Di sak na pou di

Un bébé à venir : une maxime du Mahatma Gandhi, une métaphore de Bruno Bettelheim

Antoine Pitchaya . Frédéric Paulus / 20 juillet 2021

JPEG - 17.3 ko

Dans le fil de notre exposé, nous pourrions tester la pertinence de cette maxime attribuée au Mahatma Gandhi : « Éduquer une fille, c’est éduquer une génération ; éduquer un garçon, c’est éduquer une personne. » Cet avis ne devrait pas être nécessairement partagé par des militants qui œuvrent légitimement pour l’égalité des droits entre les sexes. Mais c’est la différence soulignée qui nous interpelle ici, ce pouvoir pour une jeune fille de mettre au monde un bébé.

Pour les besoins de notre questionnement, confrontons l’avis du psychanalyste Bruno Bettelheim formulé dans l’ouvrage : « Psychanalyse des contes de fées », (1976), à cette maxime de Gandhi. Dans le conte de La Belle au Bois Dormant, suivant une des versions des frères Grimm, la piqûre d’un picot de chanvre cause l’endormissement de la Princesse. Il est là occulté que pendant son sommeil, un Prince l’aurait abusée en la fécondant. Bien qu’endormie, elle met au monde un bébé, en toute inconscience donc, c’est la magie du conte. Cherchant à se nourrir, le nouveau-né tête le doigt piqué et en extrait le picot. Pour Bettelheim, c’est le nourrisson qui éveille la Belle et la fait advenir mère.

Ce supposé « éveil » généré par le bébé exprimerait la sémantique « transcendante » d’une véritable prouesse, le contraire d’une position passive. Ne pouvant imaginer que ce bébé fut désiré par la Belle – c’est le moins que l’on puisse dire ! – et désiré ou non, il aurait cette compétence « d’éveiller » psychiquement sa mère, dans cette version « optimiste »… Notre attention se portera sur la métamorphose potentielle d’une jeune fille apprenant qu’elle va devenir mère. L’évolution lui a accordé 9 mois, soit 270 jours ; avec un géniteur qui ne serait pas Prince et dont la participation à cet acte de procréation ne s’inscrit pas dans la même temporalité !

Une telle lecture de cette maxime pourrait être confrontée à la fonction évocatrice de cette interprétation du psychanalyste faisant intrusion dans l’intimité suprasensible, disons « intuitive », entre le bébé et sa mère. Cette intrusion, « ces intrusions » devrions-nous dire, au sein du vivant sensible, échappent aux investigations matérialistes, pour l’instant, malgré les technologies d’exploration du vivant dont la science dispose actuellement. Elles mériteraient quelque attention.
Ces deux grands humanistes, Gandhi et Bettelheim, le soulignent à leur manière : pour mettre au monde un autre humain que soi-même, condition pour la vie de se maintenir, les hommes la fécondent, les femmes procréent, l’évolution a accordé le temps à ces dernières.

Frédéric Paulus, Antoine Pitchaya