Déplacements - Transports

Expertise technique et financière de la route en mer : revendication de responsabilité et de rassemblement

Le Collectif contre la digue reçu hier à la Région

Manuel Marchal / 19 février 2019

Hier, la Région Réunion recevait des représentants de plusieurs associations de riverains des projets de carrière destinées à alimenter en matériaux le chantier de la route en mer, d’associations de protection de l’environnement ainsi que d’ATR-FNAUT. Il a été question de discuter des conditions de la poursuite du chantier de la route en mer. La création d’un comité de pilotage regroupant l’État, la Région et le Collectif contre la digue a été actée. Devant les incertitudes qui pèsent sur ce projet, la revendication d’une expertise technique et financière lancée voici plusieurs années par le PCR est un moyen de sortir de la crise par le haut, au travers d’une solution de responsabilité et de rassemblement.

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La mobilisation contre le projet de carrière à Bois-Blanc souligne combien le problème des matériaux a été sous-estimé.

L’empressement des promoteurs de la route en mer a lancé ce chantier continue d’alimenter une profonde crise à La Réunion. Le choix de lancer le projet sans avoir la certitude de le terminer faute de matériaux disponibles a en effet amené à prendre des décisions sur la base du fait accompli. En effet, pour satisfaire les intérêts d’une corporation, la Région Réunion a fait un choix technique à l’origine de l’impasse dans laquelle se situe le chantier : construire une route à 6 voies sur une digue entre la Grande-Chaloupe et La Possession. Plusieurs années après la pose de la première pierre du chantier de la route en mer, force est de constater que rien n’a avancé dans ce secteur. Cela amène à imaginer l’inauguration d’une demi-route en mer d’ici les prochaines élections régionales, le reste étant renvoyé au plus tôt à 2023. La Région et l’État poussent à l’ouverture de méga-carrières destinées à régler ce problème de manque de matériaux. Cela suscite une vive opposition des populations concernées, ainsi que des associations de protection de l’environnement. De plus, la solution technique de la digue a été condamnée par le Conseil national de protection de la nature.

Ouverture d’une concertation

La Région Réunion accueillait hier des représentants de plusieurs associations qui se sont rassemblés dans le Collectif contre la digue : celles de riverains de potentielles carrières - Latanier Nout Kèr d’vie (La Possession), Touch pa nout roche (Bois-Blanc), Detrui pa nout Bellevue (Saint-Paul) ; à leurs côtés se trouvaient des membres d’associations de protection de l’environnement dont la SREPEN, ainsi que d’Alternative Transports Réunion-FNAUT, qui préconise une alternative à la digue.
Ils ont pu échanger pendant plus de deux heures avec des responsables du chantier et Didier Robert, président de la collectivité. Ce dernier a assuré ne pas être bloqué sur une position dogmatique et s’est dit ouvert à la concertation. Il a ainsi proposé la tenue d’un comité de pilotage regroupant l’État, la Région et le Collectif contre la digue, tout en précisant que remettre en cause la digue signifiera un surcoût de 250 millions d’euros et plusieurs années de retard dans le chantier. Une réunion préparatoire devrait avoir lieu lundi prochain. Ceci voudrait donc dire que des alternatives pourraient être étudiées. La sincérité du débat exigerait donc la suspension de tout travaux visant à créer de nouvelles carrières pour cette route en mer.

Beaucoup d’inconnues

Rappelons que jamais un chantier n’a suscité une si vive opposition à La Réunion. Ainsi à Bois-Blanc, une chaîne humaine contre la carrière a rassemblé à deux reprises plusieurs milliers de personnes. La question de l’approvisionnement en matériaux a manifestement été minimisée lors de l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique. En effet, cette enquête aurait dû être ouverte à quasiment toutes les communes de notre île eu égard à l’impact de ces carrières, au lieu de se limiter à celles de Saint-Denis et de La Possession.

Par ailleurs, un tel chantier est sans précédent dans le monde. Jamais une infrastructure destinée à accueillir une autoroute et éventuellement une voie ferrée n’a été construite en pleine mer sur les pentes de coulées de lave, au large d’une île tropicale battue par la houle de l’océan Indien et soumise aux cyclones. Cela fait beaucoup d’inconnues qui sont à l’origine d’incertitudes sur la faisabilité du projet et son coût.

Transparence nécessaire

Pour sortir de cette crise par le haut, le PCR propose depuis le début la création d’une mission d’expertise technique et financière afin de faire toute la lumière sur les questions en suspend. C’est une revendication de responsabilité et de rassemblement pour mettre fin à une perte de temps préjudiciable pour tous les Réunionnais.

La réalisation d’une liaison sécurisée entre Saint-Denis et La Possession est en effet un problème capital pour La Réunion. Tout a été remis en cause par l’arrêt du chemin de fer qui assurait cette liaison sécurisée. Déjà deux routes ont été construites sans mettre les usagers à l’abri des effondrements de falaise et de la houle. Rappelons également que si le Protocole de Matignon signé entre l’État et la Région dirigée par Paul Vergès en 2007 avait été appliqué par Didier Robert, ce problème serait derrière nous car le tram-train et la nouvelle route du littoral seraient déjà en service entre Saint-Denis et La Possession. Il est temps de sortir de la crise par le haut en faisant toute la transparence sur ce projet, grâce à une expertise technique et financière.

M.M.



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Messages






  • Bien qu’elles soient bien fondées et légitimes toutes les contestations de l’achèvement de la digue prévue dans le chantier de la nouvelle route du littoral ne serviront qu’ à la retarder un peu plus et augmenter le coût global du projet .
    On n’arrête pas comme ça un chantier de près de trois milliard ( au final ) sous prétexte que l’on n’a pas prévu les matériaux nécessaires pour le terminer .

    Le projet de la nouvelle route du littoral est un projet d’utilité publique et si les carrières actuelles ne permettent de fournir toutes les roches nécessaires pour l’achever il faudra nous résigner à aller les trouver ailleurs que dans les carrières .

    Comme je l’ai déjà signalé ; les lits de nos ravines et de nos rivières contiennent beaucoup de roches et les andins réalisés par l’épierrage des terres agricoles peuvent être allégés sans que cela constitue un danger pour l’agriculture ; et si cela n’était
    pas suffisant pour terminer la digue prévue, on pourrait encore envisager de prendre des matériaux sur le site même de la nouvelle route en faisant exploser une partie des falaises situées entre saint Denis et la possession comme si on faisait des purges mais cette fois ci dans le but de trouver des matériaux . Enfin il y a également tous les gabions qui existent déjà sur la portion de la route actuelle entre Saint Denis et la Grande Chaloupe qui pourraient être utilisés pour la digue lorsque la partie du projet réalisé en viaduc sera livrée à la circulation .Certes il faudra toujours préserver les deux voies coté mer de la route actuelle comme route de secours mais les gabions sont situés essentiellement sur les deux voies côté montagne et pourraient donc être récupérés pour la digue .

    On n’aurait jamais du commencer cette route en mer car elle fait prendre un risque énorme la population réunionnaise et handicape lourdement les capacités budgétaires de la région Réunion qui devra se limiter pour ses autres projets , mais il est trop tard pour revenir en arrière . Pour l’instant le mieux faire c’est de la terminer et de prévoir de conserver les deux voies côté mer comme route secondaire de secours et construire très rapidement une nouvelle route secondaire par les hauts qui suivrait le traçè que j’avais proposé lors de l’étude du projet de route en mer dans les années 2000. Cette nouvelle route qui monterait jusqu’à saint Bernard à environ 400 m d’altitude pourrait passer en tunnel (environ 800 m )sous le colorado pour traverser la rivière saint Denis au niveau du bassin Couderc et redescendre sur Saint Denis soit par le CD qui monte vers le brulé, soit en longeant les pentes de la Rivière saint Denis Jusqu’au niveau du pont Vinh Shan . Bien entendu on peut aussi envisager le prolongement de cette nouvelle route secondaire vers les rampes de Saint François puis vers le Bois de Nèfles et le Moufia ce qui faciliterait la circulation de tous les Dionisiens vivant dans les hauts de la commune et pourquoi pas la relier aussi aux routes qui desservent les hauts de l’EST sur les communes de Sainte Marie Saint Suzanne et Saint André . Si Hubert de l’lsle était encore vivant c’est sans doute ce qu’il nous préconiserait : la constructions rapidement d’autres routes qui seraient reliées à celles qu’il a fait construire au 19eme siècle .

    Attention à l’exploitation nuisible des carrières, oui ,mais proposons d’autres solutions pour achever cette nouvelle route en mer rapidement au lieu de vouloir à tout prix arrêter ses travaux et recommencer un projet encore aussi coûteux ailleurs .

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