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NRL : l’État peut-il encore laisser à la Région Réunion la responsabilité du chantier ?

Un chantier dans l’impasse et la Région Réunion contrainte de baisser son budget de plus de 200 millions d’euros en 2020

Manuel Marchal / 31 juillet 2020

Lors de la renégociation du Protocole de Matignon en 2010, l’État avait obtenu de la Région Réunion un accord très favorable puisque Paris n’avait pas à financer les surcoûts du chantier de la route en mer, dite nouvelle route du littoral. 10 ans après, la Région Réunion ne veut pas payer la somme demandée pour continuer le chantier. La baisse de 200 millions du budget de la collectivité, résultat de 10 ans de gestion par la majorité actuelle, doit être pris en compte pour expliquer le refus de la Région de payer. Dans ces conditions, un ministre a laissé entendre que l’État pourrait de nouveau contribuer. Mais la France va-t-elle signer un chèque en blanc ou va-t-elle imposer des conditions à une collectivité qui montre depuis le début d’importantes difficultés à assumer la maîtrise d’ouvrage de la nouvelle route du littoral, avec pour résultat la menace du blocage de l’île par des transporteurs fortement dépendants du chantier ?

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Les discussions hier entre la Région Réunion et les entreprises bénéficiaires du marché de la route en mer placées sous l’égide de l’État n’ont pas abouti à un accord pour démarrer la seconde partie du chantier de la route en mer, 10 ans après le lancement du projet. Les négociations doivent reprendre cet après-midi.
La situation est si difficile à résoudre qu’il est à noter qu’à part les propos tenus par Didier Robert, président de la Région Réunion, avant le début de la réunion, aucune information n’a filtré.
Les partisans du chantier qui n’a pas commencé en partie s’accrochent à une phrase prononcée mardi par le ministre de l’Economie, laissant entendre qu’une partie de l’argent consacré au Plan de relance post-COVID puisse pallier au refus de la Région Réunion de payer le surcoût demandé par le Groupement GTOI-SBTPC-Vinci, alors que l’accord signé en 2010 par Didier Robert et François Fillon prévoyait que tout dépassement devait être pris en charge en totalité par la Région Réunion.

Paris pensait faire une bonne affaire avec Didier Robert

En effet, l’accord signé par le président de Région avec le Premier ministre de Nicolas Sarkozy n’était qu’un redéploiement des crédits obtenus trois ans plus tôt par Paul Vergès auprès de la France et de l’Union européenne pour construire le tram-train et la nouvelle route du littoral. Mais il comportait un changement de taille. Dans le texte signé en janvier 2007 par Paul Vergès, il était écrit que l’État devait financer la majorité du surcoût prévisible de la nouvelle route du littoral, sur la base de sa part majoritaire dans le financement initial. Mais le texte signé 3 ans plus tard par Didier Robert a limité la contribution de l’État à 859 millions d’euros pour la route en mer, ainsi que pour les 2000 bus à haut niveau de service en site propre dans toute l’île destinés à remplacer le tram-train, et pour la rénovation des aéroports.
Grâce à l’incapacité de Didier Robert à négocier un accord aussi favorable que celui que Paul Vergès avait fait signer à l’État, la France a réussi à échapper au risque d’être obligée de contribuer au paiement des surcoûts inévitables sur ce type de chantier. Ces surcoûts étaient d’autant plus prévisibles que le projet voulu par le président de Région est une première mondiale : construire une autoroute en mer posée sur les flancs de coulées volcaniques d’une île tropicale soumise aux cyclones. Aussi, il fallait s’attendre à une explosion des coûts, favorisée par une autre incapacité : disposer des matériaux nécessaires à la réalisation de la moitié du chantier.

Surcoût inévitable et imprévisible

La situation est donc la suivante : l’État engage 859 millions. Il constate que les 2000 bus en site propre sur toute l’île ne sont pas là, il voit également que la rénovation des aéroports est encore loin d’être terminée, et il note enfin que le chantier de la route en mer est dans l’impasse faute de matériaux pour le poursuivre.
D’après le « Journal de l’île », le surcoût à régler est évalué à au moins 200 millions d’euros par le Groupement. Comparé au budget initial de 1,6 milliard, et des conditions du chantier, une telle demande n’est pas étonnante. Habituellement, les négociations ne vont pas jusqu’au blocage, car le maître d’ouvrage soucieux de la gestion des deniers publics va anticiper les surcoûts possibles. Une telle crise n’aurait donc pas eu lieu si la Région Réunion avait réglé ce dépassement, conformément à l’accord signé avec le gouvernement français en 2010.
Le refus de Didier Robert de répondre à cette demande amène donc à s’interroger sur la capacité de la Région à continuer à assumer la maîtrise d’ouvrage.

L’urgence de l’expertise financière, technique et environnementale

Rappelons que la Région Réunion a voté un budget en baisse de plus de 200 millions d’euros cette année. Ce sont les investissements, et donc les chantiers, qui ont été soumis à la plus grande austérité, car pour la première fois depuis que la Région existe, la part des investissements est inférieure à la moitié des dépenses. Cette situation financière inquiétante peut expliquer la difficulté de la Région Réunion à honorer l’accord signé avec l’État en 2010.
Instruit par cet exemple, sans doute l’État ne voudra plus laisser à une collectivité la maîtrise d’ouvrage d’un projet de plus d’un milliard d’euros cumulant les contraintes. Paris avait cru s’en tirer à bon compte en échappant au financement des surcoûts, mais devant le fiasco de ce chantier et l’attitude de la Région Réunion, il est poussé à de nouveau remettre au pot. Si l’État allait dans ce sens, signera-t-il un chèque en blanc ou imposera-t-il des contreparties à la Région Réunion ?
Mais dans l’immédiat, la réalisation d’une première expertise financière, technique et environnementale du projet de Didier Robert est plus que jamais d’actualité. Sans ces données, il est bien difficile de se prononcer sur une éventuelle reprise du chantier, et sur la solution technique capable d’éviter que tout l’argent investi ne serve qu’à inaugurer une demi-route en mer quelques semaines avant les prochaines élections régionales.

M.M.



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Messages






  • Que cherche-t-on a la préfecture ?
    À nous rappeler que Bouygues et Vinci sont au-dessus des lois ?
    Que le refus de 3 maires et de milliers de réunionnais de voir le pays saccagé par des mega carrieres ou encore que la santé des riverains ne compte pas plus face a l’appétit de quelques transporteurs trop bruyants ?
    Que Paris, peut décider de l’inégalité citoyenne ?
    L’Etat republicain devrait écourter cette insulte aux réunionnais en exigeant la résiliation du marché de digue aux frais du groupement NRL défaillant et faire reprendre des etudes serieuses pour terminer proprement ce chantier !

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