Voter utile

29 mars 2007

Utile à qui ? À chacune et à chacun des candidats bien sûr, et d’abord aux deux premiers qui tiennent la corde depuis le début et qui se voient maintenant rejoints par un troisième qu’on n’attendait pas à pareille fête et qui pense profiter de la situation pour pouvoir tirer les marrons du feu. En jouant à plein la carte du rassemblement le plus large possible et celle de la rupture avec un système tellement décrié qu’il ne trouve plus personne pour oser le défendre ouvertement. Tel Raminagrobis-Grippeminaud de la fable, il attendait tranquillement son heure : « aussitôt qu’à portée, il les vit contestant / Grippeminaud, le bon apôtre / jetant des deux côtés les griffes en même temps / mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre ».

Utile à quoi ? Car c’est bien là l’essentiel : va-t-on encore une fois élire un président ou une présidente sans savoir exactement pour quelle république ? Ségolène Royal avait agréablement surpris avec ses formules « démocratie participative » et « jury populaire » venues tout droit des principes fondateurs de la République, si magnifiquement exprimés dans sa devise aux trois mots indissociables : liberté, égalité, fraternité. Si je veux que tu sois libre, je ne peux pas exercer sur toi la moindre domination, tu es donc mon égal ; réciproquement, si tu veux que je sois libre, tu ne peux pas avoir barre sur moi, je suis donc ton égal ; si nous sommes tous les deux, comme des millions et des millions d’autres devraient l’être, librement égaux, alors nous ne pouvons être que frère et sœur, de la grande famille des frères et sœurs en humanité. Elémentaire, non ? Quand je dis cela, je vois nettement qu’on ne m’écoute pas, qu’on ne me croit pas. On est de plus en plus convaincu qu’il n’y a qu’un seul système qui marche et qui “rapporte” (le mot est passé dans le langage), c’est celui du marché. Dans ce « marché aux esclaves » « je t’ai cherchée / mais je ne t’ai pas trouvée / mon amour », y a-t-il encore une place pour la République ? Le prochain scrutin aurait pu changer le cours des choses et nous permettre enfin de voir vivre la République, si seulement les électeurs acceptaient d’être pleinement des citoyens. En relation libre, d’égal à égal, en fraternité avec les autres, en gardant leur esprit critique et en refusant pour commencer de se laisser prendre au rite qui ferait des élections des “pièges à cons”, comme le criaient à tue-tête les plus intransigeants des militants de mai 68.

Georges Benne


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus