Transports aériens

La Réunion-Madagascar : monopole d’Air Austral et de sa filiale Air Madagascar

Corsair, la compagnie la moins chère, exclue de la desserte

Manuel Marchal / 23 décembre 2017

L’annonce du gouvernement malgache d’interdire la desserte de la Grande Île depuis La Réunion par Corsair a une conséquence. Les lignes entre notre île et Madagascar seront exclusivement assurés par Air Austral et sa nouvelle filiale, Air Madagascar. Cette situation inquiète à Madagascar, car Corsair était la compagnie qui pratiquait les tarifs les plus bas.

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Avant la création d’Air Austral, les Réunionnais avaient le choix entre deux compagnies pour se rendre à Madagascar : Air France et Air Madagascar. Lors de la création de la compagnie réunionnaise, c’est Air Austral qui a repris la ligne. Une troisième compagnie était également arrivée sur cette liaison : TAM, Travaux aérien de Madagascar, qui desservait Pierrefonds.

L’arrivée l’an passé d’un nouvel acteur a changé la donne. Corsair avait en effet obtenu le droit d’exploiter cette ligne. L’intérêt pour la filiale de TUI était d’occuper ses avions assurant la liaison entre La Réunion et la France et qui restaient toute la journée stationnés sur la piste de l’aéroport de Gillot. Corsair a proposé des prix bien moins élevés. À partir de 200 euros sans bagage de soute, tel était le prix d’appel. Corsair assure un vol par semaine dans ces conditions.

Mais ces dernières semaines, Air Madagascar est devenue une filiale d’Air Austral. C’est sans doute ce qui explique pourquoi le gouvernement de Madagascar a annoncé sa décision de revenir sur sa décision d’autoriser Corsair à desservir Madagascar depuis La Réunion. Cette nouvelle suscite l’inquiétude de la presse malgache, comme l’indique « l’Express de Madagascar ». Voici un extrait d’un article paru hier chez notre confrère :

Fin du « tarif le plus compétitif »

« Coup dur pour Corsair. Cette compagnie aérienne risque de boire la coupe amère en 2018. Les autorités malgaches, à travers le ministère du Transport et de la météorologie, ont remis en cause ses vols régionaux. Lors d’une rencontre avec la presse, Ralava Beboarimisa, ministre du Transport et de la météorologie, confirme l’existence d’une décision d’interdiction à cette compagnie d’exploiter la ligne Anta­nanarivo – La Réunion. « Corsair ne peut plus vendre cette destination », a déclaré le membre du gouvernement.
Cette décision intervient au lendemain de la signature du pacte d’actionnariat, entre Air Madagascar et Air Austral. La présence de Corsair sur cette ligne représente une menace pour toutes les compagnies opérant dans cette zone, dont le partenaire stratégique de la compagnie aérienne malgache. Le tarif proposé par la filiale de Tui est le plus compétitif du marché. Le tarif d’appel se situe à moins de 200 euros, et à 238 euros avec un bagage en soute. Pour le même trajet, Air Austral affiche un tarif plus que double. Sur son site internet, le prix moins élevé de la compagnie réunionnaise est de 325 euros pour un départ prévu du 25 décembre. Cette situation fait peut être peur aux autorités. D’où, cette mesure de « protectionnisme » malgré la libéralisation du ciel malgache. Une perte engendrée par Air Austral risque d’impacter le plan de redressement d’Air Mada­gascar. Les deux ne font qu’un maintenant ».

Quel impact du monopole sur les prix ?

L’inquiétude est manifeste. Tout d’abord, l’arrivée d’un nouvel acteur sur cette ligne avec des prix moins chers laissait envisager des retombées positives pour Madagascar, car qui dit prix moins élevés dit plus de trafic. C’est ce qui se vérifie notamment sur la liaison entre La Réunion et la France. La venue de French Blue a en effet amené une offre moins chère que la concurrence. En conséquence, le trafic a augmenté et l’aéroport Roland-Garros de Gillot s’apprête cette année à battre son record de fréquentation.

Ensuite, l’exclusion de Corsair signifie que les vols entre La Réunion et Madagascar seront assurés par une compagnie et sa filiale. C’est donc une situation de monopole. Un monopole n’est jamais bon pour les prix. Les Réunionnais ont souffert de cette situation pendant des décennies. Quand Air France était la seule compagnie autorisée à voler entre La Réunion et la France, les tarifs étaient prohibitifs. Ils étaient une source importante de profit pour Air France. En s’assurant un monopole, Air Austral créé les conditions pour empêcher une baisse des prix, voire même favorise leur augmentation. Ainsi, Madagascar devient une chasse gardée qui permet de compenser les pertes observées par ailleurs, notamment sur la ligne entre La Réunion et Paris en raison de l’abandon du projet d’Airbus A380 qui a privé Air Austral d’avoir les moyens de baisser les prix de 30 % au profit des Réunionnais et des touristes venus de France qui souhaitent se rendre à La Réunion.

L’évolution des tarifs sur les lignes entre La Réunion et les différents aéroports malgaches desservis depuis notre île seront donc à suivre avec attention.

M.M.