Madagascar

France : le Sénat contre le retour du dais royal de Ranavalona III à Madagascar

Incroyable prise de position du Sénat français : le colonialisme a la vie dure à Paris

Témoignages.re / 6 novembre 2020

La commission culture du Sénat français a publié un communiqué affirmant son opposition au retour du symbole de souveraineté malgache volé par des Français et recelé par l’État français dans son musée des Armées. Intitulé « Prêt de la couronne du dais de Ranavalona III : une initiative malvenue qui bafoue une nouvelle fois l’inaliénabilité des collections et la nécessaire autorisation du Parlement », le communiqué des sénateurs affirme que le dais royal de Ranavalona III est la propriété de la France et que seule une loi peut organiser une cession. En France, le vol d’objets dans des pays colonisés est légalisé, et la loi considère que ce qui a été volé fait partie du patrimoine de la France. Autrement dit, un voleur vous dérobe un bien dans votre maison, rentre chez lui et vous répond que pour récupérer votre bien, vous devrez attendre que le voleur daigne bien voter une loi allant dans ce sens.

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« Quelques heures à peine après avoir débattu en séance publique des modalités du retour de vingt-six pièces du trésor d’Abomey à la République du Bénin et du sabre dit d’El Hadj Omar Tall à celle du Sénégal, les membres de la commission de la culture du Sénat sont stupéfaits d’apprendre, par voie de presse, le départ, dans la nuit, vers Antananarivo, de la couronne du dais de Ranavalona III conservée depuis 1910 au Musée de l’armée.

Ce retour précipité et en catimini, effectué au mépris de toute consultation de la représentation nationale, seule autorité compétente pour autoriser la sortie de ces biens des inventaires nationaux, illustre de nouveau la tentation du Gouvernement de faire systématiquement prévaloir les enjeux diplomatiques sur l’intérêt culturel, scientifique et patrimonial des biens composant les collections publiques françaises. Ces biens, juridiquement inaliénables, ne sont pourtant pas cessibles au gré de l’évolution des relations internationales.

Au regard de cette initiative malvenue et compte tenu de l’ampleur que pourrait prendre la question de ces retours dans les années à venir, le Sénat appelle de ses vœux la création rapide du Conseil national de réflexion sur la circulation et le retour des biens culturels extra-européens qu’il vient d’introduire dans le projet de loi du Gouvernement relatif au retour de biens culturels à la République du Bénin et du Sénégal.

Ce Conseil constitue plus que jamais un garde-fou nécessaire permettant de garantir un examen scientifique des demandes émanant des pays tiers et d’éclairer, avant l’engagement de toute négociation diplomatique, la décision des autorités politiques. »