Déplacements - Transports

Route en mer : le fiasco tourne à la comédie

Face à l’impasse, les annonces de « solution » risquent de se multiplier

Manuel Marchal / 12 octobre 2019

Quelques jours après que des transporteurs, la CFDT et Jeunes agriculteurs aient formé une coalition pour mettre en garde contre des actions possibles suite à l’annonce de l’arrêt du chantier de la route en mer en mars prochain, la tension est quelque peu retombée après des rencontres avec les deux financeurs du projet de Didier Robert : l’État et la Région. Et l’on découvre que 2,6 millions de tonnes de roches, dites andains, n’attendent qu’à être transportées dans des camions chèrement acquis pour être jetées dans la mer entre La Possession et la Grande Chaloupe. Cette annonce interroge.

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À en croire les organisations patronales de transporteurs et d’agriculteurs et un syndicat de salariés, l’espoir de continuer le chantier de la route en mer est réel. Au bord de la révolte la semaine dernière, cette coalition a fait part de sa satisfaction après avoir rencontré le préfet et deux conseillers régionaux la semaine dernière. En effet, ils pensent que la solution réside dans la transformation d’exploitations agricoles en carrières destinées à alimenter le chantier.

D’après les informations qui ont été rendues publiques, il s’avère que l’on se serait aperçu que les champs sont un gisement de galets : 2,6 millions de tonnes. De quoi pouvoir remplir les carnets de commande des transporteurs pendant deux ans. L’émergence de cette solution inattendue n’apporte pas une réponse à la question imposée par l’entêtement de la Région Réunion à vouloir faire construire une digue dans la mer alors que les matériaux ne sont pas disponibles à La Réunion.

Problème seulement repoussé

Tout d’abord, car ce volume ne suffira pas à construire entièrement la digue. Ensuite parce que depuis des années, la Région Réunion et les partisans du chantier de Didier Robert mettent la pression sur l’État pour qu’il fasse ouvrir une carrière à Bois-Blanc, car c’est à Bois-Blanc et pas ailleurs que se trouveraient les roches massives indispensables aux fondations de la digue.

Comment expliquer que l’utilisation de roches situées en bordure des champs devienne tout d’un coup le moyen de sortir de l’impasse ? Et surtout, comment considérer le fait que des professionnels ayant acheté 200 camions plusieurs centaines de milliers d’euros pièce puissent se satisfaire d’une proposition qui ne fera que repousser le problème de deux ans ?

Car le problème reste entier : pas de matériaux, pas de route. La rencontre prévue lundi entre le collectif et le président de Région risque donc de tourner de la même manière : la satisfaction d’avoir trouvé un moyen de continuer le chantier sans avoir l’assurance de le terminer. Autrement dit, si cette hypothèse se vérifie, la fuite en avant entretenue depuis des années à coup de centaines de millions d’euros d’argent public dépensés va continuer.

À quand la vérité sur le projet de Didier Robert ?

Certes, l’État peut laisser filer car quelles que soient les dérives financières du projet de Didier Robert, la participation de Paris à ce chantier est forfaitaire. Mais l’État peut-il accepter qu’une de ses collectivités consacre l’essentiel de la part de ses investissements à un route de 12 kilomètres impossible à réaliser dans la réalité actuelle, alors que sa mission est de participer au développement économique de tous les secteurs ?

Gageons que l’autre proposition de l’État, à savoir son accord à l’ouverture d’une concertation avec tous les acteurs concernés par le chantier, puisse mettre toutes les données sur la table, dans la plus grande transparence. Et de souligner que cette proposition serait encore plus pertinente si la base de travail de cette concertation soit le résultat d’une mission d’expertise financière, technique et environnementale du projet de la route en mer. Car pour sortir d’une telle impasse, il est nécessaire de ne se priver d’aucun moyen d’action. C’est l’intérêt de La Réunion qui doit prévaloir, pas celui d’une corporation et encore moi les égos de responsables qui se croyaient capables de faire aussi bien que Paul Vergès en léguant aux générations futures un équipement comparable à la route des Tamarins. Mais n’est pas Paul Vergès qui veut !

M.M.



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  • Un beau tableau comparatif montrant toutes les solutions techniques, leurs coûts, leurs délais de livraison est nécessaire. Puis faire un compromis entres elles. Ensuite, agir, promettre, contrôler et garantir les choix faits, en espérant que tout le monde soit content, satisfait aussi bien pour le porte-monnaie, que pour la circulation, il faut pas oublier qu’en 2018, on a apprit que le seuil de 40 000 voitures neuves (en oubliant les camions, bus, motos etc qu’il faudrait rajouter car eux aussi polluants, même si on sait que c’est moins qu’avant). Cette page d’actualité locale pourrait faire rire, cela fait penser à l’histoire de l’arlésienne, tout le monde veut la voir, mais personne ne l’a vu, tout le monde attend, attend encore et ce n’est pas fini. Tout porte à croire qu’avec les élus, responsables, aux compétences nombeuses, de vrais élus, professionnels du BTP, s’associeront pour les citoyens, finalement, on pourrait dire que leur projet NRL nous sert de preuve. Il justifie leur savoir-faire, savoir-être, en attendant, certains rigolent, se gaussent on dit en bon français. Et pendant ce temps-là, les bouchons perdurent, la pollution pour nos poumons hélas aussi. Cela me fait éternuer rien que d’en parler, et j’en ai marre de faire atchoum ! Bon WE à zot tout, Arthur.

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  • attention aux conséquences des prélèvements d’andins avec les risques de glissements de terrains ou d inondations lors des périodes de fortes pluies, de tempêtes ou de cyclones

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