Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Tribune de la CGPER à la veille de la manifestation organisée par le syndicat au pouvoir à la Chambre d’Agriculture
27 janvier, par

Les déclarations du secrétaire de la FDSEA, relayées dans la presse traduisent une méconnaissance grave et préoccupante des réalités agricoles de La Réunion. Elles révèlent surtout un décalage profond entre la parole portée par cette organisation et la situation concrète vécue par les agriculteurs réunionnais.
Affirmer ou laisser entendre que la banane serait importée à La Réunion est factuellement faux. La banane est un produit strictement protégé(arrété prefectoral N°797 du 24 avril 2017), exclusivement issu de la production locale, et n’entre pas sur le territoire. De telles affirmations constituent une contre-vérité manifeste, qui fragilise le débat public et détourne l’attention des véritables responsabilités.
L’appel à la mobilisation devant la préfecture, lancé par la FDSEA dans un cadre calqué sur des revendications hexagonales, apparaît totalement inadapté au contexte ultramarin. Cette transposition mécanique de mots d’ordre nationaux nie les spécificités réunionnaises et relève davantage de l’affichage que d’une réponse efficace aux difficultés des exploitations locales.
La réalité est pourtant connue et documentée. L’agriculture réunionnaise est confrontée à des contraintes structurelles majeures : insularité, surcoûts de production, aléas climatiques répétés, pression foncière, exigences sanitaires spécifiques et dépendance vitale aux aides publiques. Ces contraintes exigent des politiques agricoles différenciées, conçues spécifiquement pour les conditions locales.
Tant que les agriculteurs réunionnais ne disposeront pas des moyens nécessaires pour produire dans des conditions économiquement viables par des aides adaptées, des dispositifs de soutien ciblés et une véritable reconnaissance des surcoûts ultramarins, les importations de productions agricoles continueront. Les importations ne sont pas une dérive incontrôlée : elles sont la conséquence directe de choix politiques insuffisants ou inadaptés, qui empêchent la production locale de répondre aux besoins du territoire.
Les agriculteurs réunionnais n’ont pas besoin de mobilisations symboliques ni de discours approximatifs. Ils ont besoin de mesures spécifiques, immédiatement applicables et financées, leur permettant de produire localement, de vivre dignement de leur travail et de garantir la souveraineté alimentaire de La Réunion.
À force de discours hors-sol et d’actions d’affichage, la Chambre d’agriculture et la FDSEA prennent le risque de se couper durablement du monde agricole qu’elles prétendent représenter. On ne combat pas les importations par des slogans, mais par des politiques publiques adaptées et des choix courageux.
L’agriculture réunionnaise a besoin d’un changement profond de méthode et de vision, fondé sur la lucidité et la responsabilité. Tant que les moyens ne seront pas donnés aux agriculteurs réunionnais, les importations continueront de s’imposer. Cette réalité engage pleinement la responsabilité des instances agricoles et de l’État.
Les agriculteurs réunionnais attendent des actes, pas des postures. À défaut, la défiance continuera de s’installer et la parole institutionnelle perdra toute crédibilité.
MOUTAMA Jean Michel
Président de la CGPER
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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