Déplacements - Transports

Route du littoral : la Région Réunion condamne les Réunionnais aux embouteillages et aux risques de chute de pierre

Alors que Paul Vergès avait obtenu l’argent pour tout régler au plus tard en 2017, Didier Robert l’a utilisé pour financer un chantier pharaonique impossible à terminer

Manuel Marchal / 22 janvier 2021

La route du littoral a été totalement fermée la nuit dernière en raison d’un éboulis. La Direction des routes de la Région Réunion a annoncé sa réouverture uniquement sur les chaussées côtés mer. Cette énième incident qui aurait pu être beaucoup plus grave intervient à la suite d’un épisode de forte pluie qui n’avait rien d’extraordinaire, compte tenu du climat tropical de La Réunion. Mais une fois de plus, d’importantes perturbations sont à prévoir dans de nombreux domaines. La responsabilité de la Région Réunion est engagée. En effet, en 2010, les fonds obtenus trois ans auparavant par Paul Vergès auprès de l’État et de l’Europe pour la construction de deux alternatives sécurisée à la route du littoral avec livraison prévue en 2017 ont été affectés à un projet de route en mer impossible à terminer. Les Réunionnais sont donc condamnés à subir encore longtemps les conséquences de cette décision. Paul Vergès a réussi à faire construire la route des Tamarins, Didier Robert a voulu son heure de gloire en promettant la route en mer, mais n’est pas Paul Vergès qui veut, et ce sont les Réunionnais qui paient pour ces errements !

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Si le Protocole de Matignon signé par la Région et l’État n’avait pas été remis en cause par Didier Robert, ces embouteillages n’existeraient plus car le tram-train circulerait.

La nuit dernière, un énième éboulis sur la route du littoral a entraîné une fermeture totale de la route du littoral. Dans un communiqué publié à 6h48, la Région Réunion via son service de Direction des routes a annoncé la réouverture à 7 heures sur les voies côtés mer. Cet empressement souligne l’importance de cet axe stratégique. C’est en effet le seul itinéraire permettant aux lourds camions de marchandise de rejoindre la capitale depuis le Sud, l’Ouest et notamment le port de commerce.
C’est aussi la seule route capable d’encaisser un flot de plus de 50.000 véhicules par jour.
Cette route du littoral date de 1978, elle fait suite à une première route mise en service en 1963, concomitamment au début de la destruction du chemin de fer de La Réunion. Construite au pied de la falaise, cette première route connaissait de nombreux éboulis. En conséquence, décision fut prise de construire une route à 4 voies plus éloignée de la falaise. Les promoteurs de l’époque juraient que cette route était totalement sécurisée. L’expérience montre qu’en plus des risques de chutes de pierre, les usagers doivent faire face aux vagues de l’océan Indien qui déferlent sur la route en cas de forte houle.

Le gaspillage de l’argent obtenu par Paul Vergès pour régler le problème

Lors de l’Acte 2 de la décentralisation sous le gouvernement Raffarin, le gouvernement a transféré aux Régions la gestion des routes nationales. Paul Vergès était alors président de la Région Réunion. Il a refusé que l’État puisse se débarrasser à bon compte sur le dos des Réunionnais d’un problème créé par Paris : la décision de détruire le chemin de fer et de construire une route en pied de falaise. Des négociations se sont donc engagées. Elles ont abouti au Protocole de Matignon signé par Paul Vergès et le Premier ministre en janvier 2007.
Le transfert des routes nationales à la Région Réunion était conditionné par l’engagement de l’État à co-financer deux chantiers pour sécuriser définitivement la liaison entre le Nord et l’Ouest : la reconstruction du chemin de fer avec une première tranche entre Sainte-Marie et Saint-Paul (tram-train), et la construction d’une nouvelle route du littoral, combinaison de tunnels, viaducs et digue. L’État était le principal contributeur financier de la NRL, et devait également payer en majorité les éventuels dépassements.
Si le calendrier avait été respecté, le tram-train devait être livré en 2012, et la nouvelle route du littoral en 2017. Mais tel n’a pas été le choix de la majorité qui succéda à l’Alliance à la tête de la Région Réunion en 2010.

Paul Vergès a construit la route des Tamarins en 5 ans, qu’a fait Didier Robert en 10 ans ?

En effet, au lieu d’assurer la continuité de l’engagement de l’État, la Région Réunion dirigée par Didier Robert a remis en cause ce contrat pour en négocier un autre bien moins favorable : remplacer deux projets par un seul, une route en mer majoritairement financée par la Région sans avoir la garantie de disposer des matériaux pour la construire.
Entre 2004 et 2009, Paul Vergès a réussi à faire construire la route des Tamarins. D’une longueur de 36 kilomètres et comportant plus de 100 ouvrages d’art dont 4 exceptionnels, elle a définitivement désenclavé le Sud et l’Ouest.
Didier Robert a voulu faire oublier Paul Vergès. La tentative de remplacer « Route des Tamarins » par « Route en balcon de l’Ouest » a été un échec cuisant, tout comme celle d’abaisser Paul Vergès au rang de simple exécutant de ce projet qui aurait été imaginé par un prédécesseur.
Alors, en lançant le chantier de la route en mer avec les fonds prévus pour le train et la nouvelle route du littoral, Didier Robert pensait satisfaire le lobby anti-train et sans doute surtout laisser son empreinte dans le paysage de La Réunion. Mais n’est pas Paul Vergès qui veut, et les Réunionnais continueront à subir les conséquences de ce fiasco pendant de nombreuses années.

Tout aurait dû être réglé en 2017

Si la Région Réunion avait continué le travail de Paul Vergès, les Réunionnais ne seraient plus concernés par les éboulis sur la route du littoral car cela ferait déjà plusieurs années qu’elle ne serait plus utilisée. En effet, les Réunionnais auraient dû avoir le choix entre prendre le train qui passe par un tunnel sous la montagne, ou emprunter une nouvelle route du littoral à l’abri des éboulis.
Au lieu de cela, ils peuvent constater l’échec du chantier de la route en mer et ses répercussions sur leur vie quotidienne : les embouteillages monstrueux en cas de forte pluie, phénomène courant sous nos latitudes.
Car malgré les sommes considérables englouties dans le projet de la route en mer, il s’avère que ce chantier ne peut pas être achevé, car les matériaux n’ont jamais été disponibles à La Réunion et de récentes décisions de justice le confirment. La faute à une solution technique, la digue plutôt qu’un viaduc, pensée sur mesure pour satisfaire des patrons transporteurs plutôt que l’intérêt général.
La Région Réunion en est arrivée à espérer l’achèvement de la moitié du chantier avant les prochaines élections. Mais cette demi-route en mer ne réglera rien, car elle obligera encore les usagers à utiliser l’actuelle route du littoral entre La Possession et La Grande Chaloupe où le risque de chutes de pierre est présent. C’est en effet dans cette zone qu’a eu lieu le dernier effondrement de falaise recouvrant totalement les 4 voies, qui fit 3 morts en 2007.
Paul Vergès a réussi à faire construire la route des Tamarins, Didier Robert a voulu son heure de gloire en promettant la route en mer, mais n’est pas Paul Vergès qui veut, et ce sont les Réunionnais qui paient pour ces errements !

M.M.



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  • Vive le TER péi Ste Rose-St Joseph et tournons la page de cette "erreur", ce retour en arrière, allons de l’avant, mieux, penser à inviter les opposants au train quand il sera de retour avec la fée électricité locale pour l’alimenter, des travailleurs fiers d’avoir de bons postes, fixes, qui donnent envie de progresser, sans oublier le fret car les marchandises et le train, cela va bien ensemble. Mettre des conteneurs, de la canne brute dans des wagons plats, pas de problème et moins de pollution, de risque, de perte de temps. Espérons que 2021 fasse avancer les choses dans ce sens, donner de l’espoir, créer de l’ambition, retrouver des perspectives positives, hors de la passivité contrainte qui rend résigné, honteux quand on pense au gâchis et autre sacrifice que l’on fait quand on a fait des études qui au final ne mènent nulle part ou à des emplois sous-payés, donc avec un sentiment d’injustice, d’inutilité, tout simplement si on peut dire. Comment alors expliquer aux jeunes qu’on peut rester ici ? Arthur qui pédale dans les bouchons enfumés, encombrements oblige qui deviennent "normaux", et pourquoi pas "culturels" ?

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