Transports aériens

Air Mauritius sous administration volontaire pour essayer d’éviter la liquidation

Après la fin de South African Airways, encore un avertissement pour Air Austral

Manuel Marchal / 23 avril 2020

Après la liquidation annoncée de South African Airways, Air Mauritius s’est placée sous le régime de la loi sur l’insolvabilité avec la procédure d’administration volontaire. Si la crise du coronavirus a contribué à cette situation, l’explication est ailleurs, souligne l’opposition qui accuse les dirigeants d’Air Mauritius de mauvaise gestion. Tenue à bout de bras par l’aide publique de la Région Réunion via la SEMATRA, Air Austral va-t-elle résister à ces turbulences sans précédent dans le transport aérien ?

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La crise du coronavirus révèle au grand jour la vulnérabilité de plusieurs compagnies aériennes en raison de l’interruption des lignes régulières de transport de passagers. D’ores et déjà, South African Airways fermera définitivement ses portes après le 30 avril. Le gouvernement sud-africain a en effet refusé d’accorder une énième subvention pour éponger les pertes qui s’accumulait depuis 2008, dernière année bénéficiaire. Une compagnie plus vieille qu’Air France est ainsi liquidée.
Plus près de La Réunion, c’est au tour d’Air Mauritius d’être menacée de fermeture. Hier, la direction de la compagnie nationale mauricienne a décidé de placer la société sous administration volontaire, une procédure qui s’apparente au redressement judiciaire. Dans le cadre de la loi sur l’insolvabilité, de nouveaux administrateurs ont été nommés. Cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe :

« Ce qui devait arriver pour Air Mauritius est arrivé »

« Ce qui devait arriver pour Air Mauritius est arrivé, hier. Comme d’autres compagnies aériennes internationales, MK n’a pas été épargnée. Elle a été placée sous administration volontaire, en pleine crise du Covid-19. Les administrateurs, qui veulent à tout prix éviter la liquidation, essaient de comprendre la situation et devraient dégager un plan de restructuration bientôt. À moins de deux mois de son 53e anniversaire, ce qui était pourtant prévisible pour le transporteur national, sous le poids d’un endettement massif depuis les dernières années, a pris tout le monde de court », c’est ce qu’annonce notre confrère « l’Express » de Maurice.
Dans son édition datée d’aujourd’hui, notre confrère « le Mauricien » apporte plus de précision au sujet de cette décision prise hier :
« Dans un communiqué émis ce mercredi 22 avril à mi-journée, le conseil d’administration d’Air Mauritius annonce avoir mis la compagnie sous administration volontaire. Selon les directeurs de la compagnie, Air Mauritius ne sera pas en mesure de faire face à ses obligations financières dans un avenir imprévisible. Le conseil dit avoir pris cette décision afin de sauvegarder les intérêts de la société et ceux de toutes ses parties prenantes. MA Sattar Hajee Abdoula, FCA et M. Arvindsingh K. Gokhool, FCCA de Grant Thornton, ont été nommés administrateurs de la société à compter du mercredi 22 avril à 14 heures, et ce, en vertu des articles 215 et 216 de la loi sur l’insolvabilité. »

Accusation de mauvaise gestion

Cette information suscite un grand débat. L’opposition, par la voix d’Arvin Boolel estime que le coronavirus n’a fait qu’accélérer une crise due à une mauvaise gestion
« C’est une nouvelle extrêmement triste et n’aurait pas dû arriver (…) Il ne faut pas utiliser la pandémie du Covid-19 comme une excuse. La compagnie était déjà mal en point avant. Comment une compagnie a-t-ele pu dilapider trois mois de réserves ? Il y a eu une mauvaise gestion et une dilapidation des fonds d’Air Mauritius ».

La Région Réunion pourra-t-elle sauver Air Austral ?

Tout comme SAA, Air Mauritius ne peut plus faire face à ses dépenses. Et tout comme la compagnie nationale sud-africaine, la gestion est pointée du doigt cette fois par l’opposition.
En tout état de cause, la situation financière de la compagnie est très difficile. Se pose alors la question de savoir qui va combler le deficit. L’État mauricien aura-t-il les moyens financiers de sauver une compagnie aérienne ?
En tout état de cause, cette nouvelle est un nouvel avertissement pour Air Austral. Tenue à bout de bras par la Région Réunion via la SEMATRA, la survie de la compagnie réunionnaise dépend essentiellement de l’aide publique. Depuis que Didier Robert a remplacé la direction réunionnaise par un cadre venu d’Air France, des décisions stratégiques contestables ont aggravé la situation. C’est d’ailleurs une SEM dirigée par la Région Réunion, la SEMATRA, qui détient plus de 90 % du capital de la compagnie aérienne. Malgré la vente d’importants actifs et des avances de trésorerie sur compte courant par la SEMATRA, Air Austral suscite des inquiétudes. Pourra-t-elle résister aux effets de la crise du coronavirus ? Avec un budget 2020 amputé de 25 %, soit 250 millions d’euros en moins, la Région Réunion aura-t-elle les moyens de voler encore une fois au secours d’Air Austral ?
La procédure de sauvegarde d’Air Mauritius est donc un nouvel avertissement pour Air Austral.

M.M.