Déplacements - Transports

Route en mer : le besoin d’expertiser la « route la plus chère du monde » se précise

Après la suspension de l’ouverture de la carrière de Bois-Blanc, avis défavorable de la commission d’enquête sur la carrière de Bellevue

Manuel Marchal / 14 juin 2019

Deux mois après la décision de justice suspendant l’exploitation de la carrière de Bois-Blanc, le chantier de la route en mer a essuyé une nouvelle déconvenue avec l’avis défavorable de la commission d’enquête sur l’ouverture d’une carrière à Bellevue, Saint-Paul. Sans matériaux, la route en mer, qualifiée de « route la plus chère du monde » par nos confrères de France2 notamment, est au point mort, à moins qu’une expertise économique, technique et environnementale soit convoquée pour aider à rechercher une alternative pour sortir de la crise.

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Nouveau coup dur pour la route en mer : la commission d’enquête sur l’ouverture d’une nouvelle carrière à Bellevue a donné un avis défavorable. Si l’État suit la recommandation des responsables de l’enquête qu’il a organisée, alors la carrière de Bellevue à Saint-Paul ne se fera pas. Cela confirme une fois de plus que la route en mer n’est pas réalisable en l’état actuel du projet, et qu’une alternative devra donc être trouvée pour régler la question de la liaison sécurisée entre le Nord et l’Ouest.
En effet, la réalisation de cette route repose sur la construction d’une digue en mer de plusieurs kilomètres entre La Possession et La Grande Chaloupe. L’État a pris une lourde responsabilité en suivant la Région Réunion sur un terrain bien dangereux. En effet, les partisans du projet ont eu la possibilité de débuter le chantier alors même que la disponibilité des matériaux pour le terminer n’était pas assurée. Cela explique pourquoi, 5 ans après la pose de la première pierre du chantier, la section concernée n’a pas démarré et à la place d’une digue, les dizaines de milliers de personnes qui empruntent la route du littoral quotidiennement peuvent toujours contempler l’océan.

Après Bois-Blanc, Bellevue

Cet avis de la commission d’enquête rejoint une autre décision de justice datant de deux mois ordonnant la suspension des premiers travaux visant à ouvrir une nouvelle carrière à Bois-Blanc. À en croire la Région, Bois-Blanc est la mère des batailles, car ce site disposerait des cailloux spécifiques pour assurer la solidité de l’ouvrage prévu. Le prétexte à l’ouverture de la carrière de Bellevue était aussi la route en mer. Ce sont donc deux batailles que la Région Réunion et les partisans du tout-automobile sont en train de perdre.
À cela s’ajoutent les avis rendus par différentes autorités environnementales demandant à la Région Réunion de revoir son projet eu égard aux impacts sur le site, mais également dans d’autres régions de La Réunion. En effet, les projets de carrières actuellement mal engagés pour les partisans de la route en mer se situent à des dizaines de kilomètres du chantier.

Dans l’état actuel, les promoteurs du chantier mettent le paquet pour qu’au moins une demi-route en mer puisse être livrée d’ici les prochaines élections régionales. Ceci constituera en effet la seule trace tangible d’un projet que la Région Réunion n’aura donc pas réussi à mener à bien en deux mandats. Des travaux sont en cours pour raccorder le viaduc de la route en mer au réseau routier existant à Saint-Denis, ainsi que pour aménager le viaduc. Il est possible de deviner un objectif politique derrière cette frénésie : ceci permettrait à Emmanuel Macron de venir couper un ruban aux côtés de Didier Robert si jamais la visite du président de la République se faisait bien en septembre prochain.

Une demi-route avant les élections, et après ?

Il reste qu’avec une demi-route en mer dont la facture ne cesse de gonfler, la question de la liaison sécurisée entre le Nord et l’Ouest ne sera pas résolu. En effet, les usagers de la route continueront de passer au pied de la falaise, là où précisément eut lieu en 2006 le dernier effondrement de masse engloutissant les quatre voies de la route du littoral.

Pour sortir de l’impasse dans laquelle l’État et la Région ont mis La Réunion, il est nécessaire de tout remettre à plat. Une mission d’expertise financière, technique et environnementale, doit permettre de faire toute la lumière sur les tenants et les aboutissants du projet actuel, en particulier sur son achèvement à un coût supportable pour la Région Réunion, et donc pour les contribuables réunionnais y compris ceux qui n’utiliseront jamais cette route.
Le débat sur la recherche d’un itinéraire sécurisé entre Saint-Denis et La Possession est donc loin d’être terminé.

M.M.