Madagascar

Une commission mixte Madagascar-France pour réfléchir à l’avenir des îles Éparses

Le président malgache reçu par son homologue français

Manuel Marchal / 3 juin 2019

La question de la décolonisation incomplète de Madagascar était à l’ordre du jour de la rencontre entre Andry Rajoelina, président de Madagascar, et Emmanuel Macron, président de la France. Le chef de l’État malgache a demandé mercredi « de trouver une solution pour la gestion ou la restitution des îles éparses à Madagascar ». Ces 5 îles ont été détachées de Madagascar quelques semaines avant son indépendance et continuent depuis d’être administrées par la France.

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Campagne de fouilles archéologiques à l’île de Tromelin.

Le 2 février dernier, la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif au sujet de l’occupation britannique des Chagos. A la quasi-unanimité, les juges ont condamné le Royaume-Uni lui demandant de faire cesser au plus tôt son administration sur les Chagos et de restituer cet archipel à Maurice. Le 22 mai dernier, l’Assemblée générale a enfoncé le clou. Par 116 voix contre 5, elle donne 6 mois au Royaume-Uni pour déguerpir, et demande que ce délai soit également utilisé pour préparer le retour des Chagossiens dans leur pays. Les juges de la Cour internationale ont en effet estimé que la décolonisation de Maurice est incomplète, car les Chagos ont été détachées de ce pays deux ans avant son indépendance à la suite de la création par le gouvernement britannique d’un territoire d’outre-mer comprenant l’archipel des Chagos, en vue ensuite de louer ces îles aux États-Unis afin qu’ils puissent y construire une base militaire.

Décolonisation incomplète de Madagascar

Le Royaume-Uni n’est pas le seul pays dans le collimateur de la communauté internationale au sujet de la décolonisation incomplète d’un pays. La France l’est aussi, notamment au sujet de son administration de plusieurs territoires dans notre région. Le cas le plus emblématique reste Mayotte, que la France a unilatéralement séparé de l’Union des Comores à la suite d’un référendum organisé par le gouvernement français favorable à l’indépendance des 4 îles de l’archipel, mais dont le résultat n’a pas été respecté par le même gouvernement français. Depuis 1975, la question de la décolonisation incomplète des Comores est ainsi régulièrement posée à la tribune de l’ONU, et mis à part l’Occident, qui soutient la France ?
Un autre problème que pose la France dans notre région concerne un territoire de 5 îles : les îles Éparses. Ces îles faisaient partie de Madagascar. Mais à quelques semaines de l’indépendance en 1960, le gouvernement français de l’époque a détaché ces 5 îles de Madagascar afin qu’elles échappent à la décolonisation. Ceci permet à la France d’obtenir une zone économique exclusive, et d’être présente au-dessus de fonds marins qui suscitent d’importantes convoitises pour les richesses potentielles qu’ils abritent. Fort logiquement, Madagascar réclame donc le retour de ces îles sous son administration.

Création d’une commission mixte

La semaine et le week-end derniers, Andry Rajoelina, président de Madagascar, était en visite officielle en France. Il a rencontré mercredi Emmanuel Macron, président de la France. Lors de la conférence de presse qui a suivi, il a officiellement interpellé Paris sur la question de ces îles : « Au nom du peuple malgache, je demande solennellement et officiellement de trouver une solution pour la gestion ou la restitution des îles éparses à Madagascar ». Contrairement à Mayotte, ces îles ne sont pas habitées. La restitution pourrait donc se faire rapidement, mais comme à Mayotte, la France ne veut pas lâcher. En effet, pour Emmanuel Macron, ces îles « sont une part de France, c’est notre rapport au monde et c’est une chance pour le territoire français ». Rappelons que la France se situe quelques milliers de kilomètres plus au Nord, sur un autre continent. Cette interprétation parisienne de la géographie vise à justifier l’utilisation de ces territoires enlevés à Madagascar comme des têtes de pont pour « une stratégie indopacifique ». « La volonté de la France c’est de regarder cet atout stratégique et d’être des partenaires régionaux pour Madagascar comme nous l’avons décidé de l’être pour l’Inde ou l’Australie… », ajoute le président français pour qui la France est « une puissance de cette région aussi. Et nous le sommes par notre territoire ultramarin ».
Malgré tout, la France n’a pas opposé une fin de non recevoir. Les deux présidents ont convenu de mettre en place une commission mixte pour discuter et parvenir à une solution pour ces îles, d’ici le 60e anniversaire de l’indépendance de Madagascar, en juin 2020. Par ailleurs, Paris a promis une subvention de 30 millions d’euros pour le système éducatif malgache.

M.M.