Déplacements - Transports

Route en mer : table ronde en petit comité demain

Des transporteurs mettent la pression sur le Groupement bénéficiaire du marché

Manuel Marchal / 17 octobre 2019

A quelques jours de la visite du président de la République et deux jours après une rencontre avec Didier Robert, président de la Région Réunion, les organisations patronales de transporteurs ont orienté hier leur manifestation vers le groupement d’entreprises bénéficiaires du marché de la route en mer. Le but était d’obtenir l’organisation d’une table ronde afin de déterminer comment reprendre le chantier à l’arrêt faute de matériaux disponibles à La Réunion. La réunion doit avoir lieu demain, mais comme il fallait s’y attendre, les choses se passeront en petit comité, car les participants se limiteront à l’État, la Région, le Département, le Groupement et les transporteurs. Toutes les autres personnes concernées par les impacts environnementaux et financiers du projet de Didier Robert ou porteuse d’une alternative pour sortir de la crise sont exclues pour le moment de la concertation qui ne s’appuiera pas sur une indispensable expertise financière, technique et environnementale du chantier de la route en mer.

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Dans moins d’une semaine, le président de la République sera en visite officielle à La Réunion. Afin de profiter de cet événement médiatique, des organisations de transporteurs ont appelé hier à une grève 48 heures avant l’arrivée du chef de l’État, à moins qu’ils obtiennent la tenue d’une table ronde pour déterminer comment reprendre le chantier de la route en mer.

Rappelons que ce chantier a été lancé par la Région Réunion sans que les partisans de ce projet n’aient la garantie de disposer des matériaux nécessaires pour le mener à bien. Cette fuite en avant s’est poursuivie pendant plusieurs années malgré les mises en garde du PCR, de l’Alliance, d’ATR-FNAUT et d’organisations impliquées dans la défense de l’environnement. Elle ne pouvait qu’aboutir à la situation actuelle : l’arrêt du chantier.

Cette décision inéluctable a pris corps avec l’annonce du départ des majors du BTP qui ont bénéficié d’un marché de plus d’un milliard d’euros. Ce Groupement veut arrêter les frais en mars prochain, car il ne saurait être question de continuer à attendre l’ouverture promise mais jamais réalisée de carrières nécessaires à la construction de la route-digue en mer entre La Possession et La Grande Chaloupe.

40 millions d’euros de camions importés

Deux jours après une rencontre avec Didier Robert, président de la Région Réunion, la mouvement des transporteurs a été orienté vers la GTOI et SBTPC, les filiales de Bouygues et de Vinci qui constituent le Groupement bénéficiaire du marché de la route en mer. Après avoir bloqué l’entrée de ces sociétés, les transporteurs sont ensuite allé devant le siège du Groupement. Ils ne voulaient pas déguerpir sans avoir l’assurance qu’une table ronde ayant à l’ordre du jour le redémarrage du chantier soit organisée au plus vite.

Dans l’attente de la décision, cette manifestation a permis de recueillir quelques informations intéressantes. Tout d’abord, les transporteurs ont confirmé avoir acheté 200 camions pour transporter des galets destinés à être jetés dans la mer entre La Possession et La Grande Chaloupe. Le « JIR » de ce jour indique également qu’un camion de ce type coûte 200 000 euros. Cela signifie que le choix technique privilégié par la Région a entraîné l’importation de camions pour une valeur de 40 millions d’euros. Sur cette somme, il est évident que les transporteurs ont bénéficié d’une aide de l’État au titre de la défiscalisation, soit sans doute plus de 10 millions d’euros. Cette somme perdue pour le budget de l’État est compensée sous la forme de restriction budgétaire touchant des secteurs comme les services publics. Cet effort imposé aux contribuables aboutit au résultat suivant : sur 200 camions, seuls 4 sont utilisés à en croire le « JIR ».

Sur les rapports entre la Région et le Groupement

Détourner la colère vers le Groupement semble faire fi d’une réalité : la bonne entente passée entre ce Groupement et la Région Réunion à l’origine de la crise actuelle.

Il est en effet aujourd’hui clairement établi que ce Groupement est défaillant. Mais cette défaillance était connue dès le départ, car il était facile de démontrer que ce Groupement ne disposait pas des matériaux pour répondre au marché public qu’il a obtenu. Pourtant, ce Groupement a étonnamment disposé d’un délai de grâce étonnamment long. C’est en effet plusieurs années après la pose de la première pierre du chantier que la Région Réunion a signé l’ordre de service autorisant le Groupement à commencer la digue entre La Grande Chaloupe et La Possession.

Sans doute le Groupement et la Région comptaient sur ce délai pour résoudre la question de l’approvisionnement en matériaux. Mais faute de solution, il a bien fallu signer cet ordre de service. Ceci étant fait, il est tout aussi étonnant que la Région Réunion n’ait pas adopté l’attitude responsable d’un gestionnaire de fonds publics : constater la défaillance du bénéficiaire du marché, et résilier ce marché au préjudice exclusif de la partie défaillante et donc sans aucune indemnité, puis revoir la copie en recherchant une solution technique réalisable et un prestataire capable de la mener à bien. Mais rien de tout cela n’a été fait, alors que cela aurait permis de prévenir la crise actuelle.

Du côté du Groupement, l’annonce du retrait peut s’expliquer par l’intransigeance de la Région à vouloir privilégier à tout prix la solution digue qui aboutit à une impasse. La bonne entente entre Didier Robert et le Groupement semble donc s’être fissurée, et il est à noter que le mouvement des transporteurs s’est orienté vers le Groupement 48 heures après une rencontre à la Région.

Acteurs importants exclus de la table ronde

La mobilisation d’hier s’est conclue par l’annonce d’une table ronde demain. Ceci met donc fin en principe au préavis de grève lancé pour lundi prochain dans la perspective de la venue d’Emmanuel Macron deux jours plus tard. Avec cette table ronde, Didier Robert et les transporteurs roulent sur du velours. En effet, elle se limitera à la Région, au Département, à l’État, aux transporteurs et au Groupement. La question à l’ordre du jour ne sera pas de trouver une solution technique permettant de terminer le chantier, mais de remplir le carnet de commande des transporteurs au cours des deux prochaines années, en attendant l’ouverture des carrières promises où là rien n’est gagné. Pour cela, c’est toujours l’illusion des andains qui guide les pas. Des andains, qui comme l’a rappelé l’ancien directeur de l’Office de l’eau Réunion, font d’un terrain une parcelle agricole. Ce qui signifie que le transfert de ces pierres vers la mer retirerait à ces terres agricoles leur protection contre l’érosion.

Il est manifeste que des acteurs décisifs sont donc écartés de la concertation : associations de protection de l’environnement, d’usagers de transport, de contribuables, sans oublier les organisations qui travaillent sur des alternatives crédibles pour finir le chantier.

Par ailleurs, les différents protagonistes ne semblent pas disposer à avoir comme base de travail une expertise financière, technique et environnementale du chantier.
Autant dire que la réunion de demain risque bien de n’apporter aucune solution au problème de fond : comment sortir de la crise causée par le projet de route en mer voulu par Didier Robert ?

M.M.



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  • Apparemment tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’on peut trouver à la Réunion toutes les roches massives nécessaires pour la construction de la partie digue de notre nouvelle route en mer mais aussi pour reconnaître que l’extraction et l’acheminement de ces roches sur le chantier va entraîner une rallonge conséquente du budget initialement prévu pour la réalisation de la nouvelle route .

    Selon les chiffres avancés pour le prix d’une tonne de roches et pour le transport jusqu’à La possession auquel il faut ajouter bien entendu le coût des chemins d’accès aux gisement de roches qu’ils soient situés dans les champs ou ailleurs ; c’est au moins 350 millions d’euros et probablement plus qu’il faudra ajouter pour l’opération fourniture de roches massives pour la digue .

    Les transporteurs auront du travail et pourront enfin rentabiliser leur investissement dans l’achat de camion neuf mais je ne suis pas sûr que nous fassions le bon choix en privilégiant l’exploitation des andins agricoles par rapport aux autres gisements qui pourraient être exploités facilement .Je pense notamment aux lits de nos rivières et ravines qui contiennent beaucoup de roches massives situées à proximité du chantier ou même éloignés comme le lit de la ravine sèche dans sa partie située derrière le grand étang de saint Benoit qui a lui seul pourrait fournir la moitié des roches nécessaires à la digue .Mais je pense aussi aux roches massives situées sur le plateau de la montagne entre La Grande Chaloupe et La Possession et qui pourraient être extraites facilement si on réalisait une piste praticable pour les camions et les engins d’extraction pour aller sur le plateau .

    Si nous devons dépenser plus de 300 millions d’euros pour approvisionner le chantier de la digue en roches massives peut être qu’il conviendrait d’utiliser judicieusement cet argent en le dépensant pour l’extraction des roches dans les rivières et
    ravines qui pourraient bénéficier par la même occasion d’une opération de curage et de la construction de chemin d’accès pour les besoins futurs , ou encore en réalisant une piste pour se rendre sur le plateau de la montagne en ayant comme deuxième objectif de réaliser les premiers travaux qui seront nécessaires pour une nouvelle route secondaire pour relier Saint Denis à la Possession en cas de fermeture de la nouvelle route pendant plusieurs jours lorsqu’elle sera mise en service pour la réparer à la suite d’un événement imprévu (Cyclone , tremblement de terre ,tsunami , malfaçon ) ou tout simplement pour y réaliser d’importants travaux d’entretien .car la CD 41 est déjà saturé actuellement en cas de fermeture de la route actuelle . Si nous enregistrons actuellement 40000 immatriculation de véhicules par an dans notre île , tant que nous n’aurons pas réalisé les travaux travaux du tram train ou du RER prévu avant l’élection de monsieur Didier Robert en 2010 le parc automobile réunionnais va encore augmenter et le besoin de nouvelles routes secondaires pour pallier aux fermetures même temporaires des routes principales deviendra de plus en plus pressant .

    Par conséquent dans cette perspective futuriste je pense qu’avant d’aller exploiter les andins agricoles situés à saint Benoit ou à Saint Leu , il vaudrait mieux commencer par faire un chemin d’accès pour se rendre sur le plateau de la montagne et y prendre les roches massives qui sont disponibles car cette opération nous obligera à réaliser un chemin qui pourra être transformé ultérieurement en une deuxième route secondaire sécurisée pour le passage de Saint Denis La possesssion . cette route pourrait suivre le tracé du chemin des anglais avec quelques modifications et longer la falaise à environ 50m du bord et redescendre ensuite sur Saint Denis en longeant les courbes de niveau jusqu’au pont Vin Sanh . mais on peut aussi envisager de la faire monter jusqu’à Saint Bernard d’ou elle pourrait passer par tunnel sous le parc du Colorado pour aller traverser la rivière saint Denis une altitude qui n’exigera pas un ouvrage d’art trop important et rejoindre le CD qui relie Saint Denis au Brûlé .

    Quant l’exploitation du gisement de la ravine sèche dans sa partie située derrière le Grand étang elle pourrait constituer les premiers travaux d’un projet que j’ai proposé depuis une quarantaine d’année dans les divers journaux de l’île, celui de créer une immense retenue d’eau sur le grand étang et de la relier par un tunnel d’une vingtaine de Kilomètre aux terres agricoles du sud en ayant l’idée que l’on pourrait également produire de l’énergie électrique sur les périmètre irriguées du sud . Si l’idée de créer un tunnel sous la plaine des cafres ne peut être retenue après une étude géologique sérieuse , il sera toujours possible de réaliser un pipeline depuis le grand Etang jusqu’à saint Paul en prévoyant la création d’autres périmètres d’irrigation dans l’est de l’île et une liaison de tous les périmètres d’irrigation existant dans l’ouest et dans le sud .

    Compte tenu de l’accélération du réchauffement climatique qui va avoir des répercussion sur les approvisionnement en eau de la réunion mais aussi compte tenu de la nécessité de remplacer la culture de la canne sucre par d’autre cultures qui ont besoin de beaucoup d’eau comme le riz par exemple l’idée de commencer dès aujourd’hui les premiers travaux de ce projet en utilisant les fonds pour l’achèvement de la digue n’est pas incohérente . Ce ne sont pas les transporteurs qui s’opposeront à ce projet puisque le trajet entre Le grand Etang et la digue serait de l’ordre de 60 Km

    Certes les agriculteurs qui espèrent vendre leurs roches seraient déçus mais leurs andins continueront de constituer une réserve naturelle pour les besoin en roches du secteur du bâtiment et des travaux publics pour les années qui viennent . D’ailleurs je pense que au lieu de créer de nouvelles carrières il serait peut être plus judicieux de planifier et d’organiser l’exploitation des andins agricoles si l’enlèvement d’une partie des leur roches pourrait améliorer les conditions d’exploitation des propriété agricoles qui ont fait l’objet d’un épierrage qui n’a pas toujours été réalisé dans les règles de l’art .

    Au lieu d’aller chercher des roches à Madagascar ou à Maurice commençons par exploiter les nôtres en en ayant comme perspective la progression de notre île et nos obligations de tout mettre en oeuvre pour lutter contre le réchauffement climatique et offrir aux réunionnais les meilleures perspectives possible de développement .Nous avons fait une erreur en choisissant de passer par la mer car on ne défie pas la nature impunément ; mais on peut essayer de rattraper cette erreur en rentabilisant au mieux tout l’argent qu’elle nous oblige dépenser .

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