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Une septaine obligatoire, la morale de l’histoire.

Julie Pontalba / 26 janvier 2021

La préfecture a mis en place, depuis le 16 janvier, une septaine obligatoire de manière "civique et morale". Elle évoque 3 raisons pour cela :
• l’évolution mondiale du COVID-19, toujours en augmentation,
• la mutation en virus plus résistant et plus contagieux,
• la rentrée scolaire et le retour de vacances des locaux.

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La Préfecture a compté, pour ce week end, 25 cas importés positifs au Coronavirus. C’est la preuve que malgré le test négatif avant leur départ, les voyageurs arrivent ici avec le virus, mettant ainsi en danger toute une population. Preuve donc aussi qu’il est nécessaire d’instaurer cette septaine pour protéger la population qui n’a pas voyagé.

Nous pouvons regretter que cette septaine ne soit finalement que « morale et civique ». Les moyens de s’assurer du civisme des voyageurs n’ont pas été annoncés, non plus. Et puisqu’il n’y a pas de contrôle sévère on peut observer les faits suivants, parmi d’autres.

Mercredi 20 janvier, une responsable de gîte à Salazie raconte sur les réseaux sociaux qu’un couple de touriste arrivé la veille l’avait contactée pour réserver une chambre, afin d’accéder plus facilement au sentier de Mafate. Elle leur a expliqué la septaine et leur devoir moral qui leur incombait. Son discours ne les intéressait pas. Cela peut se comprendre. Les vacanciers sont en général dans l’île pour une semaine ou deux, et on voudrait qu’ils passent la moitié ou la totalité de leur séjour, si chèrement payé, à l’intérieur ? C’est irréaliste. Rajoutons à cela, qu’en France, des pubs et émissions vantant la destination de La Réunion tournent à fond et n’ont qu’un seul but, faire venir une grande quantité de touristes. C’est l’échappée belle !

Voici un autre cas. Vendredi à 9h, au rond point de Gillot, 3 touristes à peine sortis d’avion, gros sacs sur le dos, faisaient de l’auto-stop sans masque. L’un d’eux faisait des signes d’exaspération parce que personne ne s’arrêtait. A La Réunion, ils sont face à une population relativement saine, ils ont peu de risque de rattraper le virus par un autochtone. Dès lors, ils prennent leurs aises. L’idée qu’ils peuvent, eux, contaminer le chauffeur et infesté la voiture n’a pas traversé leur tête, en tout cas, cela ne leur pose pas de cas de conscience.

Dans la gestion de cette crise sanitaire, depuis le début, les représentants de l’Etat sur place qui sont le relais des décisions imposées depuis la France ont choisi de miser sur la fibre morale plutôt que sur le réalisme, la science et la logique.
Quand les choses tournent mal, ces mêmes responsables viennent faire la leçon de morale aux Réunionnais. Nous avons tous en tête le discours accusateur du ministre des Outre-Mer lorsque nous faisions face à plusieurs clusters dans notre île. A t-il au moins apporté une solution ? Quelques jours plus tard, ce même ministre s’est rendu en Nouvelle Calédonie, et il y a dû respecter une quatorzaine réellement obligatoire avant de pouvoir entrer en contact avec la population. Là-bas il n’a pas pu tenir le même discours, car là-bas c’est le peuple de Nouvelle-Calédonie qui décide de ce qui est bon pour lui. Le résultat est qu’ils sont Covid-free.

Est-il nécessaire de rappeler qu’il s’agit de la santé et de la survie de tout un peuple ?
Moralité, quand vous vivez dans un pays néo-colonisé ne vous attendez pas à ce qu’on vous traite avec logique. Ne vous attendez pas non plus à ce que l’intérêt de votre population passe en premier. Soyez responsables, sauvez-vous vous-même.

Julie Pontalba