Transports aériens

Coronavirus : déjà des dizaines de milliers de licenciements dans les compagnies aériennes

La plus grave crise de l’histoire du transport aérien -1-

Manuel Marchal / 11 mai 2020

Le transport aérien est confronté à sans doute la plus grande crise de son histoire, en raison des restrictions de circulation imposées en raison de la pandémie de COVID-19. Rien qu’en Europe, des dizaines de milliers de personnes ont déjà été licenciées. Plus près de nous, South African Airways a été liquidée, et Air Mauritius va licencier la moitié de ses pilotes et diminuer de moitié le nombre de ses avions. Les constructeurs subissent le contrecoup d’une anticipation de reprise du trafic marqué par une forte baisse. Emirates a ainsi annulé la commande de 150 Boeing 777X. Dans ce paysage chaotique, quel sera l’avenir d’Air Austral ?

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Corsair est dans la totale incertitude, comme la plupart des compagnies aériennes. (photo Préfecture de La Réunion).

Au cours de ces dernières décennies, le transport aérien s’est considérablement démocratisé. A l’évolution technique permettant de transporter toujours plus de passagers dans un même vol s’est ajouté l’application du low-cost. Ceci a rendu les régions du monde toujours plus interconnectées. Cette croissance a connu plusieurs crises, mais celle liée au coronavirus est sans doute la plus grave compte tenu du nombre de personnes habituellement transportées par avion, et du poids de l’industrie aéronautique.
Mais les mesures de restriction de déplacement ont cloué au sol de nombreux avions. A la différence de la Chine, de la Corée du Sud ou du Vietnam où les mesures prises ont permis de limiter considérablement l’épidémie, l’Europe et les Etats-Unis restent les épicentres de la pandémie. Etant donné l’absence de vaccin, et la réticence des Européens à utiliser le remède malgache contre le coronavirus, le Covid-Organics, le virus risque encore de circuler encore longtemps de manière intense. D’ores et déjà, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi dans ce secteur.

Ciel européen en crise

La Tribune du 29 avril expliquait que plusieurs compagnies ont déjà licencié près de 30.000 personnes, même une major comme British Airways n’est pas épargnée.
« Près de 30% de suppressions de postes chez British Airways, pas loin de 45% pour Icelandair et 50% chez SAS : les annonces ce mardi (28 avril-NDLR) des compagnies britannique, islandaise et scandinave de supprimer respectivement 12.000, 2.000 et 5.000 postes marquent le début d’une vague de licenciements massifs et inédits dans le transport aérien européen, frappé de plein fouet par la crise du Covid-19. Norwegian a annoncé 4.700 suppressions de postes, et mi-avril la low-cost hongroise Wizzair a licencié 1.000 salariés. Ces coupes sombres s’ajoutent aux 2.000 pertes d’emplois provoqués par la faillite de Flybe en mars. Depuis le début de la crise du coronavirus, ce sont donc 30.000 suppressions de postes qui ont déjà été annoncées en Europe. »
Plus près de nous, Ethiad annule une commande de 18 A350, laisse au sol 10 A380 et 10 Boeing 787, et a annoncé pour l’instant 720 licenciements. Emirates cloue au sol 38 A380, annule l’intégralité des commandes de Boeing 777X (150 avions, la plus grosse commande pour ce type). Tous les salariés de plus de 56 ans « invités » à prendre leur retraite.
South African Airways a définitivement fermé depuis le début du mois après plusieurs années très difficiles, 100 % de ses salariés ont donc été licenciés. Le gouvernement travaille à la relance d’une nouvelle compagnie nationale. Les pouvoirs publics ont décidé de ne plus subventionner cette compagnie, accusant ses dirigeants de mauvaises gestion.
A Maurice, Air Mauritius est en redressement. Ses administrateurs ont décidé de licencier la moitié des pilotes, et de réduire la flotte également de moitié.

Quel soutien des pouvoirs publics ?

A cela s’ajoutent les compagnies qui n’ont pas licencié. C’est notamment le cas de Corsair. Les critères définis pour accorder le prêt garanti par l’État ne permettent pas à Corsair d’y avoir droit. C’est donc l’incertitude pour l’avenir de cette compagnie dont les comptes étaient équilibrés avant l’arrivée du COVID-19. Ces 1200 salariés en ont été réduits à lancer une pétition sur Internet. Le texte de cette pétition indique notamment que :
« Si à l’heure actuelle, contrairement à sa grande sœur Air France, rien n’est fait pour lui venir en aide, ce sont, chaque jour, 1200 hommes et femmes (dont dépendent leurs familles) qui luttent et s’époumonent sans relâche pour ne pas tirer un trait sur 40 ans d’histoire et mourir asphyxiés ».
100 millions d’euros sont nécessaires. La vente des trois Boeing 747 a permis de gagner quelques semaines.
Pour sa part, Air France a obtenu la promesse de 2 prêts d’un total de 7 milliards d’euros grâce à un de ses actionnaires, l’État : un prêt bancaire de 4 milliards garanti à 90 % par l’État, et un prêt de 3 milliards d’euros directement de l’État. Mais ce soutien n’est pas gratuit, sinon comment comprendre cette déclaration du ministre de l’Economie fin avril à l’Assemblée nationale : « dès lors qu’il y a une alternative ferroviaire à des vols intérieurs avec une durée de moins de 2h30, ces vols intérieurs devront être drastiquement réduits et limités simplement aux transferts vers un hub ». « Le Point » du 30 avril ajoute qu’un renouvellement de la flotte est également à l’ordre du jour, avec la fin de carrière prématurée des Airbus A380.

(à suivre)

M.M.