Déplacements - Transports

Route en mer : le Collectif contre la digue demande une expertise indépendante

Courrier du Collectif contre la digue à Didier Robert

Témoignages.re / 20 février 2019

« Les Réunionnaises et les Réunionnais ont donc le droit à la transparence réelle sur le coût effectif total de ce chantier, non seulement sur le plan économique et financier, mais également sur le plan environnemental au sens large. »

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« Monsieur le Président de la Région Réunion,
Dans son Rapport 2018 sur la biodiversité en France, le Commissariat Général au Développement Durable tire la sonnette d’alarme : « 26 % des espèces évaluées présentent aujourd’hui un risque de disparition au niveau français. Ce risque est nettement plus élevé dans les outre-mer (40 %) par rapport à la métropole (22 %). »

Pour les auteurs de ce rapport, « l’érosion de la biodiversité, que ce soit à l’échelle locale ou mondiale, constitue l’une des principales menaces auxquelles est confrontée l’humanité. Comprendre cet enjeu nécessite de s’intéresser à la fois à la dynamique des écosystèmes, à celle des espèces qu’ils abritent et aux pressions exercées par les activités humaines. »

Car, ne nous leurrons pas, ce sont bien les activités humaines qui ont transformé la planète et eu un impact global sur l’écosystème terrestre. Ce sont les mauvais choix faits en dépit des alertes des scientifiques et experts en biodiversité. Il est urgent de réagir et comme le recommande l’Agence Française de la Biodiversité : « pour faire face à cette sixième extinction massive qui menace la diversité animale et végétale, c’est l’ensemble des pouvoirs publics, de la société civile et des citoyens qui sont invités à agir à tous les niveaux ».

A La Réunion, un dossier a particulièrement cristallisé ces derniers mois l’attention de ceux qui souhaitent une protection plus forte de la biodiversité : celui de la NRL et des carrières liées. Le point d’orgue de cette attention aura été l’avis du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) le 21 décembre 2018 sur les impacts environnementaux du chantier de la NRL.

Les évaluations réalisées dans le cadre de cette auto-saisine ont conduit le CNPN à rendre un avis très critique sur le suivi environnemental de ce chantier, faisant état d’un certain nombre d’impacts négatifs avérés, d’insuffisances de prise en compte et d’incertitudes relatives aux impacts environnementaux de la NRL, et en particulier « les conséquences prévisibles de la réalisation projetée d’une digue sur remblais » sur le tronçon entre la Grande-Chaloupe et la Possession.

Le Conseil vise tant les impacts négatifs directs de l’ouvrage lui-même (déstabilisation de la falaise, disparition de 60 % de la population mondiale du Bois de Paille-en-Queue, etc.), mais aussi les impacts des carrières et du prélèvement massif d’andains qu’il nécessite.
Dans un communiqué publié le 10 janvier dernier, vous avez contesté les conclusions de ce rapport, estimant notamment que « l’enjeu des matériaux a été envisagé largement lors de chacune des étapes et procédures mises en œuvre dans le cadre de la NRL, notamment lors de la déclaration d’utilité publique en mars 2012, à l’occasion des demandes de dérogations relatives aux espèces protégées obtenues en décembre 2013 ».

La réalité est plus contrastée

En effet, dès son avis du 12 octobre 2011, la Haute Autorité Environnementale (HAE) avait relevé l’insuffisance de l’étude d’impact dans le cadre de l’enquête publique pour la DUP de la NRL et elle vous avait demandé « d’inclure dans l’étude d’impact l’analyse de l’extraction et du transport des matériaux qui représentent une composante importante du projet » ainsi que les « engagements du Maître d’Ouvrage quant à la maîtrise de ces impacts de différentes natures, et au suivi de la remise en état des sites ayant servi de carrières ».

En 2013, dans le cadre des demandes de dérogations relatives aux espèces protégées, le CNPN rendait à l’unanimité, le 24 juin 2013, un avis défavorable pointant que « l’impact des carrières nécessaires au remblai des digues de la route n’a pas été évalué précisément » alors que « ces extractions de matériaux constituent une des composantes du projet et que leurs impacts doivent être précisément évalués(…) en même temps que celles du projet de construction de la route. »

Le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) attirait également votre attention dans son avis du 23 mai 2013 sur le fait que « tandis qu’aucune destruction flore protégée n’est prévue sur l’emprise de la NRL, avec l’exploitation des carrières, plusieurs individus pourraient être détruits. (…) Pour une dizaine d’espèces endémiques ou indigènes, représentées dans l’île par un nombre très restreint d’individus, la perte d’un seul d’entre eux est rédhibitoire et ne peut faire l’objet d’aucune dérogation. ».

Malgré toutes ces mises en garde, dans son dernier avis du 21 décembre dernier, le CNPN n’a pu que regretter que « les constats réalisés en 2018 confortent (…) les inquiétudes des avis du CSRPN et du CNPN formulés en 2012 et 2013 ». A l’heure où la première tranche de la NRL, et en particulier la partie « viaduc » se termine, les retards et difficultés inhérents à la partie « digues » s’accumulent.
La NRL est considérée comme la route la plus chère du monde (133 millions d’euros par kilomètre) et à ce titre, elle engage financièrement les Réunionnaises et les Réunionnais pour plusieurs générations.

Les Réunionnaises et les Réunionnais ont donc le droit à la transparence réelle sur le coût effectif total de ce chantier, non seulement sur le plan économique et financier, mais également sur le plan environnemental au sens large.

Dans ce contexte, et en cohérence avec votre engagement en faveur d’une plus grande transparence de la vie publique et de l’utilisation des fonds publics (cf votre discours du 30 novembre 2018 dans le cadre de la crise des Gilets Jaunes), nous vous demandons de faire un point sur la situation actuelle du chantier.

Si les surcoûts financiers sont déjà connus, les surcoûts environnementaux peuvent encore être évités, car ils seraient irréversibles.

A ce titre, nous déplorons, comme le CNPN l’a révélé, que les mesures de réduction ou compensation d’impact ne soient, encore à ce stade du chantier, ni maîtrisées, ni suffisantes. Un exemple flagrant étant la non mise en place de récifs artificiels et de zone récifale protégée tels que prévus pour compenser entre autres, l’hypersédimentation et les pertes de recouvrement corallien au niveau de la Pointe du Gouffre et des Lataniers. Impacts sur les récifs coralliens que les travaux de la partie digue beaucoup plus impactants, viendront encore aggraver.
Monsieur le Président, pour terminer cette route dans les meilleures conditions, il est encore temps d’éviter le pire en choisissant une autre solution plus satisfaisante pour ce tronçon entre la Grande Chaloupe et la Possession. De nombreux experts, dont ceux du CNPN vous y engagent.

Nous vous demandons, donc, de faire procéder à une tierce expertise qui donnera un éclairage indépendant définitif sur les contraintes réelles et les possibles options pour la fin du chantier.

Il vous faudra en parallèle, comme l’exige le CNPN, engager une procédure en « demande de dérogation relative à l’espèce végétale protégée (…) Bois de paille-en-queue. Une demande qui devra être instruite au préalable à la réalisation des travaux de la digue entre la Grande Chaloupe et La Possession, du fait des impacts indirects avérés du projet sur les populations endémiques de cette espèce protégée. »
En effet, cette espèce récemment protégée (2017) quasi-endémique de notre falaise littorale et CRITIQUEMENT MENACEE D’EXTINCTION sera gravement impactée par le tronçon en digue avec un risque de disparition de plus de 60 % de sa population mondiale.

Or, vous n’êtes pas sans savoir que la règlementation en vigueur, interdit strictement de nuire aux espèces protégées, sauf à obtenir au préalable une dérogation spécifique et adaptée.

Il vous appartient donc de prendre les mesures nécessaires pour la suspension des travaux de ce dernier tronçon en digue et des chantiers connexes qu’il nécessite (carrières et andains) dans l’attente des résultats de la tierce expertise sus-évoquée et de la demande de dérogation pour l’atteinte au Bois de Paille-en-Queue.
Nous attirons votre attention sur le fait que nous nous réservons le droit d’attaquer en justice toute décision administrative qui contreviendrait à la règlementation environnementale en vigueur.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre haute et respectueuse considération.

Le Collectif contre la digue »



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  • Il faut actualiser le coût de la route en mer au fur et mesure que les années passent et que les demandes de rallonges budgétaires sont votées par le conseil régional présidé par monsieur Didier Robert . Le record mondial de 133 millions d’euros au Kilomètre est déjà dépassé depuis longtemps, et en final il faudra constater que notre route en mer nous coutera le double de ce qui a été prévu avant le démarrage des travaux , soit environ 300 millions d’euros le Kilomètre .

    Mais on peut réduire ce chiffre faramineux si fait ce que je préconise pour l’approvisionnement des matériaux nécessaires la partie digue : notamment la collecte des roches dans les rivières et ravines accessibles facilement, le prélèvement partiel des roches sur les andins des propriétés agricoles déjà épierrées en respectant leur rôle de protection contre l’érosion , la récupération des roches contenues dans les gabions existant en bordures de la route actuelle qui seront pas nécessaires pour protéger les deux voies côté mer qui resterait ouverte la circulation comme route secondaire, la récupération des tétrapodes situés entre la Grande chaloupe et la Possession au fur et mesure de l’avancement de la construction de la digue puisque la digue va leur enlever toute leur utilité , et enfin la récupération des matériaux qui serait fournis par des purges importantes de la falaise notamment aux endroits ou elle représenterait un risque futur important pour la route côté mer qui comme je le propose devrait rester ouverte la circulation comme route secondaire . Actuellement on intervient sur la falaise pour faire tomber quelques roches fragilisées par les fortes pluies mais on peut aussi envisager des interventions préventives qui élimineraient à long terme tous risques d’effondrement de certains pans entier de la falaise et fournirait une bonne partie des matériaux nécessaires la digue ..

    Bien entendu il faudrait tenir compte des arguments que vous avancez pour protéger les espèces endémiques qui sont menacées et prévoir des abris artificiels . Mais je ne suis pas vraiment certain que c’est la construction de la nouvelle route en mer qui entrainerait leur disparition .A mon avis ces espèces sont en train de disparaitre parce que la falaise est recouverte de filets .Et comme ces filets n’auront plus aucune utilité lorsque le projet de nouvelle route en mer sera terminée ;si nous voulons protégés les oiseaux qui sont menacés il faudrait enlever les filets pour les installer ailleurs notamment en mer pour protéger nos plages contre les attaques de requins qui auraient peut être tué et blessé plus de personnes que la route actuelle que l’on est en train de remplacer essentiellement pour des raisons de sécurité. Ces filets pourraient nous donner une excellentes protection anti requin pour nos plages existantes mais nous permettraient également d’envisager la construction de plages artificielles là ou c’est possible notamment Saint Denis et dans d’autres villes .

    Je ne souhaite pas me positionner sur votre intention de demander aux tribunaux de prononcer l’arrêt définitif de ce chantier de la route en mer. Il est possible que vous ayez gain de cause car les magistrats doivent faire appliquer le droit avant toute autre considération et en tout cas veiller à ce que les dispositions législatives et règlementaires en vigueur soit respectées par tous. . Mais sincèrement je pense que cette démarche aurait du être entreprise avant le démarrage des travaux de la route actuellement en construction . Ce que nous avons de mieux faire aujourd’hui c’est de permettre la continuation du chantier mais en demandant que des dispositions spéciales soient prises pour la protection de l’environnement et de la nature en général , en privilégiant l’intérrêt général de l’île de la Réunion pris dans son ensemble et non uniquement sous l’aspect de la biodiversité et de la protection de l’environnement .

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