Une rentrée tout en esbroufe

26 septembre 2006

Dommage que la langue de bois et l’art du mensonge ne figurent pas parmi les savoirs fondamentaux qui constituent le socle commun institué par la loi Fillon sur l’éducation, car Monsieur De Robien serait un professeur hors pair...
Discipline, mérite, économie : ce sont les maîtres mots de cette rentrée, au parfum réactionnaire des “bonnes vieilles méthodes”. Le gouvernement, via M. de Robien, veut des classes obéissantes et besogneuses où les élèves ânonneront leurs abécédaires puis leur “socle commun” sous la férule de maîtres qui veilleront à séparer très tôt le bon grain de l’ivraie. Il veut des personnels dociles qui exécuteront au pied de la lettre ses instructions, sans vouloir se mêler de pédagogie. Fichage national des évaluations dès le CE1, PPRE, notes de vie scolaire : l’arsenal d’encadrement utile à ce tri sélectif doit se mettre en place dès la rentrée.
Bien sûr, il nous faut avaler une pilule pour rendre indolore la transformation de l’école publique en entreprise ou en caserne, c’est selon. Cette pilule, c’est une dose de propagande, parsemée de mensonges éhontés pour faire croire à “l’opinion” que la situation est catastrophique. Cette propagande, c’est une lettre envoyée à tous les enseignants en cette rentrée, avec le baratin habituel sur la grande ambition de “réussite des élèves”, l’égalité des chances qui n’est autre que l’inégalité des droits, l’apprentissage junior qui consiste à exclure de l’école les élèves qu’on estime “inéducables”. Mensonges, toujours des mensonges, sur des postes prétendument créés, qui ne sont en réalité rien d’autre que des emplois précaires et jetables (CAE, CAV, EVS), à qui on donne des titres ronflants, mais sans le statut ni le salaire. Tout ceci étant le cache-misère de restrictions budgétaires qui d’année en année mettent encore un peu plus à mal une école déjà largement discréditée par la propagande savamment orchestrée contre les services publics.
Un autre jour, ce sont les envolées médiatiques sur la carte scolaire qui est responsable de tous les maux et qu’il faut donc supprimer, ce qui permet d’occulter des décennies de politiques d’urbanisme qui ont relégué la misère sociale dans des ghettos. Le lendemain, c’est la promesse de régression par la création de classes de 15 élèves pour enfants handicapés alors qu’aujourd’hui leur effectif maximum est de 12, le point culminant de cette propagande étant les "internats d’excellence" qui consisteraient en fait à mettre à l’écart de la société des élèves des classes sociales défavorisées pour les remercier de réussir.
Dans son courrier aux enseignants, Monsieur De Robien écrit "pouvoir compter sur leur dévouement et leur sens du service public".
Bien vu : à SUD éducation, nous voulons un enseignement réellement démocratique pour tous les élèves ! Nous voulons avoir les moyens et la liberté d’exercer réellement notre métier : enseigner et non trier et formater. Nous continuerons à nous battre contre une école d’exclusion, contre une école au rabais ! Et nous donnons rendez-vous à Monsieur De Robien, dans la rue, le 28 septembre, sans illusion si cette grève doit simplement être un temps fort sans lendemain, mais avec le certitude que seul un mouvement d’ampleur et durable, dépassant les clivages catégoriels et professionnels, pourra faire reculer le libéralisme.

Joël Grouffaud,
SUD Éducation Réunion


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Témoignages - 82e année


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