Déplacements - Transports

La NRL est bien impossible à terminer : le peuple paiera-t-il à la place des élus responsables du gâchis ?

Après l’annonce de la pénurie de matériaux pour les besoins élémentaires des Réunionnais, qui peut encore croire la Région Réunion et ses complices ?

Manuel Marchal / 24 février 2021

La Réunion connaît une pénurie de matériaux pour construire des logements, des écoles et les infrastructures de base pour la population. Cette situation touche l’Ouest, mais risque bien de s’amplifier si les pouvoirs publics s’entêtent à satisfaire les intérêts de quelques patrons en poursuivant à tout prix la construction de la route en mer. Il manque en effet la moitié des matériaux nécessaires à son achèvement. Existera-t-il une autorité qui fera le choix d’imposer ce sacrifice uniquement pour satisfaire la promesse électorale d’un président de Région en fin de règne ? Nul doute que la raison l’emportera et mettra fin à ces prélèvements de roches au détriment de l’intérêt général de toute la population réunionnaise, surtout de ses enfants. Par conséquent, la NRL est bien impossible à terminer. Les élus responsables de ce gâchis financier vont-ils s’en sortir en faisant payer la population, ou alors le précédent « Jérôme Kerviel » les obligera-t-il à assumer seuls cette responsabilité par un prélèvement sur leur patrimoine, ce qui ne serait que justice ?

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Hier, le secrétaire général de l’Unicem Jean-Damien Cagnard était l’invité du journal télévisé d’Antenne Réunion pour alerter sur la pénurie des matériaux de construction à La Réunion :

« Le besoin annuel de La Réunion en termes de granulats, c’est 5 millions de tonnes. Le constat aujourd’hui est sans appel : la micro-région de l’ouest ne sera plus capable de produire des matériaux.
« Nous avons aujourd’hui cinq carrières dans la micro-région de l’ouest réparties sur Cambaie et les buttes du Port. Elles seront fermées parce que le gisement va être épuisé ou alors parce que leur arrêté préfectoral est caduque. La situation est assez simple : les réserves de matériaux qui viennent des carrières du sud et de l’est vont alimenter les régions de l’ouest. L’impact pour les Réunionnais est qu’il va y avoir une augmentation des transports sur le flux routier et, en termes de coût, un routier va s’additionner au coût du transport.
La construction est le marché de fond, c’est ce dont a besoin un Réunionnais pour vivre dans cette société. On se loge dans des cases faites avec du granulat où du béton, des routes pour se déplacer, des ponts pour traverser des ravines, des bâtiments scolaires publics, etc. On a besoin de ce matériau, il est vital aujourd’hui et il n’y en a plus dans une région. »

Parmi les raisons invoquées, le secrétaire général de l’UNICEM parle d’une urbanisation trop rapide, avec des constructions d’immeuble au-dessus de gisements potentiels de matériaux. C’est un nouvel effet pervers de la défiscalisation qui apparaît au grand jour.
Mais ce que le secrétaire général de l’UNICEM ne dit pas, c’est que le chantier de la route en mer, dite nouvelle route du littoral, est responsable du prélèvement de millions de tonnes de matériaux. Il serait donc important de connaître la part du projet pharaonique de Didier Robert dans la pénurie de matériaux indispensable à la réalisation des infrastructures de base pour les Réunionnais.

Une route plutôt que des logements sociaux, des écoles et tout le reste ?

Cette interview rappelle l’impossibilité de réaliser la NRL faute de matériaux disponibles. 10 ans après l’annonce du chantier, et plus de 7 ans après la pose de la première pierre, il manque encore 9 millions de tonnes de roches pour réaliser la moitié manquante de la route.
Rappelons qu’au début du projet, les besoins étaient estimés à 18 millions de tonnes de roches. Par conséquent, un élève de cours élémentaire peut démontrer qu’il manque donc la moitié des matériaux pour terminer la route.

10 ans après l’annonce d’une route en mer sécurisée et gratuite par Didier Robert avec le soutien de François Fillon et Nicolas Sarkozy, deux autres dirigeants jugés comme lui pour des faits de détournement d’argent public, il a été possible de satisfaire à la moitié des besoins du chantier. Il faudra donc au moins 10 ans pour espérer trouver ce qu’il manque. Mais à condition de sacrifier tout le reste, c’est-à-dire les dizaines de milliers de logements pour que le droit au logement digne s’applique pour tous les Réunionnais aujourd’hui et à venir, ainsi que les équipements publics pour qu’ils puissent vivre et se développer, les écoles notamment.

Existera-t-il une autorité qui fera le choix d’imposer ce sacrifice uniquement pour satisfaire la promesses électorale d’un président de Région en fin de règne ?
Nul doute que la raison l’emportera et mettra fin à ces prélèvements de roches au détriment de l’intérêt général de toute la population réunionnaise, surtout de ses enfants. Le respect de l’intérêt général démontre donc que la NRL ne sera jamais finie. Il restera donc à déterminer les responsabilités de ce gâchis.
Et il est anormal que le contribuable doive supporter le prix de décisions prises contre l’intérêt général pour satisfaire les intérêts d’une minorité, en l’espèce les transporteurs qui ont soutenu Didier Robert lors des campagnes pour les régionales de 2010 et de 2015.

Quelle responsabilité pénale pour Didier Robert et ses complices dans ce gâchis ?

Lors de la crise des subprimes, la justice avait rendu une décision édifiante. Le 5 octobre 2010, elle a jugé Jérôme Kerviel seul responsable de la perte de près de 5 milliards d’euros à la Société générale et l’avait condamné à verser cette somme à la banque au titre des dommages et intérêts. Ce jugement a été confirmé deux ans plus tard en appel puis cassé par la Cour de Cassation. Finalement, le 23 septembre 2016, la Cour d’appel a condamné Jérôme Kerviel à verser un million d’euros de dommages et intérêts à la Société générale.
Si les élus qui ont voté pour la route de Didier Robert risquaient de voir leur patrimoine saisi pour payer le prix de leur décision, nul doute que La Réunion serait libérée de ce genre de comportements irresponsable, qui consiste à stopper des grands chantiers déjà entamés, financés et réalistes, pour utiliser l’argent dans un chantier impossible à terminer, mais qui est déjà source d’enrichissements pour des patrons choisis par la Région Réunion.

M.M.



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Messages






  • Au lieu de construire une route sur la mer et de ne plus avoir suffisamment de matériaux de construction nos bâtiments et nos routes , nous aurions mieux fait de creuser des tunnels pour faire passer nitre route et récupérer les déblais alimenter nos différents chantiers , y compris celui de l’aménagement de la zone du Barachois à Saint Denis .
    Mais ce n’est pas un grand malheur , quand il n’y aura plus suffisamment de matériaux de construction sur notre île volcanique de plus de 3 km de hauteur , nous pourrons toujours aller les chercher chez nos voisins , malgaches et mauriciens ou les faire venir de métropole.
    l’essentiel c’est que nous ayons la plus belle route du monde en tout cas au moins la plus chère .

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  • Exact, je pourrais rajouter,une île où la voiture est reine, on pourrait en faire 6 fois le tour,et où on risque de voir des téléphériques (sensés encourager les conducteurs pollueurs à marcher, rouler en vélo perso ou vélib, laisser leurs engins à 2 ou 4 roues immobiles,) vides, quel beau scandale, gâchis de nouveau, une très belle image pour promouvoir la Réunion. Enfin, on verra bien, en attendant le train péi, un TER qui reliera Ste Rose à St Joseph. Comme prévu depuis combien d’années déjà ? On ne sait plus, comme pour la NRL, on allait voir "le progrès" avec le tout voiture encouragé, atchoum ! Faut tout changer, montrer l’exemple ici. Arthur. Masqué mais réaliste.

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  • Pour ceux qui s’intéressent aux matériaux de construction, au sable notamment (qui entre dans la fabrication du béton, du mortier, qui est de plus en plus recherché, c’est tout simplement la seconde matière première employée après l’eau c’est peu dire ! )France Inter, dans la très bonne émission "la Terre au carré" diffusée sur la Réunion de 17 à 18h en direct et en rediffusion le lendemain de 7 à 8h du matin, ou bien en allant sur le site : " www.franceInter.fr " ) avait justement comme sujet : la sable. On n’a pas parlé de la NRL, mais on ne pouvait pas l’ignorer. Et dire que pour le prochain train Péi TER entre St Joseph et Ste Rose, il existe déjà un tunnel qui pourrait après rénovation, électrification, rentrer en service de nouveau pour la bonne cause, l’avenir des transports publics, ferré, aussi bien pour les humains que les marchandises, nos amis les bêtes ! Arthur.

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