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Les pays pauvres privés de 5 000 milliards d’euros d’aide à cause de l’incapacité des pays riches à honorer leurs engagements depuis 50 ans

Témoignages.re / 3 février 2021

D’après un nouveau rapport d’Oxfam paru le 23 octobre, les pays pauvres ont été privés au cours des 50 dernières années de 5 000 milliards d’euros (soit 100 milliards d’euros par an), car la majorité des pays riches n’ont pas tenu sur leur « promesse solennelle » de consacrer 0,7 % de leur revenu national à l’aide internationale. Dans le cas de la France, qui n’a jamais tenu son engagement des 0,7%, cela représente 200 milliards d’euros sur un demi-siècle.

Le rapport « Un demi-siècle de promesses non tenues », publié en amont du 50e anniversaire de la célèbre résolution des Nations Unies sur l’engagement des 0,7% qui aura lieu le samedi 24 octobre, sonne l’alerte : l’impact économique du COVID-19 accentuera les besoins en matière d’aide, mais réduira encore les budgets qui y sont affectés et sapera la capacité des pays pauvres à mobiliser des recettes à partir d’autres sources. La pandémie pourrait plonger 200 à 500 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté, alors que seulement 28 % des 8,5 milliards d’euros demandés par les Nations Unies à titre de fonds humanitaire pour aider les pays pauvres à faire face à la crise ont été engagés à ce jour.

Les nations riches n’ont consacré en moyenne que 0,3 % de leur revenu national brut à l’aide internationale en 2019 – 0,44% dans le cas de la France -, et cinq pays seulement (Luxembourg, Norvège, Suède, Danemark et Royaume-Uni) ont atteint ou dépassé l’objectif de 0,7 %.

Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France, déclare :

« L’aide internationale est un outil essentiel dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Or, la plupart des pays riches, y compris la France, n’honorent pas leurs engagements en matière d’aide depuis des décennies, de manière systématique. Ce sont les 260 millions d’enfants déscolarisés, la moitié de l’humanité qui n’a pas accès aux services de santé essentiels et les 2 milliards de personnes qui souffrent de la faim qui font les frais de cette dette de 5 000 milliards d’euros. »

« Avec la pandémie de coronavirus, l’aide internationale n’a jamais été aussi cruciale… et menacée », ajoute-t-il.

Le rapport souligne le rôle fondamental joué par l’aide dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités au cours des 50 dernières années, notamment dans des domaines aujourd’hui essentiels pour faire face à la pandémie de COVID-19 :

Les programmes de santé soutenus par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (GFATM) ont permis de sauver plus de 27 millions de vies depuis 2000. L’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite a permis de mobiliser des financements pour vacciner des centaines de millions d’enfants, sauvant 18 millions d’entre eux de la paralysie, selon les estimations, et éradiquant la maladie dans de nombreuses régions du globe.
34 millions d’enfants ont eu la chance d’accéder aux bancs de l’école grâce au plan d’aide convenu à l’occasion du Forum mondial sur l’éducation de Dakar en 2000, tandis que le Fonds de la société civile pour l’éducation soutient des coalitions nationales dans 60 pays pour plaider en faveur de politiques plus pertinentes et de davantage de ressources consacrées à l’éducation. En Zambie, la coalition a fait pression pour augmenter la part du budget national allouée à l’éducation à 20,2 % en 2014, une réussite historique.
L’aide internationale finance l’intégralité des programmes de protection sociale dans 7 pays d’Afrique sub-saharienne. En Zambie, elle a permis de mobiliser les ressources requises pour augmenter le nombre de professionnel-le-s de santé de 12 000 à 17 000 entre 2005 et 2010.
Le rapport souligne également qu’une part importante de l’aide ne répond pas aux normes mondialement reconnues en matière d’efficacité. Par exemple, l’aide est souvent utilisée pour servir les intérêts nationaux ou commerciaux des pays donateurs. En 2016, les bailleurs ont orienté 51 % des contrats d’aide déclarés auprès de l’OCDE au profit de leurs propres entreprises nationales et seulement 7 % vers des prestataires opérant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

La fortune de l’homme le plus riche du monde (156 milliards d’euros en octobre 2020) est supérieure au cumul de tous les budgets d’aide internationale (130 milliards en 2019), tandis que les gouvernements consacrent à la subvention des combustibles fossiles un budget deux fois supérieur (270 milliards d’euros en 2019) à leurs dépenses d’aide.

Si les nations riches respectaient leurs engagements en matière d’aide, cela permettrait de se rapprocher grandement des 4 000 milliards d’euros nécessaires entre 2019 et 2030 pour atteindre les 17 Objectifs de développement durable des Nations Unies dans les 59 pays où les revenus sont les plus bas au monde.

« L’aide internationale n’est pas un acte de charité. Il s’agit d’un investissement pour un monde plus juste, plus prospère et plus sûr pour l’humanité tout entière.

Dans un monde où un seul homme, Jeff Bezos, détient plus que les budgets cumulés de l’aide internationale, il ne fait aucun doute que les gouvernements peuvent et doivent redoubler d’efforts pour tenir leurs engagements en matière d’aide », conclut Robin Guittard.