Transports aériens

French Blue menace concrètement Air Austral

Premier vol de la compagnie low-cost entre Paris et La Réunion

Manuel Marchal / 17 juin 2017

Le premier vol de la compagnie French Blue reliant Paris à La Réunion devait se poser ce matin à l’aéroport Roland-Garros de Gillot. La menace directe contre Air Austral se concrétise, car à la différence de ses concurrents, la compagnie réunionnaise n’a aucune solution de repli. C’est la conséquence d’un choix politique : distribuer des bons de réduction pour les billets d’avion plutôt que de poursuivre un projet d’avenir. En effet, French Blue ne fait que concrétiser un projet lancé par les anciens dirigeants d’Air Austral.

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L’arrivée de French Blue aujourd’hui à La Réunion marque une nouvelle étape dans la desserte aérienne de notre île. C’est en effet la première fois qu’une compagnie low-cost assure la liaison entre Paris et La Réunion, la ligne qui draine le plus de passagers au départ de l’aéroport Roland-Garros. French Blue se fixe comme objectif d’atteindre très rapidement 20 % du marché, grâce à des prix moins chers. Comme le nombre de passagers ne va pas augmenter de 20 % du jour au lendemain, la conquête de ces parts de marché se fera obligatoirement au détriment des compagnies qui sont déjà installées.

Face à cette nouvelle donne, la concurrence s’est organisée. Corsair va diminuer sa desserte de La Réunion, et ouvre de nouvelles lignes vers Mayotte et Madagascar. Ce faisant, elle se positionne sur le trafic régional et vient donc défier Air Austral sur son terrain de prédilection.

Les concurrents s’organisent

Pour sa part, Air France travaille à la création d’une compagnie low-cost long-courrier. Le but du plan Boost prévoit que cette compagnie low-cost se positionne sur l’ouverture de nouvelles lignes, où sur des liaisons où la concurrence est elle qu’Air France n’arrive plus à s’aligner sur les prix. Si French Blue réussit son pari, alors La Réunion pourra être une des destinations possibles pour la future compagnie low-cost d’Air France.

À la différence de ces deux concurrents, Air Austral semble bien démunie pour faire face à l’arrivée d’une quatrième compagnie sur la ligne Paris/La Réunion. Air Austral ne peut en effet pas changer son modèle économique, et est dans l’incapacité d’ouvrir de nouvelles lignes qui compenseront le manque à gagner. Elle n’a donc aucune marge de manœuvre. Le report de la signature du partenariat avec Air Madagascar n’est pas non plus une bonne nouvelle. Elle montre en effet qu’il sera difficile pour la compagnie réunionnaise d’aller vers de nouveaux leviers de croissance.

Pourtant, Air Austral avait tous les atouts en main pour faire face à cette concurrence inéluctable. French Blue se contente en effet de combler un vide créé par la politique des dirigeants d’Air Austral mis en place par Didier Robert. Paul Vergès et Gérard Ethève avaient en effet réussi à créer un partenariat avec Airbus. L’objectif était de construire un modèle spécifique d’Airbus A380 capable de transporter plus de 800 passagers. Quatre avions avaient été commandés, deux fermes et deux options. Ils devaient être exploités par une filiale d’Air Austral, Outremer 380, qui aurait été une compagnie low-cost.

Concept lancé par Air Austral

Le projet d’Airbus A380 densifié permettait d’espérer une baisse des prix de 30 % toute l’année pour tout le monde et sans subvention. L’élection de Didier Robert à la présidence de la Région Réunion a entraîné sa nomination au poste de président d’Air Austral. Il a remis en cause ce projet, car il s’opposait à une de ces mesures phares : la distribution de bons de réduction pour l’achat de billets d’avion. Didier Robert compte en effet sur cette politique de distribution des fonds publics pour faire baisser artificiellement le prix du billet payé par les voyageurs, car en réalité ce sont les contribuables qui paient le complément aux compagnies aériennes. En conséquence, ces dernières ne sont pas encouragées à baisser leurs tarifs. Ce problème avait d’ailleurs été mis en évidence par un rapport de la Cour des Comptes.

L’utilisation de l’Airbus A380 densifié par une compagnie réunionnaise low-cost permettait une baisse structurelle du prix du billet d’avion. Les concurrents d’Air Austral auraient alors été contraints de s’aligner sur les nouveaux prix ou de quitter le marché. Il y a fort à parier que si le projet lancé par les anciens dirigeants d’Air Austral et Airbus avait été mené à bien, la compagnie French Blue ne serait pas venue à La Réunion et n’aurait peut-être même pas existé.

Air Austral et ses centaines de salariés doivent donc faire face à une difficile concurrence, alors que si le projet de leurs anciens dirigeants n’avait pas été stoppé pour des raisons politiciennes, ils envisageraient l’avenir avec sérénité.

M.M.