Madagascar

Coronavirus à Madagascar : 17 % des travailleurs ont perdu leur emploi dans le privé

Une explication essentielle à la brutale aggravation de la situation sociale

Manuel Marchal / 3 août 2021

Un travailleur sur six a été licencié dans le secteur privé à Madagascar. 28 % des salariés du transport, 25 % de ceux du tourisme et 23 % de ceux du commerce ont perdu leur emploi. Alors que la population et les autorités ont réussi à vaincre plusieurs épidémies depuis l’an dernier ce qui a permis de sauver beaucoup plus de vies qu’en Occident, Madagascar subit des conséquences sociales sans commune mesure avec celles en Europe, pourtant source connue de l’importation du coronavirus dans le pays. Ces suppressions massives d’emploi sont sans doute une explication essentielle à la brutale aggravation de la situation sociale que l’opposition tente d’exploiter.

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A Madagascar, la justice enquête sur une tentative d’attentat visant le président de la République impliquant d’anciens militaires français et des membres de l’armée malgache. Au moins un ministre a fait aussi l’objet de pareille menace. Cette montée de la tension survient alors que la pandémie de COVID-19 importée depuis l’Europe l’an dernier est à l’origine d’une importante crise sociale. Des membres de l’opposition se distinguent par des discours radicaux, demandant au minimum au départ immédiat du président de la République tandis que les plus extrémistes appellent à un violent coup d’État.
Cette montée de la tension résulte notamment d’une brutale hausse des prix qui aurait pu s’aggraver encore si les compagnies pétrolières avaient pu obtenir de l’État une importante augmentation du prix de vente maximal du pétrole et des carburants.

28 % des travailleurs du transport licenciés

Il s’avère que cette inflation s’est déroulée sur fond de massives suppression d’emploi. Notre confrère de 2424.mg fait ainsi le point sur les conséquences de la pandémie de coronavirus sur l’emploi à Madagascar, au travers des résultats d’une enquête de l’Institut national de la statistique (INSAT). Les entreprises à Madagascar ont perdu « 17% de leurs employés permanents durant la crise sanitaire ».
« Les entreprises enquêtées ont dû se séparer de 13% de leurs salariés entre janvier et juin 2020, puis de 4% supplémentaires entre juin et octobre 2020.
C’est le secteur du transport et du stockage qui a le plus dû procéder à des licenciements, indiquent les enquêtes. 28% des salariés ont dû être remerciés jusqu’en octobre 2020. Vient ensuite le secteur du tourisme dont les entreprises ont dû se séparer des 25% des salariés. Le troisième secteur le plus touché est celui du commerce avec 23% de perte des salariés permanents ».

56 % de perte de chiffre d’affaires

Ces licenciements s’accompagnent de graves difficultés financières :
« Les enquêtes, réalisées en deux vagues par l’Instat, ont montré que le secteur du transport et de l’entreposage ainsi que celui du tourisme ont souffert de pertes de revenus très importantes durant la crise sanitaire. En moyenne, l’ensemble des entreprises a perdu 56% des chiffres d’affaires mensuels en mai 2020 par rapport à la même période en 2019. Le chiffre s’est légèrement amélioré, mais la perte était quand même de 40% en octobre 2020, comparé au même mois en 2019 ».
Rappelons qu’à Madagascar, les travailleurs sont loin de bénéficier de la même protection sociale qu’à La Réunion. Un travailleur qui perd son emploi déclaré dans le secteur privé se trouve brutalement privé de ce revenu car Pôle emploi n’existe pas à Madagascar tout comme la Sécurité sociale telle que nous la connaissons.

Conséquences bien plus importantes à Madagascar qu’en Europe

La crise sanitaire importée d’Europe à Madagascar a donc mis à genou le secteur privé d’un pays de 25 millions d’habitants. Pourtant, grâce à la mobilisation des connaissances de la médecine traditionnelle et parce que la population est manifestement mieux immunisée que les Occidentaux contre des virus tels que la COVID-19, le bilan de l’épidémie n’a rien à voir avec la catastrophe en France depuis l’année dernière, et à La Réunion maintenant : 42.000 cas et moins de 1.000 décès sont à déplorer dans un pays de 25 millions d’habitants.
Madagascar ne porte aucune responsabilité dans l’extension de la pandémie de COVID-19 dans le monde, ainsi que dans l’introduction du virus dans le pays causé officiellement par le non-respect par des compagnies aériennes du protocole sanitaire défini par les autorités. Pourtant, le prix payé par les Malgaches est sans commune mesure avec ce que connaissent les Européens.
Ceci n’est pas sans rappeler le changement climatique où le nombre le plus important des victimes se compte parmi les pays qui ne sont en rien responsables de plus de 150 ans de pollution de l’atmosphère par les industries dirigées par le capitalisme occidental.

M.M.