Vivement le troisième tour !

26 avril 2007

Dilemme : comment, quand on est de gauche, voter socialiste sans avoir les mains sales, ni la nausée ? Eh oui, la perspective de glisser un bulletin estampillé Ségolène Royal dans l’urne, même pour faire barrage à la société orwellienne que nous prépare Sarkopen, me révulse.

« Elections, piège à cons », écrivait naguère Jean-Paul Sartre. Tant qu’à être dans le piège, autant en profiter pour ne pas être trop con.

Il n’y a évidemment rien à espérer du pacte présidentiel du PS, copié-collé édulcoré du programme de l’UMP, le tout inspiré par la Constitution européenne à laquelle on a pourtant dit non. Il n’y a aucune illusion à avoir quant à un “gauchissement” de l’Intérieur, comme voudraient nous le faire croire certains partenaires de la gauche antilibérale : pour mémoire, et par exemple, c’est un ministre PCF qui a privatisé Air France, sous l’ère Jospin.

Mais il pourrait y avoir beaucoup à gagner à la construction d’une véritable opposition de gauche, qui s’exprimera dans l’immédiat dans les mouvements sociaux, en toute indépendance de la gauche libérale. Imaginons un instant un gouvernement dit “socialiste” après juin 2007 : quel comité d’accueil que serait une bonne grève générale ! Il y aurait plus de facilités à faire céder un gouvernement de gauche molle que de droite dure. Rappelez-vous le Front Populaire : les principales avancées sociales n’étaient pas contenues dans son programme électoral, mais ont été obtenues par la grève et par les occupations d’usines, lors du troisième tour social.

Battre la droite dure dans les urnes pour ensuite battre la gauche molle dans les luttes ! Serais-je rêveur ou naïf, ou même un peu con ? Certainement, car je vote... Et je n’en suis pas toujours très fier. Le 6 mai, je me cacherai. En attendant le troisième tour ?

Joël Grouffaud


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