Transports aériens

Gérard Ethève honoré : la réhabilitation d’un bâtisseur de La Réunion

Le fondateur d’Air Austral honoré à l’occasion du 90e anniversaire de la desserte aérienne de notre île

Manuel Marchal / 28 novembre 2019

Ce 26 novembre marquait le 90e anniversaire de la desserte aérienne de La Réunion à l’époque au terme d’un vol de 11 jours. A cette occasion, l’association Mémoire de l’aviation (MEDELAV) présente une exposition à la médiathèque du Tampon. Invité d’honneur du vernissage organisé en cette date anniversaire, Gérard Ethève a également été distingué en tant que citoyen d’honneur du Tampon. Cet acte effectué en présence de professionnels de l’aviation raisonne comme une réhabilitation du fondateur d’Air Austral.

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Hier au Tampon avait lieu le vernissage de l’exposition de MEDELAV (Mémoire de l’aviation) intitulée « A la conquête du ciel réunionnais de 1929 à 2019 ». L’invité d’honneur de l’événement organisé par l’association présidée par Georges Chang Kuw et la Mairie du Tampon était Gérard Ethève, qui fonda Air Austral aux côtés de Pierre Lagourgue et de Paul Vergès. Cette cérémonie s’est déroulée en présence notamment de professionnels de l’aviation dont des personnels d’Air Austral. Elle a été marquée par la remise à Gérard Ethève par André Thien Ah Koon de la distinction de citoyen d’honneur de la ville du Tampon.
Au cours de son intervention, le maire de la commune est revenu sur le parcours de Gérard Ethève, né à Saint-Pierre et qui passa toute sa jeunesse au Tampon.

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De Réunion Air Service à Air Austral

Gérard Ethève effectue un baptême de l’air en 1952, et à partir de ce moment-là, il consacrera sa vie à l’aviation réunionnaise. En 1959, il crée l’aéroclub Marcel Goulette et sera président de cet aéroclub et Chef Pilote jusqu’en 1985. Il effectuera de nombreux vols en tant que pilote. Il assurera le transport de hautes personnalités et des préfets successivement en poste, notamment pour leurs missions dans les îles Éparses. Il est d’ailleurs chargé par l’administration française d’assurer la desserte des îles Éparses, de 1964 à 1974. Il a également exécuté des missions de recherche en mer ayant notamment permis de retrouver et sauver 9 vies humaines considérées comme perdues.
En décembre 1974, il crée la compagnie d’aviation générale Réunion Air Service dont il sera le Président Directeur général. En 1977, c’est aussi la date de l’ouverture d’une ligne régulière entre La Réunion et Mayotte assurée par Réunion Air Service. En 1986, Réunion Air Service devient Air Réunion.
Air Austral est née et a vécu grâce à l’impulsion déterminée de son fondateur Gérard Ethève et aux soutiens non moins déterminés, des Présidents de Région Pierre Lagourgue depuis sa création, et ensuite, Paul Vergès. C’était un pari très risqué face à des concurrents redoutables, dont la compagnie nationale Air France, réussi car rapidement les avions d’Air Austral ont pris leur envol et se sont fait une place durable et appréciée dans le ciel réunionnais.

Avec Pierre Lagourgue et Paul Vergès

Gérard Ethève a été l’acteur principal et efficace des 2 phases historiques qui ont marqué le développement de la compagnie. A la demande du président de la Région Réunion Pierre Lagourgue, et du président d’Air France Bernard Attali, Gérard Ethève procède en octobre 1990 à la création d’Air Austral, pour assurer les liaisons régionales entre La Réunion et les pays de l’océan indien. Gérard Ethève n’a eu de cesse de tenir bon face à la concurrence et d’innover pour faire grandir Air Austral, qui s’est rapidement imposée comme une compagnie de référence dans l’océan indien. En 2003, c’est une nouvelle phase qui commence avec la liaison quotidienne entre La Réunion et la France. En assurant, à la demande des collectivités locales réunionnaises, cette desserte si importante pour les Réunionnais, Air Austral s’affranchit de sa vocation uniquement régionale. En assurant le long courrier, elle entre dans la cour des grands et devient une compagnie reconnue sur le plan mondial, allant même être notée pour sa qualité, parmi les 8 premières compagnies au monde. Et André Thien Ah Koon de conclure : « Sans Gérard Ethève, Air Austral ne serait pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Toutes celles et tous ceux qui travaillent à Air Austral savent ce qu’ils doivent à Gérard Ethève ».

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« On manquait de tout »

Invité ensuite à prendre la parole, Gérard Ethève rappela tout d’abord que « voilà 90 ans précisément ce 26 novembre 1929 où Marcel Roulette, Marchesseau et Bourgeois posaient les roues de leur Farman sur le terrain dit de Gillot Sainte-Marie ». « Depuis ce jour de 1929, des hommes ont œuvré pour que notre territoire ne reste pas a l’écart de l’évolution de l’aérien. Le constat d’aujourd’hui montre que, du transport public (qu’il soit national ou régional), aux petits ULM, en passant par les aéroclubs et paraclubs, notre île n’a pas de complexes a avoir par rapport a beaucoup de régions françaises et autres îles diverses. Cela, nous le devons a des entrepreneurs passionnés de l’air et de leur île, encouragés et supportés par des leaders politiques locaux engagés dans leur soutien ».
Gérard Ethève évoqua ensuite sa jeunesse durant la période coloniale : « La vie quotidienne, scolaire, sociale d’alors, n’avait rien de commun avec celle de l’époque actuelle, sans parler des périodes difficiles des annees 39/43 ou, pour la petite histoire, on manquait de tout, de chaussures pour aller en classe et chercher l’eau a la fontaine publique, ainsi que de papier pour l’école… Ou on écrivait entre les lignes de pages déjà utilisées, ou sur du papier kraft d’emballage ».

« Devoir de mémoire »

Le fondateur d’Air Austral a ensuite salué le maire du Tampon : « Je pense que vous avez voulu honorer mon parcours qui a, je le concède, contribue a l’émancipation aéronautique de La Réunion dans un contexte post-colonial difficile », ainsi que « Georges Chang Kuw et son équipe (en particulier M. Patrick Pierlot), pour l’énorme travail qu’ils ont fourni pour la réalisation et le montage de cette exposition ».
« Un devoir de mémoire est ainsi rempli, notamment pour les jeunes et moins jeunes soucieux de l’histoire de La Réunion », souligna Gérard Ethève qui conclut en ces termes : « que de chemin parcouru, et que cela continue ! »

M.M.