Transports aériens

« Air Madagascar à l’agonie ! » : qu’est venu faire Air Austral dans cette galère ?

Quelles conséquences pour la compagnie réunionnaise ?

Témoignages.re / 14 décembre 2019

Un article publié hier par « la Gazette de la Grande île » donne la parole à des travailleurs d’Air Madagascar qui s’inquiètent sérieusement de la menace qui pèse sur leur compagnie en raison d’erreurs stratégiques. Il s’avère même qu’Air Austral participe à l’affaiblissement d’Air Madagascar, dont elle détient pourtant 49 % des actions ainsi que la direction opérationnelle. Qu’est donc venu faire Air Austral, largement financée par les contribuables réunionnais, dans cette galère ?

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« Ils laissent la compagnie mourir ! ». C’est la larme à l’œil qu’un des membres du groupe s’exprime ainsi en résumant la situation d’Air Madagascar. Réunissant des agents en partance à la retraite, ce groupe dit n’avoir pu se retenir pour « alerter le président Rajoelina ».
En tout cas, révèle le groupe, le Boeing 737 d’Air Madagascar a failli ne pas décoller de Johannesburg, mardi, à cause des arriérés dus à un fournisseur. Quant aux 2 Airbus A 340 acquis durant la Transition, l’un est actuellement bloqué à Paris car il faut remplacer un des 4 moteurs arrivé en fin de potentiel. Faute de budget pour ce remplacement, on ne sait jusqu’à quand l’appareil sera bloqué à Paris alors que la location d’un appareil revient chère ? L’autre devrait également faire l’objet d’un remplacement du train d’atterrissage avec ce que cela suppose d’argent restant à trouver.
Bref, ces “poubelles” qu’Air France a offertes à la Transition et pour lesquelles elle réclame sans honte aucune plus d’une vingtaine de millions de dollars, rongent à petit feu notre compagnie nationale. L’immobilisation de l’une d’elle a d’ores et déjà entraîné l’annulation du vol de dimanche prochain sur la Chine. Sur ce vol devraient être embarquées 20 T de crabes, ce qui représente un important manque à gagner pour notre exportation et pour Air Madagascar. (…)

Outre ce grave problème de trésorerie, ces salariés d’Air Madagascar déplorent « l’incompétence manifeste du ministre de tutelle qui ne jure que pour les 500 000 touristes et l’open sky ».(…)
Kenya Airways a deux vols quotidiens Nairobi/Antananarivo, 14 vols par semaine. Il est clair que la majorité des passagers ne sont pas de Kenyans qui viennent visiter Madagascar ou des Malgaches qui vont faire du safari au Kenya. Notre enquête a montré que ce sont pour la plupart des passagers qui viennent de la France ou y vont. Autant de passagers qui ne prendront pas les vols directs d’Air France ou d’Air Madagascar, et que les spécialistes du secteur appellent détournement de trafic par la 6e liberté. (…)
Citons le cas d’Air Austral qui prend également des passagers vers la France depuis Antananarivo, Nosy Be, Tamatave, Fort Dauphin et Tuléar. Ou le cas d’Ethiopian Airlines qui va à Nosy Be et à Ivato, et celui d’Air Mauritius qui a un vol quotidien sur Antananarivo.

Pourquoi les passagers allant ou venant de ces villes malgaches préfèrent-ils prendre ces compagnies plutôt qu’Air Madagascar ? (...)
Prenez le cas d’un touriste français qui veut aller à Tuléar. S’il prend Air France ou Air Mad de Paris à Tanà, puis Tsaradia de Tanà à Tuléar : il doit sortir ses bagages à Tanà, les passer à la douane, passer les formalités de police et ensuite se réenregistrer auprès de Tsaradia. Ce sera la même chose au retour. S’il prend la compagnie Air Austral, il enregistre ses bagages à Paris, restés en sous douane à la Réunion et récupèrés ses bagages une fois à Tuléar. Même chose à Tuléar : il fait toutes ses formalités de police et de douane à Tuléar. Il récupère ses bagages une fois à Paris.
Et cela va empirer lorsque le nouvel aéroport d’Ivato sera opérationnel, vu la distance entre le terminal actuel et le nouveau terminal international.(...)