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ATR-FNAUT : « Toute digue privilégie Bouygues et Vinci et accroît le prix payé par les Réunionnais ! »

Route en mer

Témoignages.re / 23 octobre 2019

Voici le contenu de l’intervention de ATR-FNAUT hier lors de sa conférence de presse tenue à la veille de l’arrivée du président de la République.

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Nous souhaitons alerter le Président Macron sur l’erreur d’appréciation que constituerait la mobilisation de nouveaux fonds publics des collectivités et de l’Etat pour la digue de la NRL.
• Cela serait contraire aux accords de Matignon 2 qui limitent la participation de l’Etat et ne prévoient pas celle du Département.
• Cela priverait La Réunion d’un plan d’urgence promis par la Ministre Girardin pour le Bâtiment qui a perdu de 8 à 10000 emplois.
• Cela profiterait à une poignée de PME et surtout au duopole local de Bouygues et Vinci au détriment des lycées, collèges et logements qui manquent cruellement aujourd’hui depuis que la route en mer vampirise le BTP.
• Cela condamnerait l’agriculture de l’île aux recours intensifs aux engrais et pesticides chimiques pour fertiliser des terres délavées par l’épierrage excessif et la collecte massif d’andain.
• Cela serait contraire enfin aux recommandations de l’Autorité environnementale et de la Cour de cassation quand des études comparatives s’imposent aujourd’hui face à la défaillance du groupement NRL.
L’Etat co-financeur de la NRL serait bien avisé de demander la résiliation du marché de digue pour relancer ces études comparatives, seule voie de développement durable et de responsabilisation des Réunionnais.
Devant le silence du Groupement NRL en fin de réunion à la préfecture le 18/10/19, nous sommes enclins à penser que rien n’est encore définitivement réglé pour la totalité de la digue. La paix sociale pour l’accueil présidentiel semble être le seul but atteint par cette réunion.

Bouygues, Vinci et de leurs filiales sont restés trop discrets ...

Le principal acteur et non des moindres de la NRL est resté très en retrait de l’effervescence autour des difficultés rencontrées pour réaliser leur digue. Face au problème, nous attendions les majors du BTP, Bouygues, Vinci et leurs filiales en première ligne.
Mais c’est l’intersyndicale des transporteurs qui annonçait le 04 octobre le « risque de suspension du chantier de la NRL par le groupement SBTPC-GTOI-Vinci à compter de mars 2020, pour une reprise possible début 2023 ».
Bouygues et Vinci allaient-ils faire l’aveu public et officiel de leur incapacité à livrer le chantier, au risque d’enclencher une procédure de résiliation du marché de digue MT5.2.
Les transporteurs ont donc été amenés à créer les pressions nécessaires sur les pouvoirs publics estompant ainsi par leurs protestations et menaces de mobilisation la responsabilité première des majors.
La presse s’est fait l’écho des positions compatissantes du Département et de la Région ainsi que de la préfecture où après quinze jours « les parties prenantes » auraient trouvé un accord après 7 heures de négociation le 18 octobre ...

La presse rapporte en outre que « L’activité pourra ainsi reprendre dès lundi matin avec 80 camions en rotation pour extraire les roches locales nécessaires au chantier » selon Réunion 1ère.
On peut s’interroger sur la présence des agriculteurs et organisations professionnelles qui ne sont pas de partie prenante du marché de digue alors que le comité de suivi scientifique officiel de la digue était exclu
De quelle fermeté le préfet et Didier Robert ont-ils fait preuve face au groupement NRL ? Rien ne semble réglé durablement devant le silence du Groupement en fin de réunion.

Le groupement NRL d’abord coupable d’une offre incomplète

Oui on peut reprocher à la majorité régionale comme l’ont fait de nombreux opposants de droite comme de gauche :
1. Des études trop hâtives et incomplètes
2. Et au final des promesses non tenues :
• de maîtrise des coûts et délais du chantier d’une route en mer
• de relance économique par la NRL alors que le BTP a perdu 8 à 10 000 emplois.
Oui la majorité régionale a essuyé ces reproches de négligences coupables suivie aussi d’une mansuétude inhabituelle en marché public :
1. Bienveillance pour différer l’ordre de service au groupement NRL de plusieurs années : du marché en 2014 à l’OS de mars 2018.
2. Indulgence pour les retards puis la défaillance du groupement NRL à livrer la digue
Mais ce serait oublier que le groupement NRL avait assorti son offre incomplète de 2013 (seul 4 % des besoins de la digue étaient assurés via la Riv. des remparts à St Joseph) d’une promesse de livraison différée en deux temps en 2016 et 2017. Bien que sans garantie cette offre avait emporté l’adhésion de la Région pourtant mise en garde par les réticences d’EGIS son maître d’œuvre.
Face à cette attribution, même soupçonnable de favoritisme, la faute en incombe, en marché public à ceux qui s’était engagés trop à la légère dans leur offre. Même si pour leur défense, ils invoquaient des promesses de complaisance des pouvoirs publics, de « facilitations administratives », celles-ci non contractuelles laisse la responsabilité première aux majors du BTP. La faute régionale serait inexcusable en cas de contractualisation surtout après la clause des surcoûts de Matignon2...
Leur poids technique et financier comme leur emprise monopolistique de duopole à la Réunion a nécessairement gagné la confiance de leur client malgré les lacunes de leur offre.

« L’extraction de roches locales » est génératrice de violence

Violence contre les usagers et le collectif contre la digue

Dans leur exclusion de la négociation à la préfecture ce 18/10/19 !
Pour préserver l’accueil présidentiel face aux menaces de mobilisation des transporteurs la préfecture a exclu les opposants à la digue en mer « des parties prenantes du chantier de la NRL »
Les seuls parties prenantes du chantier de la NRL sont : le groupement NRL, le maître d’ouvrage REGION, les co-financeurs ETAT et FEDER et enfin le comité de pilotage scientifique qui n’a pas plus été invité.
Or la consultation du public devrait précéder les décisions publiques quant aux nouvelles sources d’extraction des matériaux pour leur impact sur l’environnement.
Violence sur le contribuable
Dans le surcoût qui sera accordé pour payer la tonne de ±25 € à moins de 50 € avec la contribution attendue de l’Etat et du Département au côté de la Région.
Curieusement le surcoût que la Région a refusé à ceux qui préconisaient le tout-viaduc, est négocié avec l’Etat au bénéfice du groupement NRL sur la pression des seuls transporteurs...
Appliqué au 9 Mt recherchées cela représente en effet un marché complémentaire de 100 à 180 M€. En contradiction avec Matignon2. Car il serait partagé entre les acteurs publics locaux au détriment des lycées, collèges et logements pourtant promis à un plan d’urgence par la ministre Girardin en réponse à la crise bien plus grave du secteur du Bâtiment.

Violence contre les riverains, contre des collectivités et contre la nature

Dans l’intensification de l’épierrage et de la collecte d’andains

L’appauvrissement des sols cultivés est inévitable après leur décompression par épierrage puis lessivage des couches humifères. C’est pourquoi les andains « font la terre agricole » en retenant les sols et non par leur enlèvement. Sommes-nous condamnés à l’agriculture chimique des engrais et pesticides qui sur-endettent le monde agricole ?

Dans l’ouverture illicite des carrières

Les remblais en mer doivent être protégés de la houle par la carapace de roches massives avant pose des acropodes.
Si à la suite de la visite présidentielle l’une ou l’autre carrière s’ouvraient de façon illicite et que l’État sans empressement n’y mettait pas fin immédiatement, sa forfaiture reconduirait à La Réunion une pratique de violence d’État propre à « l’ancien monde ».

Une seule solution : résilier le marché de digue MT5.2

Cela au frais et risques des entreprises défaillantes selon les règles des marchés publics.
On pourra toujours emprunter le viaduc à ses extrémités.
Prenons le temps d’une étude comparative des alternatives à la digue : technique, financière, sociale et environnementale.
Pour paraphraser les mots de Mme Girardin à propos du monopole de GBH dans le rachat de Vindemia : La Réunion n’est pas non plus « le terrain de jeu » des majors du BTP.

Plutôt qu’une rallonge financière au groupement NRL, cette étude comparative indépendante et les décisions qui en découleront sont la véritable aide à attendre des pouvoirs publics. Cela assurera la transition du chantier de la NRL vers un aménagement harmonieux du territoire et respectueux de ses habitants, contribuables et acteurs économiques.
L’Etat cofianceur important de la NRL peut demander cette résiliation pour protéger l’argent public pris en otage par des sous-traitants !