Déplacements - Transports

Carrière des Lataniers : contribution de l’Association Lataniers Nout Ker d’vie

Route en mer

Courrier des lecteurs de Témoignages / 5 novembre 2018

JPEG - 52 ko
Stéphanie Gigan, présidente de l’association Lataniers Nout Ker d’Vie

Monsieur le Commissaire Enquêteur,
 
La présente contribution vient compléter ma première contribution relative à la communication de la mairie de la Possession sur le dossier de la Carrière des Lataniers.
Je vous ai remis ce lundi 29 octobre le tract que la mairie a distribué dans les boîtes aux lettres des administrés la semaine dernière, donc en pleine enquête publique.
Vous avez pu constater la qualité de papier et d’impression de ce tract, preuve que le budget mis par la commune dans ce moyen de communication a dû être important.
 
Mais la qualité du contenant ne fait pas la qualité du contenu.
 
Ainsi donc, en pleine enquête publique sur la révision du PLU qui est la toute première étape, et donc la plus importante, pour pouvoir éventuellement permettre l’exploitation d’une carrière sur le site des Lataniers, la mairie continue sa propagande (c’est mon avis) pro-carrière.
Il est inadmissible que la mairie emploie des moyens aussi importants (notre argent !) dans une campagne de communication qui désinforme et influence le public à ce moment crucial où il devrait pourtant bénéficier de l’information la plus complète, loyale et honnête possible pour pourvoir donner un avis éclairé à l’enquête.
Plusieurs éléments de ce tract viennent confirmer ce constat :
 

-> AU NIVEAU DE LA PAGE DE GARDE LE TRACT TITRE : « EMBOUTEILLAGES PARALYSANTS SUR LA RN ET EN VILLE - POLLUTION, STRESS, ASPHYXIE, PERTE DE TEMPS »

Et une exploitation de carrière ce n’est pas de la pollution, de l’asphyxie et du stress supplémentaires pour les milliers de riverains ? Pour les plus de 700 enfants scolarisés ou accueillis dans les écoles et crèches dans un rayon de 300 mètres ?
Ne nous leurrons pas, favoriser l’exploitation de cette carrière pour la NRL, c’est favoriser le tout automobile tout de même. Alors en quoi y aura t-il moins de pollution, d’asphyxie, de stress ?
Et en quoi y aura t-il moins d’embouteillages et de perte de temps alors que le projet de voie de liaison Cœur de Ville-NRL via la Ravine des Lataniers et Camp Magloire va venir engorger encore plus l’échangeur RD41 déjà quasi saturé aux heures de pointe ?
 

-> EN PAGE 2, LA MAIRIE SIMULE UN TRACE DE CETTE VOIE DE LIAISON (EN ROUGE) MONTRANT QUE LES VEHICULES VENANT DE LA RAVINE DESCENDRAIENT ENSUITE VERS LA MER VIA LA RUE CAMP MAGLOIRE, OR :

• Cette « fin de trajectoire » ne figure aucunement au tracé du plan de zonage de révision du PLU qui s’arrête sur la Rue du 20 décembre. Les automobilistes seront ensuite « libres » de passer où ils le souhaitent pour rejoindre la NRL ou la RD41 ou autre.
• Cette fin de portion de la rue de Camp Magloire descendant vers la mer est trop étroite pour accueillir des centaines, voire milliers de véhicules supplémentaires. Un bus ou un camion et une voiture ne peuvent pas s’y croiser. 2 bus encore moins, sauf à monter sur les trottoirs. Trottoirs empruntés par nos enfants pour se rendre ou revenir de l’école.

Cette rue fini par ailleurs sur un STOP pour rejoindre la rue Raymond Mondon du front de mer.
Monsieur le Commissaire Enquêteur, il n’y a pas besoin d’être un professionnel de l’aménagement pour voir qu’il y a un problème dans ce prétendu tracé. Ou alors la Mairie connaît bien mal ce quartier et ses réseaux de voirie ?
 

-> SUR CETTE MÊME PAGE 2 DU TRACT, ON PEUT LIRE « DES RECETTES DE LA CARRIERE DE PLUSIEURS MILLIONS D’EUROS POUR LES PROJETS DE LA COMMUNE », CE QUI EST FAUX.

Les écrits et accords sont limpides sur le sujet :
L’avenant 2 à la convention Mairie-Région (en PJ) dans son dernier paragraphe précise :
« Point particulier du suivi de la carrière des Lataniers
La convention d’application mentionnée à l’article 4.6 de la convention (article 3 du présent avenant) sera établie sous réserve de l’obtention de l’ensemble des autorisations nécessaires à l’ouverture et à l’exploitation de la carrière des Lataniers. »
L’article 4.6 visé étant relatif à « la voie de liaison centre-ville et l’échangeur RD41/NRL »
Autrement dit, comme je l’ai déjà indiqué : Seul le financement de cette voie de liaison est conditionné par la carrière. Tous les autres financements prévus dans cet avenant 2 sont acquis qu’il y ait carrière ou pas.
Or, la carrière apportera à la commune tout juste de quoi payer la voie de liaison Cœur de Ville-Camp Magloire dont le coût prévisionnel global est de 10 à 12 M€ (Cf page 7 de l’avenant 2 en PJ).
En effet, en contrepartie de l’exploitation de la carrière, la Mairie obtiendra uniquement 10,5 millions d’euros réparti comme suit :
• une subvention régionale de 8 millions d’euros (Cf avenant 2 à la convention Mairie-Région)
• des recettes totales de la concession de travaux pour  2,5 millions d’euros (Voir page 9 du rapport sur le choix du carrier ci-joint)
Affirmer dans ce tract que les recettes de la carrière permettront de financer « LES PROJETS » de la commune (avec photo à l’appui de l’aménagement du front de mer) est donc totalement mensonger !
 

-> EN DERNIERE PAGE DE CE TRACT FIGURENT LES « MESURES MISES EN PLACE POUR RÉDUIRE LES IMPACTS

La mairie y promet une maîtrise des risques et nuisances dont elle ne connaît même pas encore l’ampleur. 
En effet, à ce jour il n’y a aucune étude (étude d’impact, étude des dangers, étude sanitaire) ni aucun avis d’experts (ARS, MRAe, etc.) qui permettent d’appréhender réellement tous les impacts que cette carrière en plein centre-ville aura.
La mairie ne connaît pas encore l’ampleur réelle des impacts potentiels de cette carrière sur le voisinage, la santé humaine, la biodiversité environnante etc.
Que la mairie veuille délimiter une zone de carrière sur le site des Lataniers est une chose mais elle aurait dû se contenter d’être objective et de dire qu’à ce stade, elle ne connaît pas encore l’ampleur des risques et nuisances mais qu’elle fera tout son possible pour limiter les nuisances.
A ce jour elle ne peut que s’engager sur une obligation de moyens, et non pas sur une obligation de résultat comme elle le fait.
Par ailleurs, toutes les mesures de réduction présentées dans ce tract ne sont au final que des mesures usuelles en la matière, rien de bien « extraordinaire ».
Bref, la mairie n’a pas inventé la poudre…

• Par contre ce qui n’est pas ordinaire, c’est de constater le mépris d’une Maire pour les administrés et parents que nous sommes, en affirmant qu’ajouter des passages de 60 camions/heure (1 par minute !), à proximité immédiate de l’école de nos enfants, aux heures où ils seront à l’école (8h-17h), ce n’est pas très grave puisqu’il y en a déjà des centaines par jour sur la 4 voies, je cite : « 60 camions par heure au maximum à 7 mètres dans le lit de la ravine exclusivement (pour rappel, sur la RN,600 camions circulent chaque heure à la même distance de l’école) »
D’ailleurs, contrairement à ce qui est affirmé dans ce tract, le lit de la ravine où transiteront ces 600 camions quotidiens et la RN ne SONT PAS DU TOUT A MÊME DISTANCE DE L’ECOLE !
Justification honteusement erronée !

• Et que dire de ceci : « Protection école Evariste de Parny : murs anti-bruit et poussière, climatisation si nécessaire »
Que ce soit clair, les murs « anti poussière » ça n’existe pas !
Ce qui est écrit très exactement dans l’annexe 3 (ci-jointe cf Page 3) du dossier de concession, intitulée « HYGIENES, SECURITE ET PREVENTION DES RISQUES ET NUISANCES, INCIDENCE ENVIRONNEMENTALE » c’est que :
« Une attention particulière sera portée à la surveillance et aux impacts potentiels du passage des camions à proximité de l’école Evariste de Parny. L’écran acoustique disposé devrait avoir un effet bénéfique également sur la poussière le cas échéant. »
Quand le carrier prend des pincettes et utilise le conditionnel, la mairie traduit cela par un mur anti-bruit et poussière ?

• Le tract stipule également : « Protection anti-Bruit : plan de surveillance, limitation à 50 dB en limite du chantier »
Ce n’est pourtant pas ce qui est indiqué dans cette annexe 3 (cf page 4) : « Les mesures acoustiques devront répondre aux deux critères suivants :

(…)

- Être inférieur en limite de propriété (limite du périmètre ICPE) à 70 dB(A) pour la période de jour et 60 dB(A) pour la période de nuit. »
 
Définitivement ce tract distribué par la mairie en pleine enquête publique est une véritable campagne de désinformation à l’attention du grand public afin de l’inciter à ne pas s’opposer à la délimitation d’un espace carrière sur le site des Lataniers.
Le Conseil Municipal qui s’est par ailleurs tenu le 29 octobre dernier et qui a désigné officiellement le concessionnaire carrier (Groupement GTOI SBTPC VINCI) lance un autre message fort aux possessionnais en plein enquête publique. En effet, cela signifie dans l’esprit de beaucoup que tout est déjà joué d’avance et qu’il ne sert à rien de donner son avis.
 
Monsieur le Commissaire Enquêteur, j’espère sincèrement que vous prendrez toute la mesure de ces graves manquements de la mairie qui n’est pas du tout dans une démarche d’information loyale et honnête, ce qui n’a pu avoir pour effet que d’influencer et induire en erreur le public lors de la présente enquête.
 
Veuillez agréer, Monsieur le Commissaire Enquêteur, mes respectueuses salutations.
 
Stéphanie Gigan
Habitante de la Possession et présidente de l’Association Lataniers Nout Ker d’vie