Déplacements - Transports

Route en mer : même Jean-Bernard Caroupaye n’y croit plus

Lâché par la Région, il préfère liquider son entreprise

Manuel Marchal / 22 juin 2019

Mercredi dernier, Jean-Bernard Caroupaye a demandé la liquidation de son entreprise de transport. Ce chef d’entreprise était pourtant un des plus fervents soutiens au chantier de la route en mer dite « nouvelle route du littoral ». Il était en effet à la tête de la plate-forme des transporteurs en charge de l’approvisionnement en matériaux du chantier. Mais les difficultés de poursuite d’un projet lancé sans avoir les matériaux pour le terminer se sont accumulées, et la partie du chantier qui devait rapporter le plus de profits aux transporteurs est au point mort. Cette décision de liquidation montre que même Jean-Bernard Caroupaye ne croit plus à ce chantier.

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Mercredi dernier, Jean-Bernard Caroupaye a demandé au tribunal de commerce la liquidation de son entreprise de transport employant 17 travailleurs. Cette décision est motivée par une dette sociale de 600.000 euros auprès de la CGSS, ainsi que par une baisse de 70 % de l’activité de la société. L’avocat de Jean-Bernard Caroupaye explique que cette demande de liquidation est due au fait que le transporteur « n’a plus les moyens d’assurer son activité ».

Cette demande de liquidation est un coup de tonnerre, car elle concerne un dirigeant de société fortement impliqué jusqu’alors dans le chantier de la route en mer. En effet, lors de la campagne des élections régionales, Jean-Bernard Caroupaye affichait publiquement son soutien à la liste conduite par Didier Robert, car son programme comportait la poursuite du chantier de la route en mer selon le plan initialement prévu. Au soir du second tour des régionales, le chef d’entreprise était aux côtés de Didier Robert au moment de l’annonce des résultats reconduisant le président de Région dans ses fonctions.

Un fervent partisan du projet

Jean-Bernard Caroupaye avait en effet un rôle clé dans ce chantier. Il s’occupait de la plate-forme des transporteurs et était donc un interlocuteur essentiel dans les relations entre le maître d’ouvrage, la Région, et les entreprises qui ont comme mission d’apporter des matériaux au chantier de la route en mer.

Or, c’est bien la question stratégique des matériaux qui pose problème, car le chantier de la route en mer a été lancé sans que ses promoteurs se soient préalablement assurés que la disponibilité en matériaux existe à La Réunion. Cette carence a d’ailleurs donné lieu à l’importation à La Réunion de roches en provenance de Madagascar.

Or, des entreprises de transport ont beaucoup misé sur le chantier de la route en mer en acquérant des camions neufs pour répondre à la demande. Le projet leur avait en effet réservé une part importante du gâteau, avec la promesse de la réalisation d’une route-digue entre la Grande-Chaloupe et La Possession. Mais cette promesse est battue en brèche par plusieurs décisions de justice.

La première concerne la suspension de l’ouverture de la méga-carrière de Bois-Blanc. Ce sont des dizaines d’hectares qui devaient être creusé sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur afin de dégager plusieurs millions de mètres cube de rochers qui auraient alors été transportés par camion sur plusieurs dizaines de kilomètres jusqu’au chantier. La seconde décision de justice est l’annulation du Schéma départemental des carrières de 2014 qui prévoyait l’ouverture de plusieurs carrières afin de pallier au manque de matériaux existant pour alimenter le chantier de la route en mer, et donc donner du travail aux entreprises de transport.

Promesses pas tenues

Suite à ces coups d’arrêt au chantier, les transporteurs ont manifesté leur inquiétude en se rendant à la Région, et exprimant publiquement leurs difficultés. Tout porte à croire que si ces transporteurs avaient eu des assurances solides quant à la poursuite du chantier, Jean-Bernard Caroupaye n’aurait sans doute pas liquidé sa société. En effet, les bénéfices dégagés par le transport d’une partie de ces millions de tonnes de matériaux auraient dû permettre à cette entreprise de faire face à la créance de la Sécurité sociale, et de maintenir au moins son activité à son niveau normal. La Région n’a donc pas convaincu et l’ancien président de la FNTR-Réunion s’est senti lâché, ce qui l’a amené à renoncer à poursuivre son activité.
Manifestement, Jean-Bernard Caroupaye ne croit plus en la route en mer. Voilà de quoi faire réfléchir les derniers partisans de ce chantier.

M.M.