organisés en 7 chapitres pour la version encore en vigueur.
Elle a été remise à l’Althing, le Parlement islandais, afin que ses membres puissent se prononcer. Un comité parlementaire commencera à examiner les travaux du Conseil au 1er octobre 2011 avant de valider telle quelle la Constitution, la modifier ou, dans le cas le plus improbable, la rejeter.
Une démarche nouvelle
Si la réalisation de ce projet n’a pas remporté le succès attendu, la faible participation (3.600 commentaires pour 318.000 habitants, soit 1%), l’élection de personnalités plutôt que de "simples" citoyens, il a le mérite de porter la voix du peuple face aux gouvernements qui ont oublié leur vocation première d’être aux services des populations, et aux banques qui, pendant que les États s’endettent, s’enrichissent.
Pour rappel, en France, la dernière réforme constitutionnelle en 2008 avait été entièrement rédigée à l’Élysée, et adoptée par les parlementaires, sous la pression, qu’à deux voix.
La démarche de l’Islande a déjà fait des émules puisque le Maroc a aussi mis en place un site Internet où les citoyens du royaume peuvent discuter de la réforme constitutionnelle en cours.
Au jour d’aujourd’hui, le Parlement n’a pas rendu de résultats.
CF
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