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Racisme et colonialisme

Billet philosophique

vendredi 5 juin 2009, par Roger Orlu


Cette chronique du vendredi dans ’Témoignages’ est intitulée : ’Alon filozofé’. Elle vise à contribuer à faire vivre la réflexion philosophique à La Réunion. Comment ? À la fois grâce à des références à des textes de philosophes et aux contributions de toutes les personnes, spécialistes ou non de la philosophie, qui souhaitent penser par elles-mêmes et dialoguer avec les autres sur des concepts qui posent question(s).


Dans l’esprit de cette chronique consacrée depuis quelques semaines à la question de la lutte contre le racisme, voici des extraits d’une réaction que nous a envoyée un lecteur à la suite de l’article « Comment surmonter les discriminations racistes qui frappent les Réunionnais ? » :
« Et voilà, encore une couche pour nous rappeler l’origine de nos ancêtres esclaves et se donner bonne conscience avec des propos plus ou moins alambiqués comme explication. Quand est-ce que l’on arrêtera de toujours se focaliser sur un passé aujourd’hui révolu ? Il doit bien exister un autre moyen pour résoudre les problèmes actuels sans remuer sans cesse le chiffon rouge pour exciter les agitateurs. Arrêtons de parler de racisme, de discrimination, c’est le seul moyen de les entretenir. Et si l’on parlait des compétences, de l’évolution des mentalités, de l’origine à nos jours ? (…) Qu’on le veuille ou non, c’est la loi... de la nature. (…) ».

Des « privilèges hérités de l’époque coloniale »

Indirectement, un autre lecteur répond à ces accusations, procès d’intention et critiques qui renvoient à « la nature » les causes de nos inégalités sociales. Voici ce qu’il écrit :
« Il est vrai que l’intérêt de tous ceux qui dominent à La Réunion, c’est de maintenir les Réunionnais dans la division afin de continuer à profiter de privilèges hérités de l’époque coloniale. Mais tout cela touche à sa fin, il n’y a qu’à voir comment s’enlise la piteuse opposition à la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR). Les Réunionnais commencent à connaître leur Histoire et, à partir de là, ils savent qui sont leurs véritables adversaires.
Il est important de connaître son Histoire, quelle qu’elle soit, afin de renforcer notre union pour avoir le droit de nous développer. Alors vive le 20 Décembre, vive le 19 Mars, et vive le 10 Mai… ! ».

Le système colonial est toujours vivant

Un ami syndicaliste nous a également appelé à la suite de cet article pour nous dire qu’il partage l’analyse exposée par Walter Ben Michaels, professeur de littérature à l’Université de Chicago (États-Unis). Il est d’accord avec lui pour dire que « la crise du capitalisme que nous vivons rappelle qu’il n’y a rien de plus actuel, de plus urgent que la lutte contre l’inégale distribution des richesses et l’exigence d’égalité pour tous et toutes, ici comme ailleurs ».
Mais il ajoute que dans le contexte réunionnais, la forme du capitalisme reste plus que jamais le colonialisme. Malgré l’abolition du statut de colonie de notre pays par la loi Vergès-Lépervanche du 19 mars 1946, le système colonial est toujours vivant à La Réunion — avec notamment différentes formes de racisme — et cela se traduit par de nombreuses inégalités, discriminations et autres injustices qui sont d’ampleur et de nature souvent différentes de celles de France.

C’est ainsi que l’on achèvera la décolonisation

Un autre ami, militant associatif et promoteur de l’interculturalité, nous a fait parvenir des extraits du dernier livre de la chercheuse Françoise Dumas-Champion, intitulé "Le mariage des cultures à La Réunion" (Editions Karthala, 2008). Elle écrit notamment : « Nous avons pu constater, d’après nos enquêtes de terrain et nos relevés généalogiques menés au Gol et à Bois d’Olives, que rares sont les familles issues d’esclaves ou d’engagés qui sont exclusivement métissées d’Africains et de Malgaches. En effet, au fil des générations et des arrivées, la société des plantations s’est métissée avec les engagés venus de Grande Comore, de Zanzibar et surtout avec les Indiens dravidiens arrivés des différents comptoirs de l’Inde » (p. 42).
Et comme dit cet ami, la lutte indispensable contre le racisme doit être liée à la lutte contre toutes les formes d’inégalités que perpétuent les survivances de la colonisation. Le métissage et l’interculturalité du peuple réunionnais sont de telles richesses, qu’il faut à la fois combattre les discriminations racistes et éviter les tentations communautaristes, en luttant avant tout contre la pauvreté dont souffrent plus de la moitié des Réunionnais. C’est ainsi également que l’on achèvera la décolonisation dans l’union des Réunionnais pour bâtir de façon libre et responsable une société équitable et harmonieuse.

Roger Orlu 

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