Déplacements - Transports

40 millions pour finir une demi-« Nouvelle route du littoral » et calmer les transporteurs

Aucune entreprise prête à s’engager à rechercher les matériaux pour finir la digue : la route en mer sera-t-elle un jour livrée en totalité ?

Manuel Marchal / 24 août 2020

Vendredi, l’accord signé entre la Région Réunion et le Groupement n’a pas porté sur la relance soutenue jusqu’à son terme du chantier de la route en mer dite « Nouvelle route du littoral » à partir 15 septembre, mais sur la résiliation du marché de la digue entre La Grande Chaloupe et La Possession. Il confirme la livraison d’une demi-route en mer l’année prochaine et donne un os à ronger aux transporteurs : 200 mètres de digue sur les 2,4 kilomètres prévus. Pour la suite, le choix de la Région Réunion de maintenir son projet de digue tout en dédouanant le bénéficiaire du futur marché de la recherche des matériaux nécessaires n’est pas de bonne augure, car cela montre qu’aucune major du BTP n’est prête à prendre le risque de s’engager sur ce point. Dans ces conditions, la livraison de la totalité de l’ouvrage semble bien hypothétique.

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Vendredi, le Groupement GTOI-SBTPC-VINCI et la Région Réunion ont résilié à l’amiable le marché de la seconde partie de la route en mer, dite « Nouvelle route du littoral ». Cet acte clôt près de 10 ans de turpitudes. Cette résiliation à l’amiable est extrêmement favorable au Groupement. En effet, en tant que bénéficiaire du marché, il devait donc assurer la construction d’une route en mer de 12 kilomètres. Pour cela, il devait s’assurer de disposer des matériaux. Cela n’a pas été le cas, puisque malgré le soutien de la Région Réunion et de l’État, les différentes manœuvres visant à créer une méga-carrière à Bois-Blanc ont toute échoué. Il était pourtant clair pour les promoteurs du chantier que cette méga-carrière était indispensable à la construction de la route en mer. D’après la presse de samedi, le recours aux carrières est abandonné.

Le lancement d’un nouveau marché pour terminer la route en mer était l’occasion de tout remettre sur la table afin de rechercher une solution technique permettant de terminer le projet de la Région Réunion. Mais son président Didier Robert s’arc-boute sur le choix d’une digue en mer alors que les matériaux ne sont pas disponibles à La Réunion. Après avoir prétendu que les pierres extraites des terres agricoles n’étaient pas une ressource suffisante pour construire la digue, la Région Réunion a opéré un virage à 180 degrés en décidant de se priver des carrières et « en privilégiant les andains ».
D’ailleurs, le futur bénéficiaire du marché de la digue en mer n’aura pas à se soucier de l’approvisionnement des matériaux. Cette clause étonnante montre bien qu’aucune major du BTP dans le monde n’est prête à s’engager à rechercher les rochers nécessaires à la réalisation du projet de Didier Robert.
Dans ces conditions, la livraison de la totalité de l’ouvrage semble bien hypothétique.

Acheter la paix sociale avec les transporteurs

D’après les informations parues hier dans la presse, l’accord prévoit l’achèvement de la première partie de la route en mer, le viaduc, son raccordement imprévu à la route du littoral et moins de 10 % de la digue. Le prix de ce package est de 42 millions d’euros facturés par le Groupement et qui seront payés par la Région Réunion et l’État. Le seul engagement ferme de l’État est de co-financer à 50 % le raccordement imprévu du viaduc à la route du littoral, soit 10 millions d’euros.
Le coup de pouce de l’État vise donc à aider la Région Réunion à terminer une demi-route en mer et doit contribuer à acheter la paix sociale avec les transporteurs.
Voici comment risque bien de se terminer un chantier pharaonique qui n’aura absolument pas réglé la question de la sécurisation de la liaison entre le Nord et l’Ouest de La Réunion. Cet axe est fréquenté chaque jour par des dizaines de milliers d’automobilistes et de transporteurs.

Faire croire à l’Europe que la digue est un nouveau projet ?

Pour le reste, les promesses reposent sur un Plan de relance qui n’existe encore pas, et qui a pour finalité de relancer des investissements affectés par la crise COVID-19, ou pour aider au lancement de nouveaux projets. La route en mer ne répond pas à cette définition, puisque la pose de la première pierre du chantier d’une route en mer allant de Saint-Denis à La Possession remonte à 2013, voici 7 ans. Le chantier de la digue est à l’arrêt depuis plusieurs années parce que les matériaux pour la construire ne sont pas disponibles à La Réunion, pas depuis quelques mois à cause de la COVID-19.
A moins qu’en relançant le marché, la Région Réunion compte-t-elle encore sur l’aide de l’État pour essayer de tromper l’Union européenne en faisant croire que la seconde partie de la route en mer est un nouveau projet ?

M.M.