Madagascar

Madagascar suspend l’exportation de riz

Crise alimentaire

Risham Badroudine / 5 juin 2008

Suite à l’explosion du cours sur le marché mondial, le gouvernement malgache a décidé de suspendre les exportations de riz. Actuellement sur le marché mondial, la tonne de riz culmine à 800 dollars contre 320 dollars en début d’année (riz pakistanais comprenant 25% de brisure). D’où le prix du riz sur le marché local a flambé pour atteindre 1 400 ariarys le kilo après deux hausses successives en un mois. Toutes hausses, même légère, a des conséquences dramatiques, puisque 70% de la population survit avec moins d’un dollar par jour. Selon les chiffres officiels, en 2007, 700.000 Malgaches était dépendants de l’aide alimentaire. Au total, 38% de la population souffre de malnutrition et un enfant de moins de 5 ans sur deux souffre d’une forme de sous-nutrition.

Situation inquiétante dans le Sud du pays

Le pays n’est pas à l’abri d’une grave crise alimentaire. Une enquête menée par des experts nationaux et internationaux relève une situation inquiétante dans le sud du pays. « On enregistre un niveau typique de malnutrition aigue dans cette partie de l’île, depuis le mois d’avril. L’insécurité alimentaire règne dans cette région ». Le chef d’un du district de Midongy au sud de l’île déclare au journal "l’Express de Madagascar" que « la population souffre d’une insuffisance de production de riz, causée par l’absence de pluies. Cette situation a engendré une destruction des cultures et une médiocrité des récoltes. L’Etat des route pose aussi problème ».

Le pays doit importer 200 000 tonnes de riz pour satisfaire ses besoins

En 2007, Madagascar avait exporté environ 1.000 tonnes de riz contre 100 tonnes l’année précédente, ce qui reste une quantité très modeste. L’Europe et en particulier l’Italie constitue la principale destination du riz malgache. D’aucuns se souviennent lorsque Madagascar exportait du riz de luxe "Perle de riz" en plus grande quantité notamment vers les pays voisins, La Réunion et l’île Maurice. Le pays ne parvient plus à couvrir ses propres besoins de consommation depuis les années 1970.
Aujourd’hui, le pays doit importer 200.000 tonnes de riz par an pour satisfaire ses besoins. Les instances internationales et le gouvernement malgache encouragent les agriculteurs à se lancer dans les cultures du riz en utilisant des semences améliorées. L’Etat et la Banque Mondiale financeront à hauteur de 40 millions de dollars un programme de relance de la filière riz, dans le cadre du projet qui s’étale sur quatre ans (2007 à 2011). L’objectif est de faire bénéficier environ 48.000 petites entreprises établies en milieu rural dans cinq régions agricole du pays. Madagascar veut devenir un exportateur net de riz dans les années qui viennent. D’après les données publiées par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), plus de 50% des terres luxuriantes de l’île peuvent être cultivées, mais seules 10% le sont actuellement.

Doubler la production de riz d’ici 2009

Le riz est le principal aliment du pays. 63% des ménages malgaches ont cultivé du riz selon les dernières statistiques. En milieu rural, 73% des ménages sont des riziculteurs. Le riz représente 70% de la production agricole totale. Le pays dispose de ressources naturelles abondantes qui pourraient permettre à l’île d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et devenir exportatrice de denrée alimentaires. Mais le développement de l’agriculture est entravé par des problèmes de production et de commercialisation liés aux conditions climatiques (cyclones...), l’enclavement de certaines zones de production, la défaillance des réseaux d’irrigation, une agriculture peu mécanisé avec un très faible niveau de rendement,...
Néanmoins, la production de riz du pays a progressé depuis 1960 (1.2 millions de tonnes de riz en 1960 pour une population de 5.5 millions d’habitants) pour atteindre aujourd’hui 3.7 millions de tonnes (pour une population de 19 millions d’habitants). Le pays a pour objectif de doubler sa production d’ici 2009 et pouvoir de nouveau fournir du riz aux pays voisins.(1)

Risham Badroudine