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4 novembre 2006
Hier, vendredi 3 novembre à 8h15... Un vendredi comme un autre jour de ces semaines qui s’écoulent et qui vont s’écouler encore et encore...
La route du Littoral offre aux milliers d’automobiles... pardon, d’automobilistes... ses trois bandes, une côté mer, deux côtés montagne, pour aller du Nord à l’Ouest et vice versa.
Comme c’est souvent et inévitablement le cas, il y a trop de voitures quand, à la Grande Chaloupe, les 2 voies arrivant de la capitale subissent l’effet entonnoir et que, dans l’autre sens, l’on doit ralentir pour basculer sur les voies normales.
Ça bouchonne. Ça bouchonne sec, ça bouchonne dur, ça bouchonne franchement. Ce n’est pas une surprise... On s’est habitué à cette fatalité devenue banale car vécue presque quotidiennement. Il est vrai que ce vendredi, une voiture en panne en bout des deux voies à la Grande Chaloupe en a un peu rajouté au ralentissement. Mais, je vous le redis, on est aujourd’hui à accepter avec philosophie que cette route du Littoral affiche souvent, aux heures de pointe du matin et du soir, son trop plein de véhicules et de passagers qui n’ont pas d’autres moyens que de la prendre !
Ce vendredi donc, je me rappelais qu’au long moment de calvaire que notre île a vécu au lendemain de l’éboulis de mars dernier et tout au long duquel notre bonne vieille RD41 a dû faire ce qu’elle pouvait pour nous éviter une totale asphyxie, je me rappelais donc que j’avais évoqué avec M. Laurent Cayrel, notre Préfet d’alors, une idée qu’avec quelques amis je partage aujourd’hui encore.
L’idée est simple : pour permettre que soient réalisés en permanence les travaux de purge de la falaise sur la quasi totalité de ses 12 kilomètres, il serait nécessaire de condamner les deux voies côté montagne et se donner ainsi une bande d’isolement au niveau de laquelle les galets tombant n’auraient pas - ou si peu - d’impacts sur les véhicules. Les dits véhicules auraient donc à leur disposition, en permanence, jour et nuit (puisque les travaux de purge auraient lieu en continu) trois voies, réduites évidemment. L’idée était simple : le matin (sur deux voies de La Possession à Saint-Denis et sur une dans l’autre sens) et l’inverse le soir, entre 6h30 et 8h00 puis entre 16h00 et 18h00, la route serait réservée aux transports en commun de passagers (bus et taxis collectifs), éventuellement également aux poids lourds.
Mais l’idée n’était pas que simple. Elle visait aussi et surtout à inviter et à inciter ceux qui n’ont jamais eu d’autre choix que leur voiture pour se rendre rapidement à leur travail dans le Nord ou dans l’Ouest, à prendre un transport collectif. Ce faisant, on ferait peut-être naître de nouvelles habitudes qui, à terme, casseraient le réflexe du tout automobile.
L’idée n’était pas que simple : car c’était aussi et, en conséquence, des parkings surveillés à La Possession, au Port, à Saint-Paul, voire à Saint-Leu, à Saint-Denis et Sainte-Marie. C’était également une organisation de la profession des taxiteurs appelés à jouer un rôle pleinement actif à l’arrivée des bus et de leurs passagers. C’était encore l’incitation au co-voiturage. C’était aussi la carte du vélo comme moyen de se déplacer en ville, vélos comme on en dispose dans certaines grandes villes européennes, en location, en des espaces intelligemment aménagés, modernes, valorisants.
L’idée, je vous l’accorde, ne manquait pas d’être utopique. M. Cayrel me confia qu’elle se heurtait en effet à un problème insurmontable : « Il n’y a pas de bus disponibles dans notre île », en nombre suffisant pour les heures évoquées. Pas de bus : l’idée, toute simple mais pas seulement simple, ne pouvait donc pas avancer...
Voilà pourquoi, hier vendredi 3 novembre 2006, un jour comme un autre, nous avons eu bien de la chance qu’un gros paquet de roches ne tombe pas sur un de ces véhicules qui, pare-chocs contre pare-chocs, se trouvaient à allure ralentie sur notre indispensable route du Littoral.
Raymond Lauret
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